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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY01502

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY01502

mercredi 7 juin 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY01502
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCHRISTOPHE-MONTAGNON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du 13 décembre 2022 par lesquelles la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ; de mettre à la charge de l'État, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Par un jugement n° 2300163 du 4 avril 2023, le tribunal administratif de Lyon a annulé les décisions de la préfète de la Loire du 13 décembre 2022.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 3 mai 2023 sous le n° 23LY01502, le préfet de la Loire demande à la cour d'ordonner le sursis à exécution du jugement du 4 avril 2023 du tribunal administratif de Lyon.

Il soutient que :

- sa demande est présentée sur le fondement de l'article R. 811-15 du code de justice administrative ; il a déposé une requête tendant à l'annulation du jugement litigieux, comportant un moyen sérieux ;

- en effet, c'est à tort que les premiers juges ont prononcé l'annulation de la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. A, au motif qu'elle était dépourvue de base légale, dès lors que la décision portant retrait de la carte de résident de l'intéressé, datée du 7 septembre 2022, était devenue définitive à la date du jugement attaqué ;

- ce jugement entraine des conséquences difficilement réparables pour l'administration, dès lors qu'il a pour effet de rendre plus complexe la procédure d'éloignement à l'encontre de l'intéressé.

Par un mémoire enregistré le 19 mai 2023, M. A, représenté par Me Christophe-Montagnon, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par le préfet de la Loire n'est pas sérieux, dès lors qu'à la date de l'enregistrement de sa requête devant le tribunal administratif, la décision portant retrait de sa carte de résident n'était pas devenue définitive ; au surplus, les conséquences " difficilement réparables " dont il est fait état ne sont pas établies.

Vu la requête enregistrée sous le n° 23LY01454 par laquelle le préfet de la Loire relève appel du jugement du 4 avril 2023 du tribunal administratif de Lyon et les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 7 juin 2023, le rapport de M. Tallec, président, et les observations de Me Lebeaux, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-25 du code de justice administrative : " Les affaires sont jugées soit par une chambre siégeant en formation de jugement, soit par une formation de chambres réunies, soit par la cour administrative d'appel en formation plénière, qui délibèrent en nombre impair. Par dérogation à l'alinéa précédent, le président de la cour ou le président de chambre statue en audience publique et sans conclusions du rapporteur public sur les demandes de sursis à exécution mentionnées aux articles R. 811-15 à R. 811-17. "

2. Aux termes de l'article R. 811-15 du même code : " " Lorsqu'il est fait appel d'un jugement de tribunal administratif prononçant l'annulation d'une décision administrative, la juridiction d'appel peut, à la demande de l'appelant, ordonner qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement si les moyens invoqués par l'appelant paraissent, en l'état de l'instruction, sérieux et de nature à justifier, outre l'annulation ou la réformation du jugement attaqué, le rejet des conclusions à fin d'annulation accueillies par ce jugement ". En application de ces dispositions, lorsque le juge d'appel est saisi d'une demande de sursis à exécution d'un jugement prononçant l'annulation d'une décision administrative, il lui incombe de statuer au vu de l'argumentation développée devant lui par l'appelant et par le défendeur et en tenant compte, le cas échéant, des moyens qu'il est tenu de soulever d'office. Après avoir analysé dans les visas ou les motifs de sa décision les moyens des parties, il peut se borner à relever qu'aucun des moyens n'est de nature, en l'état de l'instruction, à justifier l'annulation ou la réformation du jugement attaqué et rejeter, pour ce motif, la demande de sursis. Si un moyen lui paraît, en l'état de l'instruction, de nature à justifier l'annulation ou la réformation du jugement attaqué, il lui appartient de vérifier si un moyen est de nature, en l'état de l'instruction, à infirmer ou à confirmer l'annulation de la décision administrative en litige, avant, selon le cas, de faire droit à la demande de sursis ou de la rejeter.

3. M. B A, ressortissant tunisien né le 15 novembre 1991 à Menzel Kamel (Tunisie), est entré en France le 16 septembre 2017, muni d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française, Mme C, avec laquelle il s'était marié en Tunisie le 22 avril 2017. Une carte de résident portant la mention " vie privée et familiale " lui a été délivrée, sur le fondement de l'article 10 a) de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par décision du 7 septembre 2022, motivée par la cessation de la communauté de vie entre les époux depuis le 28 février 2019 et le divorce prononcé le 9 mars 2022, la préfète de la Loire a procédé au retrait de ce titre de séjour. Le 9 novembre 2022, M. A a contesté cette décision devant le tribunal administratif de Lyon. Par ordonnance du 7 décembre 2022, motivée par le défaut de production de l'acte attaqué, le président de la première chambre dudit tribunal a rejeté pour irrecevabilité manifeste la requête de M. A. Par un arrêté du 13 décembre 2022, la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. A a déposé le 10 janvier 2023 une requête tendant à l'annulation de ces décisions préfectorales. Par jugement n° 2300163 du 4 avril 2023, le tribunal administratif de Lyon a annulé ces décisions, en retenant le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant retrait de la carte de résident.

4. En l'état de l'instruction, le moyen soulevé par le préfet de la Loire, et sus analysé, ne paraît pas sérieux et de nature à justifier l'annulation ou la réformation du jugement attaqué. Par suite, et alors au surplus que le requérant ne saurait utilement et sérieusement invoquer les conséquences difficilement réparables résultant pour l'administration de l'exécution de ce jugement, ses conclusions à fin de sursis à exécution de ce dernier ne peuvent qu'être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : La requête du préfet de la Loire est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire.

Fait à Lyon, le 7 juin 2023.

Le président de la 3ème chambre,

Jean-Yves Tallec

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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