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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY01174

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY01174

lundi 16 octobre 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY01174
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du préfet du Rhône du 18 décembre 2022, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office et lui interdisant le retour sur le territoire français durant un an.

Par un jugement n° 2209448 du 23 décembre 2022, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 31 mars 2023, M. A, représenté par Me Rodrigues, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lyon du 23 décembre 2022 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous huitaine à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 30 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Rhône de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 30 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle procède d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est illégale, dès lors qu'il avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est illégale, dès lors qu'il fait l'objet d'une mesure de contrôle judiciaire et d'une mesure de placement judiciaire ;

- elle méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, au regard des dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité des décisions d'obligation de quitter le territoire français et de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, au regard des dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée.

Par décision du 22 février 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, ressortissant algérien né le 17 août 2004, déclare être entré en France le 7 mars 2017. Suite à son interpellation le 17 décembre 2022, par arrêté du 18 décembre 2022, le préfet du Rhône, sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire pendant un an. M. A fait appel du jugement par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, M. A soutient que la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen, dès lors que le préfet du Rhône n'aurait pas pris en compte la demande de titre de séjour qu'il avait déposée le 4 juillet 2022, son placement ordonné par le tribunal administratif judiciaire de Lyon, la mesure de contrôle judiciaire dont il fait l'objet et la circonstance qu'il est entré en France avant l'âge de treize ans et qu'il y réside habituellement. Toutefois, il ne ressort pas de la décision en litige, qui rappelle de manière détaillée la situation de M. A, en particulier ses moyens et ses conditions d'existence en France, la situation administrative de sa famille sur le territoire ainsi que les délits qui lui sont reprochés, que le préfet se soit abstenu de procéder à un examen particulier de sa situation personnelle. Le moyen doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, le requérant fait valoir qu'il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Cependant, en l'absence de récépissé, la seule copie d'une attestation générée par le site " Démarches simplifiées " indiquant que " M. A a déposé le 4 juillet 2022 un dossier sur la démarche première demande de titre de séjour " est insuffisante pour établir que le requérant ait effectivement déposé une telle demande.

5. En troisième lieu, M. A soutient que la mesure d'éloignement dont il fait l'objet contredit le placement sous contrôle judiciaire ordonné par le tribunal judiciaire de Lyon depuis le 6 août 2021. Toutefois, la circonstance que l'intéressé fasse l'objet d'un contrôle judiciaire, lequel impose seulement à l'autorité de police de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire jusqu'à la levée du contrôle par le juge judiciaire, reste sans influence sur sa légalité, tout comme le fait qu'il ait été, par ordonnance du 16 novembre 2022, placé en foyer jeunes travailleurs pour une durée de trois mois. Le moyen qu'il soulève est par suite inopérant à l'encontre de la mesure d'éloignement contestée.

6. En quatrième lieu, M. A soutient qu'il est entré en France avant l'âge de treize ans et qu'il y réside habituellement depuis lors. Pour l'établir, le requérant verse au dossier la copie de son passeport, lequel comporte un tampon indiquant une dernière entrée en France 7 mars 2017. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que le père du requérant, aux côtés desquels ce dernier est entré, a quitté le territoire le 28 octobre 2017. En outre, le certificat de scolarité établi le 20 février 2023 permet seulement d'établir que M. A était inscrit dans un collège de Villeurbanne dès le 11 mai 2017, mais non qu'il y ait suivi une scolarité effective, notamment en l'absence de tout bulletin scolaire. Par suite, et en l'absence de tout autre élément justifiant une présence sur le territoire national avant le 30 octobre 2017, M. A n'établit pas qu'il résidait habituellement en France avant l'âge treize ans. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

