jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-23LY02156 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | TABANI-SURMONT FADILA |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
Mme C G, M. A E et Mme B F ont demandé au tribunal administratif de Grenoble de condamner l'Etat à verser, à chacun d'eux, la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice moral causé par le décès en prison de M. D F.
Par jugement n° 2001237 du 28 avril 2023, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté leur demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 27 juin 2023, Mme G, M. E et Mme F, représentés par Me Tabani-Surmont, demandent à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de condamner l'Etat à leur verser à chacun la somme de 20 000 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'Etat a commis une faute en s'abstenant de toute mesure particulière de surveillance et en laissant certains matériels à la disposition de M. F, alors que sa fragilité psychologique était connue des services pénitentiaires ;
- ils ont subi un préjudice moral qui doit être évalué, pour chacun d'eux, à 20 000 euros.
Par mémoire enregistré le 13 février 2024, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il expose que les moyens soulevés ne sont pas fondés et s'en rapporter à ses écritures de première instance.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sophie Corvellec ;
- les conclusions de Mme Christine Psilakis, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Tabani-Surmont, pour Mme G et autres ;
Considérant ce qui suit :
1. Par courrier du 27 septembre 2019, la mère de M. D F, accompagnée de la sœur de celui-ci et de son demi-frère, ont saisi le ministre de la justice d'une demande d'indemnisation des préjudices moraux causés par le décès de celui-ci, le 5 septembre 2017, alors qu'il était incarcéré à la maison d'arrêt de Bonneville. Cette demande ayant été implicitement rejetée, ils ont saisi aux mêmes fins le tribunal administratif de Grenoble, qui a rejeté leur demande, par un jugement du 28 avril 2023 dont ils relèvent appel.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
2. La responsabilité de l'Etat en cas de préjudice matériel ou moral résultant du suicide d'un détenu peut être recherchée pour faute des services pénitentiaires en raison notamment d'un défaut de surveillance ou de vigilance. Une telle faute ne peut toutefois être retenue qu'à la condition qu'il résulte de l'instruction que l'administration n'a pas pris, compte tenu des informations dont elle disposait, en particulier quant à l'existence chez le détenu de troubles mentaux, de tentatives de suicide ou d'actes d'auto-agression antérieurs, de menaces suicidaires, de signes de détresse physique ou psychologique, les mesures que l'on pouvait raisonnablement attendre de sa part pour prévenir le suicide.
3. Il résulte de l'instruction qu'incarcéré à la maison d'arrêt de Bonneville depuis le 24 janvier 2017, M. F est décédé aux environs de 21 heures, le 5 septembre 2017, d'intoxication au monoxyde de carbone dégagé par la combustion du matelas de sa cellule. S'il est constant que la fragilité psychologique de l'intéressé, diagnostiqué schizophrène en 2016 et sujet à des décompensations psychotiques et délirantes, était connue de l'administration pénitentiaire, aucune tentative de suicide, ni aucune tendance suicidaire ne lui étaient toutefois attribuées. En particulier, il venait, quelques jours auparavant, de réintégrer la maison d'arrêt après un séjour de près de deux mois au service médico-psychologique régional, sans que le médecin psychiatre qui a autorisé son retour ne relève un tel risque. De même, si, le 18 avril 2017, M. F avait déjà été l'auteur de faits similaires, en incendiant volontairement sa cellule, il les avait lui-même attribués, devant la commission de discipline, à une réaction de frustration provoquée par un manque de tabac, en écartant expressément tout geste suicidaire. Dans ces conditions, à supposer que ce décès résulte d'un geste suicidaire comme le soutiennent les requérants, l'administration pénitentiaire ne pouvait identifier un risque particulier le jour de son décès, alors même que l'intéressé avait rejeté son traitement et manifesté une certaine frustration en tentant d'échanger son téléviseur contre du tabac et en indiquant aux surveillants qu'il attendait d'un autre détenu qu'il lui fasse passer quelque chose. Par conséquent, alors que M. F était régulièrement suivi par l'unité de consultations de soins ambulatoires et que des surveillants venaient, quelques minutes avant le départ de l'incendie, de procéder à un contrôle, les requérants, qui ne se prévalent pas d'une insuffisance des mesures de secours alors déployées, ne sont pas fondés à reprocher à l'administration pénitentiaire une insuffisance des mesures, notamment de surveillance, mises en œuvre à l'égard de M. F.
4. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G, Mme F et M. E ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté leur demande.
Sur les frais liés au litige :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par Mme G, Mme F et M. E.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme G, Mme F et M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme C G, à Mme B F, à M. A E et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, où siégeaient :
M. Philippe Arbarétaz, président de chambre,
Mme Aline Evrard, présidente-assesseure,
Mme Sophie Corvellec, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
La rapporteure,
S. CorvellecLe président,
Ph. Arbarétaz
La greffière,
F. Faure
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026