lundi 8 avril 2024
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-23LY01841 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. B A a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du préfet du Rhône, du 11 janvier 2023, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office à l'expiration de ce délai.
Par un jugement n° 2300966 du 28 avril 2023, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 25 mai 2023, M. A représenté par Me Sabatier, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Lyon du 28 avril 2023 ;
2°) d'annuler les décisions mentionnées ci-dessus pour excès de pouvoir ;
3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de procéder au renouvellement de sa carte de séjour temporaire ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application du pouvoir général de régularisation du préfet ;
- le préfet a méconnu le principe de loyauté ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il pouvait prétendre à un titre de séjour de plein droit ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de la décision fixant un délai de départ volontaire :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Vu la décision du 1er septembre 2023 par laquelle le président de la cour a désigné Mme Vinet, présidente-assesseure, pour statuer dans le cadre de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris son dernier alinéa ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. A, ressortissant tunisien né le 20 juin 1990, est entré en France le 15 octobre 2020, sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 10 août 2020 au 10 août 2021. Le 20 juillet 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par arrêté du 11 janvier 2023, le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. M. A fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.
Sur la décision de refus de délivrance de titre de séjour :
3. En premier lieu, il ressort des mentions mêmes de l'arrêté en litige que le préfet du Rhône a procédé à un examen complet et particulier de la situation de M. A et a pris en compte l'ensemble des éléments de sa situation personnelle dont il avait connaissance à la date de sa décision, et notamment l'existence de violences conjugales qu'il a qualifiées de réciproques. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. A doit être écarté.
4. En deuxième lieu, à l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle en préfecture, l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande ce titre de séjour et à apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué que M. A aurait été empêché, avant que soit prise la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, de porter à la connaissance de l'administration les éléments relatifs à sa situation, motivant sa nouvelle demande de titre de séjour, pour laquelle il a obtenu un rendez-vous en juin 2023. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet n'était pas tenu de l'inviter à les lui communiquer dans le cadre de l'examen de sa demande de titre de séjour en cours d'examen. Ainsi, en s'en abstenant, le préfet n'a pas méconnu le principe de loyauté de l'administration.
6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 423-3 du même code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ". Toutefois, aux termes de l'article L. 423-5 : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales () En cas de rupture de la vie commune imputable à des violences familiales ou conjugales subies après l'arrivée en France du conjoint étranger, mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint étranger se voit délivrer la carte de séjour prévue à l'article L. 423-1 sous réserve que les autres conditions de cet article soient remplies ".
7. D'autre part, en vertu de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : "Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à 1'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : / 1 a) Au conjoint tunisien d'un ressortissant français, marié depuis au moins un an, à condition que la communauté de vie entre époux n'ait pas cessé () ". Aux termes de l'article 11 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. () ".
8. L'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre. Il résulte des dispositions mentionnées ci-dessus de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu créer un droit particulier au séjour au profit des personnes victimes de violences conjugales ayant conduit à la rupture de la vie commune avec leur conjoint de nationalité française. La circonstance que l'article 10 de l'accord franco-tunisien ne prévoit pas le cas des personnes pour lesquelles la communauté de vie a été rompue, pour le motif évoqué ci-dessus, ne fait pas obstacle à l'application des dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté qu'à la date de la décision de refus de titre de séjour contestée, M. A et son épouse, Mme C, avaient rompu leur vie conjugale. Le requérant fait toutefois valoir que la rupture de leur vie commune est imputable aux violences conjugales qu'il a subies de la part de Mme C. M. A se prévaut notamment d'une composition pénale s'étant traduite pour cette dernière par un rappel à la loi en date du 24 janvier 2022, pour des faits de violences sans incapacité de travail commis sur la personne du requérant. Toutefois, cette composition pénale mentionne que M. A a lui-même fait l'objet d'une composition pénale, après une garde à vue, pour des faits de même nature en décembre 2020, dont il ressort des pièces du dossier qu'elle s'est traduite par un stage de sensibilisation aux violences conjugales suivi par les deux époux. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a déposé d'autres plaintes ou mains courantes à l'encontre de son époux, restées sans suite, et il n'apparaît pas que M. A ait entrepris d'autres démarches liées à des faits de violences commis par sa femme. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la rupture de la communauté de vie entre les époux puisse être regardée comme résultant de violences conjugales dont M. A aurait été victime au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là qu'en refusant de délivrer à M. A un titre de séjour au motif de la rupture de la vie commune avec la ressortissante française qu'il avait épousée, le préfet du Rhône n'a méconnu ni les stipulations de l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, ni les dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En dernier lieu, à l'appui de ses conclusions, M. A soulève les mêmes moyens que ceux soulevés devant les premiers juges, tirés de ce que la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation tant au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle qu'au regard de l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le jugement du tribunal administratif.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de délivrance de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.
12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3 et 4, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant doit être écarté également à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français, laquelle mentionne en outre que M. A n'établit pas entrer dans l'une des catégories d'étrangers ne pouvant faire l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français.
13. En troisième lieu, M. A soutient que, contrairement à ce qu'a retenu le préfet, il entrait dans une catégorie d'étrangers ne pouvant faire l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il pouvait prétendre à l'attribution de plein droit d'un titre de séjour portant la mention " salarié " en vertu de l'article 3 de l'accord franco-tunisien déjà mentionné. S'il fait valoir que son employeur entendait déposer une demande d'autorisation de travail dans la perspective de son rendez-vous à venir en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour par changement de statut, il est constant qu'à la date de la décision, M. A n'avait pas encore accompli les démarches lui permettant de remplir les conditions prévues par ces stipulations, tenant notamment en la présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet en prenant une décision d'obligation de quitter le territoire français à son encontre alors qu'il entrait dans l'une des catégories d'étrangers ne pouvant faire l'objet d'une telle décision doit être écarté.
14. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, déjà soulevé devant le tribunal administratif, doit être écarté par adoption des motifs retenus par les premiers juges.
Sur la décision fixant un délai de départ volontaire :
15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant un délai de départ volontaire prise à son encontre.
Sur la décision désignant le pays de destination :
16. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision désignant le pays de renvoi, ni en tout état de cause, de celle lui refusant la délivrance de titre de séjour.
17. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.
Fait à Lyon, le 8 avril 2024.
La présidente-assesseure désignée,
Camille Vinet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026