lundi 12 février 2024
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-23LY02309 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. B A a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions de la préfète de l'Ain, du 27 mars 2023, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office et lui interdisant le retour sur le territoire français durant dix-huit mois ainsi que la décision de la préfète du Rhône, du 27 mars 2023, l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Par un jugement n° 2302461 du 31 mars 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 juillet 2023 et le 26 juillet 2023, M. A représenté par Me Frery, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon du 31 mars 2023 ;
2°) d'annuler les décisions susmentionnées de la préfète de l'Ain et de la préfète du Rhône pour excès de pouvoir ;
3°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de procéder sans délai à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à son profit, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation concernant ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant assignation à résidence :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation concernant sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation concernant ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Vu la décision du 1er septembre 2023 par laquelle le président de la cour a désigné Mme Vinet, présidente-assesseure, pour statuer dans le cadre de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris son dernier alinéa ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. A, ressortissant albanais né le 12 septembre 1998, est entré en France le 9 septembre 2019, selon ses déclarations. Il a présenté une demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 31 janvier 2020. Le 3 avril 2020, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, qu'il n'a pas exécutée. Par arrêté du 27 mars 2023, la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de trente jours, a désigné le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français durant dix-huit mois. Par arrêté du même jour, la préfète du Rhône l'a assigné à résidence durant quarante-cinq jours. M. A fait appel du jugement par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français énonce clairement les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, en particulier les principaux éléments factuels concernant le séjour de M. A en France, l'existence de sa compagne, également en situation irrégulière, avec laquelle il vit en concubinage, et de leur fils, âgé de deux mois. Cette décision est, dès lors, suffisamment motivée au regard des exigences des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors même qu'elle ne mentionne pas la présence régulière en France de la sœur du requérant.
4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des mentions de l'arrêté contesté que la préfète de l'Ain, qui a pris en compte l'ensemble des éléments pertinents de la situation personnelle de M. A, a procédé à un examen préalable particulier de la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. A doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été entendu par les services de police, le 27 mars 2023, en particulier en ce qui concerne son âge, sa nationalité, sa situation de famille, ses attaches avec son pays d'origine, sa date d'entrée en France et ses conditions de résidence et moyens d'existence dans ce pays. M. A, qui avait par ailleurs déjà fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français le 3 avril 2020, doit ainsi être regardé à la fois comme n'ignorant pas que son maintien en France ne reposait pas sur un droit au séjour reconnu et insusceptible d'être remis en cause par l'édiction d'une décision de retour et comme ayant eu la possibilité, lors de son audition du 27 mars 2023, de faire valoir tout élément utile susceptible d'influer sur la reconnaissance d'un droit au séjour en France ainsi que sur la prise à son encontre d'une mesure d'éloignement et sur ses modalités. D'autre part, et en tout état de cause, M. A, qui se borne à se prévaloir de la présence régulière de sa sœur en France et de l'article 23 de la directive 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011, qui tend à protéger l'unité familiale, sans d'ailleurs établir que cette notion serait applicable à ses liens avec sa sœur, ne démontre pas qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle, qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne du respect des droits de la défense.
6. En quatrième lieu, M. A fait valoir qu'il séjourne en France depuis trois ans et demi, où résident également sa concubine, également de nationalité albanaise, et leur fille, née le 25 janvier 2023, et où il dispose de fortes capacités d'insertion professionnelle qu'il entend démontrer par la production de deux promesses d'embauche. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la durée de sa présence en France, encore assez brève, est essentiellement due à son maintien irrégulier sur le territoire français sans respecter l'obligation qui lui avait été faite, par décision du 3 avril 2020, de quitter le territoire français. Sa concubine ne dispose pas d'un droit au séjour en France et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France, et notamment en Albanie, pays dont tous les membres du foyer ont la nationalité et où le requérant a vécu la majorité de son existence. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et nonobstant la présence régulière en France de la sœur du requérant, la décision de refus de délivrance de titre de séjour contestée n'a pas porté au droit de ce dernier au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs du refus. Dès lors, elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle est susceptible de comporter pour sa situation personnelle.
7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que rien ne s'oppose à ce que l'enfant du requérant reparte avec ses parents dans son pays d'origine. Dès lors, l'obligation de quitter le territoire français contestée, qui n'emporte notamment pas séparation de l'enfant de l'un de ses deux parents, n'a pas porté une atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant mineur au sens des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision en litige, M. A soulève les mêmes moyens que ceux, déjà soulevés en première instance, tirés de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la méconnaissance du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 5° de l'article L. 612-3 du même code. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par la première juge.
9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 6 et 7, la décision par laquelle la préfète de l'Ain a refusé d'accorder un délai de départ volontaire à M. A n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.
Sur la décision désignant le pays de destination :
10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision désignant le pays de renvoi.
Sur la décision d'assignation à résidence :
11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence.
12. En second lieu, en l'absence d'argumentation distincte, pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés, le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence est entachée d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté comme non fondé.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. A l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision en litige, M. A soulève les mêmes moyens que ceux, déjà soulevés en première instance, tirés de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par la première juge.
14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 6 et 7, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A n'a pas méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ni n'est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur sa situation.
15. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Ain et à la préfète du Rhône.
Fait à Lyon, le 12 février 2024.
La présidente-assesseure désignée,
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026