7. En cinquième lieu, M. A fait notamment valoir qu'il vit en France depuis 2017, que toute sa famille réside sur le territoire national, qu'il s'y est intégré grâce à sa scolarisation et que ses perspectives d'insertion professionnelle sont importantes. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le père, la mère et la sœur majeure du requérant font tous l'objet de mesures d'éloignement. La cellule familiale a donc vocation à se reconstituer en Algérie, pays dont tous les membres du foyer possèdent la nationalité. Si M. A soutient qu'il est proche de l'une de ses tantes de nationalité française, il ne l'établit pas par les pièces versées au dossier. En outre, il est constant que le requérant est très défavorablement connu des services de police pour des faits de port sans motif légitime d'arme blanche de catégorie D, violences sur mineur de quinze ans suivi d'incapacité n'excédant pas huit jours, vols aggravés par deux circonstances avec violence, vol à la tire, vol avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, vol en réunion sans violence, refus d'obtempérer, recel de bien provenant d'un délit, violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant par huit jours, outrage et violence à l'encontre d'une personne dépositaire de l'autorité publique, violence avec usage ou menace d'une arme et recels de biens provenant de vol. Par ce comportement, M. A ne saurait se prévaloir de son intégration à la société française, dont le respect des lois est une des composantes. Par ailleurs, les stages et le contrat d'apprentissage en alternance dont se prévaut le requérant sont insuffisants à justifier d'une insertion professionnelle particulière, alors qu'au demeurant, l'intéressé n'établit ni même n'allègue qu'il ne pourrait se réinsérer professionnellement dans son pays d'origine, où il pourra mettre à profit la formation suivie et l'expérience acquise en France. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment de la durée et des conditions d'entrée et de séjour du requérant en France, et eu égard aux effets d'une mesure d'éloignement, la décision contestée ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle ne méconnaît, dès lors, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A.

Sur la décision désignant le pays de destination :

8. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la décision fixant le pays de destination ne saurait faire l'objet d'une annulation par voie de conséquence.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En second lieu, ainsi que l'a indiqué la magistrate désignée, il ressort des pièces du dossier que M. A, alors mineur, a été condamné, à titre de sanction, à une mesure éducative judiciaire de dix-huit mois, prononcée à son encontre le 6 avril 2022. En outre, par une ordonnance du juge des enfants du tribunal judiciaire de Lyon du 16 novembre 2022, il a été placé en unité éducative de milieu ouvert, puis en foyer de jeunes travailleurs. De surcroît, le requérant ne conteste pas la matérialité des faits ayant fait l'objet de signalements aux services de police sur une période de quatre années de 2018 à 2022, rappelés au point 7. Dès lors, c'est à bon droit que le préfet du Rhône a retenu que M. A représentait, par son comportement, une menace à l'ordre public. Si l'intéressé fait valoir qu'il justifie de garanties de représentation du fait de son placement en foyer de jeunes travailleurs par ordonnance judiciaire, et qu'il ne présente en conséquence pas de risque de soustraction, ce placement n'est prononcé que pour trois mois, du 18 novembre 2022 au 18 février 2023. En tout état de cause, comme l'a souligné la première juge, le préfet du Rhône pouvait, pour le seul motif tiré de la menace à l'ordre public, refuser à M. A le bénéfice d'un délai de départ volontaire. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A dans l'application de ces dispositions.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

12. En deuxième lieu, le requérant soutient que le préfet ne pouvait prononcer une interdiction de retour alors qu'il fait l'objet d'une mesure de contrôle et d'un placement judiciaires. Toutefois, dès lors que l'interdiction de retour ne prend effet qu'à compter de l'exécution de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, ces dernières sont sans influence sur la légalité de la décision contestée, la mesure de contrôle judiciaire faisant seulement obligation à l'autorité préfectorale de s'abstenir de mettre à exécution la mesure d'éloignement prise à l'encontre de l'intéressé jusqu'à la levée de cette mesure de contrôle par l'autorité judiciaire. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.

13. En troisième lieu, il appartenait au préfet du Rhône, dès lors qu'il avait refusé à M. A tout délai de départ volontaire, d'assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. Si M. A conteste la légalité de cette interdiction de retour prononcée à son encontre pour une durée d'un an, au demeurant en invoquant des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont plus en vigueur, il ne fait état d'aucun élément permettant d'établir l'existence de " circonstances humanitaires " justifiant que son éloignement ne soit pas assorti d'une telle mesure, dont la durée est au demeurant limitée, alors qu'ainsi qu'il a été exposé au point 7, il ne justifie pas de l'intensité des liens qu'il entretiendrait sur le territoire français et représente une menace à l'ordre public. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut donc qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 16 octobre 2023.

Le président,

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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