lundi 16 octobre 2023
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-23LY02196 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. A D a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand d'annuler les décisions de la préfète de l'Allier du 25 mai 2023, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office et lui interdisant le retour sur le territoire français durant dix-huit mois.
Par un jugement nos 2301087 et 2301088 du 30 mai 2023, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
I. Par une requête enregistrée sous le numéro 23LY02196 le 29 juin 2023, M. D, représenté par Me Jauvat, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 30 mai 2023 ;
2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 du même accord ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 août 2023.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 23LY02198 le 29 juin 2023, M. D, représenté par Me Jauvat, demande à la cour de prononcer, sur le fondement de l'article R. 811-17 du code de justice administrative, le sursis à exécution du jugement nos 2301087 et 2301088 du 30 mai 2023, par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions du 25 mai 2023, par lesquelles la préfète de l'Allier lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il serait reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français durant dix-huit mois.
Il soutient que :
- son éloignement du territoire français, rendu possible par le jugement dont il sollicite le sursis à exécution, risque d'entraîner des conséquences difficilement réparables ;
- les moyens qu'il présente dans le cadre de sa requête enregistrée sous le n° 23LY02196 sont sérieux et de nature à justifier l'annulation du jugement attaqué et des décisions contestées.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées sont dirigées contre le même jugement. Il y a lieu de les joindre pour qu'elles fassent l'objet d'une même ordonnance.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
3. M. D, ressortissant algérien né le 10 janvier 1990, déclare être entré en France le 15 mars 2020. Il a fait l'objet, le 18 mai 2022, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire d'une durée de dix-huit mois. Le 25 mai 2023, l'intéressé a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour et, par arrêté du même jour, la préfète de l'Allier lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois. M. D fait appel du jugement par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.
Sur la requête enregistrée à la cour sous le n° 23LY02196 :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, comme l'a indiqué le premier juge, M. C B, signataire de la décision attaquée, bénéficiait, en vertu d'un arrêté du 6 mars 2023 de la préfète de l'Allier, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Sanz, secrétaire général de la préfecture, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département de l'Allier, à l'exception des déclinatoires de compétence et arrêtés de conflit. La seule circonstance que M. Sanz ait signé un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français le même jour est insuffisante pour établir qu'il n'ait pas été absent ou empêché lors de la signature de l'obligation de quitter le territoire français contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision contestée vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. D, notamment le 1° de l'article L. 611-1. À cet égard, contrairement à ce que soutient le requérant, dès lors que l'arrêté contesté n'emporte pas refus de séjour, la préfète de l'Allier n'était pas tenue de viser l'accord franco-algérien, relatif aux conditions de délivrance de titres de séjour pour les ressortissants de la république d'Algérie, mais non aux obligations de quitter le territoire français, prises sur le fondement du seul code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision contestée est, par suite, suffisamment motivée.
6. En troisième lieu, M. D soutient que la décision contestée méconnaît les stipulations 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien dès lors qu'il serait, contrairement aux indications du magistrat désigné, entré régulièrement en France. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est vu délivrer un visa de court séjour l'autorisant à séjourner dans les États partie à la convention de Schengen valable du 10 mars au 3 avril 2020, il n'établit pas être entré sur le territoire national durant la durée de celui-ci par la seule production d'une réservation d'un billet de bus pour un trajet Barcelone - Perpignan du 15 mars 2020. En tout état de cause, même à supposer cette circonstance avérée, comme l'a souligné le premier juge, M. D n'établit ni même n'allègue qu'il aurait effectué la déclaration d'entrée sur le territoire national prévue par les dispositions de l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé ne peut ainsi justifier d'une entrée régulière sur le territoire français. En conséquence, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'erreur de fait ne peuvent qu'être écartés.
7. En quatrième lieu, M. D fait valoir qu'il disposerait de liens personnels et familiaux intenses, anciens et sables en France, dès lors qu'il réside sur le territoire depuis plus de trois ans et qu'il est marié avec une ressortissante française. Toutefois, comme l'a souligné le premier juge, les pièces du dossier ne permettent pas d'établir que la communauté de vie entre le requérant et son épouse ait débuté le 18 novembre 2021 comme il l'allègue et, à la date de la décision contestée, leur mariage demeurait récent. En outre, les époux ne pouvaient ignorer la précarité de leur installation commune, dès lors que M. D n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il a fait l'objet, le 18 mai 2022, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour d'une durée de dix-huit mois, auquel le requérant n'a pas déféré. Par ce comportement, M. D ne justifie pas d'une insertion dans la société française, dont le respect des lois est une composante. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé dispose d'attaches importantes dans son pays d'origine, où résident toujours ses parents et où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. À l'inverse, comme l'a indiqué le magistrat désigné, le requérant ne produit aucun élément attestant de l'effectivité et de l'intensité des liens qu'il entretient avec son frère résidant en France. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, c'est sans porter une atteinte disproportionnée au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale que la préfète de l'Allier a pu lui faire obligation de quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 le l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés, ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. D, qui repose sur des arguments identiques.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
8. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision désignant le pays de destination :
9. Il résulte de l'examen de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus de délai de départ volontaire que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision désignant le pays de renvoi.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et fixation du pays de destination à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français.
11. En second lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. D pour les motifs énoncés au point 6.
12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction.
Sur la requête enregistrée à la cour sous le n° 23LY02198 :
13. La présente ordonnance statuant sur la requête en annulation présentée contre le jugement nos 2301087 et 2301088 rendu le 30 mai 2023 par le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand, la requête n° 23LY02198 tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement est devenue sans objet.
ORDONNE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de sursis à exécution de la requête n° 23LY02198 de M. D.
Article 2 : La requête n° 23LY02196 de M. D est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Allier.
Fait à Lyon, le 16 octobre 2023.
Le président,
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier, - 23LY02198
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026