lundi 20 novembre 2023
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-23LY01557 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. B A a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du préfet de la Haute-Savoie du 27 février 2023, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office et lui interdisant le retour sur le territoire français durant un an.
Par un jugement n° 2301213 du 7 avril 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 4 mai 2023, M. A, représenté par Me Blanc, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble du 7 avril 2023 ;
2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer sans délai sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est insuffisamment motivée.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. M. A, ressortissant guinéen né le 15 mars 1980, déclare être entré en France en septembre 2019. Sa demande d'asile a été rejetée, en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 30 novembre 2021. Le 31 janvier 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté comme irrecevable sa demande de réexamen de sa demande d'asile. Par arrêté du 27 février 2023, le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. M. A fait appel du jugement par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "
4. Par un avis rendu le 21 septembre 2022, le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que si l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si le requérant verse au dossier un certificat rédigé par un praticien hospitalier indiquant que son glaucome " nécessite un traitement local journalier associé à un contrôle semestriel ", et deux certificats rédigés par des médecins généralistes selon lesquels il présente de " multiples pathologies chroniques et invalidantes ", ces pièces médicales ne contiennent aucune mention susceptible de contredire sérieusement l'avis du collège de médecins de l'OFII quant aux conséquences d'un défaut de prise en charge médicale de l'intéressé. Ces pièces ne permettent pas davantage d'établir que l'état de santé du requérant se soit, postérieurement à l'arrêté contesté, dégradé au point de rendre obsolète l'avis de l'OFII. En tout état de cause, en se bornant à faire état de considérations générales sur le système de santé guinéen, M. A n'établit pas qu'il ne pourrait personnellement avoir accès aux soins qui lui sont nécessaires dans son pays d'origine. Au contraire, il ressort du mémoire en défense produit par le préfet de la Haute-Savoie en première instance que les médicaments prescrits au requérant en France sont également disponibles en Guinée. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige méconnaît les dispositions précitées.
5. En deuxième lieu, M. A se prévaut de la durée de sa présence en France, de son état de santé, et soutient qu'il y est bien intégré et qu'il conserve peu de liens avec son pays d'origine. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'entrée de l'intéressé sur le territoire national, même à supposer avérée la date alléguée d'arrivée en France, demeurait récente à la date d'édiction de l'arrêté contesté. En outre, la présence de M. A sur le sol français s'explique par le non-respect d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 3 février 2022. Par ce comportement, le requérant ne saurait se prévaloir de son intégration en France, dont le respect des lois est une composante. En tout état de cause, célibataire et sans enfant, M. A ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français et n'allègue pas disposer d'attaches familiales en France, alors qu'il conserve de fortes attaches en Guinée, où résident tous les membres de sa famille, où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de trente-huit ans et où il n'établit pas encourir des risques qui l'empêcheraient d'y mener une vie privée et familiale normale. Enfin, il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner pour le requérant des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, qu'en outre, il n'établit pas être dans l'impossibilité d'avoir accès à un traitement approprié dans son pays d'origine. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et, notamment, de la durée et des conditions d'entrée et de séjour du requérant en France et eu égard aux effets d'une mesure d'éloignement, la décision contestée ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle ne méconnaît dès lors pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
6. Il est constant que M. A s'est soustrait à l'exécution d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 3 février 2022. En outre, il n'est pas contesté que l'intéressé est entré irrégulièrement sur le territoire, dès lors qu'il n'a présenté aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité. Pour ces motifs, c'est à bon droit que le préfet de la Haute-Savoie a pu estimer, en application des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français en litige, et donc lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
Sur la décision désignant le pays de destination :
7. M. A soutient qu'il encourt un risque de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, du fait de son militantisme au sein de l'Union des forces démocratiques de Guinée. Toutefois, il n'établit pas, par son récit et la seule production d'un témoignage d'un membre de ce parti, dépourvu de caractère probant, la réalité des faits allégués et l'existence de risques personnels et actuels en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, en désignant ce pays comme pays de renvoi, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
8. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que le préfet de la Haute-Savoie, qui a pris en compte l'ensemble des critères visés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en particulier la nature et l'ancienneté des liens du requérant en France, a énoncé de manière suffisante les considérations de fait et de droit sur lesquelles il s'est fondé pour prendre l'interdiction de retour en litige. Cette dernière est, par suite, suffisamment motivée.
9. En second lieu, M. A, qui s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre, entrait dans les prescriptions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lesquelles le préfet est tenu de prononcer une interdiction de retour. En outre, il résulte de ce qui a été exposé aux points 4 et 5 que ni la durée de résidence en France ni l'état de santé de l'intéressé ne constituent des circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé de cette interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit être écarté.
10. En troisième lieu, dès lors qu'il est constant que l'entrée en France du requérant demeurait récente, qu'il n'établit pas y avoir développé des liens anciens et intenses, et qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour, le préfet de la Haute-Savoie n'a méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.
Fait à Lyon, le 20 novembre 2023.
Le président,
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026