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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY02487

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY02487

lundi 29 avril 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY02487
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL BS2A - BESCOU & SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du préfet de l'Isère du 3 mars 2023, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et désignant le pays à destination duquel elle serait reconduite d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2302108 du 21 juillet 2023, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2023, Mme B représentée par Me Sabatier, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Grenoble du 21 juillet 2023 ;

2°) d'annuler les décisions mentionnées ci-dessus pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- elle méconnaît le principe de l'autorité relative de la chose jugée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle remplit les conditions prévues par l'article 2.1.2 de la circulaire du 28 novembre 2012 dont elle peut se prévaloir en application de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- aucune mesure d'éloignement ne pouvait être prise dès lors qu'elle peut prétendre à l'attribution de plein droit d'un titre de séjour ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale, en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

S'agissant de la décision portant fixation du délai de départ volontaire :

- elle est illégale, en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Vu la décision du 1er septembre 2023 par laquelle le président de la cour a désigné Mme Vinet, présidente-assesseure, pour statuer dans le cadre de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris son dernier alinéa ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme B, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 24 juin 1995, est entrée en France le 8 août 2015, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant ". Elle a bénéficié de titres de séjour jusqu'au 14 septembre 2018. Par arrêté du 16 août 2018, le préfet du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour et a assorti cette décision d'une mesure d'éloignement, que Mme B n'a pas exécutée. Le 4 octobre 2022, elle a à nouveau fait l'objet d'un refus de titre de séjour et d'une obligation de quitter le territoire. Cette décision a été annulée par le tribunal administratif de Grenoble, par un jugement enjoignant le réexamen de la situation de la requérante. Par arrêté du 3 mars 2023, le préfet de l'Isère a de nouveau refusé l'admission au séjour de Mme B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. Mme B fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

4. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

5. Pour refuser à Mme B un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées, le préfet de l'Isère a d'abord estimé que son admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " ne répondait pas à des considérations humanitaires, ni ne se justifiait au regard de motifs exceptionnels, compte tenu notamment du fait qu'elle est célibataire, sans enfant, dénuée d'attaches familiales en France et ne justifiant pas avoir tissé sur le territoire des liens intenses, stables et anciens. Puis, dans un second temps, il a examiné s'il était fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il a considéré que le contrat présenté par Mme B à l'appui de sa demande ne présentait pas toutes les garanties d'authenticité requises, que celle-ci n'était pas entrée en France pour exercer un emploi mais pour y suivre des études, son activité salariale n'étant qu'accessoire et l'intéressée ne justifiant pas de salaires atteignant le montant du salaire minimum, et qu'au surplus, la plateforme de la main d'œuvre étrangère a notifié aux services de la préfecture un avis défavorable à cette demande eu égard à l'activité professionnelle de l'intéressée. Il a estimé que, malgré l'antériorité de l'activité salariée de Mme B, elle ne faisait pas état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Ce faisant, il ne s'est pas borné, contrairement à ce que soutient la requérante, à prendre en compte le montant insuffisant de ses salaires. Par ailleurs, compte tenu de la production d'un contrat qui présentait des incohérences permettant de douter de son authenticité, motif dont la matérialité n'est pas sérieusement contestée, et en l'absence de diplômes ou de qualifications dont la requérante se serait prévalue, le préfet n'était pas tenu d'examiner de façon plus détaillée si sa qualification, son expérience et ses diplômes pouvaient constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et du défaut d'examen de sa situation doivent être écartés.

6. Pour le surplus, Mme B se borne à reprendre dans sa requête les autres moyens susvisés, déjà invoqués devant les premiers juges. Ces moyens ont été écartés à bon droit par le jugement du tribunal administratif de Grenoble. Par suite, il y a lieu, par adoption des motifs du jugement de première instance, à l'encontre desquels la requérante ne formule aucune critique utile ou pertinente, de rejeter la requête de Mme B en ce qu'elle est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Lyon, le 29 avril 2024.

La présidente-assesseure désignée,

Camille Vinet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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