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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY02527

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY02527

lundi 25 mars 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY02527
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantHMAIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions de la préfète de l'Ain du 6 février 2023, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n°2301830 du 12 juillet 2023, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2023, M. A, représenté par Me Hmaida, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Lyon du 6 février 2023 ;

2°) d'annuler les décisions mentionnées ci-dessus pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour temporaire, où à tout le moins de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il se désiste de sa demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Vu la décision du 1er septembre 2023 par laquelle le président de la cour a désigné Mme Vinet, présidente-assesseure, pour statuer dans le cadre de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris son dernier alinéa ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant malien né le 12 juin 1997, est entré en France pour la première fois, le 24 décembre 2005 à l'âge de huit ans. Le requérant a obtenu deux documents de circulation pour étrangers mineurs, valables du 31 mai 2007 au 11 juin 2015. Suite à son retour dans son pays d'origine de 2013 à 2015, le requérant déclare être entré de nouveau sur le territoire en février 2015. Le 28 août 2018, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a obtenu cinq titres de séjour sur ce fondement, valables du 14 juin 2016 au 11 mai 2022. Le 16 mai 2022, il a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour. Par arrêté du 6 février 2023, la préfète de l'Ain lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. M. A fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur la décision de refus de délivrance de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

1. M. A fait valoir la durée de sa présence en situation régulière sur le territoire français, où se trouvent sa mère et quatre sœurs, de nationalité française, et l'absence de liens conservés au Mali. Toutefois, alors que M. A était âgé de 25 ans au jour de la décision de refus de titre de séjour en litige, il n'apporte en appel toujours aucune précision ni pièce en vue de justifier de la nature de ses liens avec sa mère et ses sœurs depuis son retour en 2015 sur le territoire français. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le requérant, célibataire et sans charge de famille, ne démontre aucune intégration sociale et professionnelle particulière. En particulier, d'une part, malgré la régularité de son séjour en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait suivi une quelconque formation professionnelle diplômante ou cursus étudiant, ni qu'il aurait travaillé pendant cette période. D'autre part, M. A a été condamné entre 2017 et 2020 à sept reprises, notamment pour des faits de violence sur personnes, suivie d'une incapacité supérieure à huit jours dans un cas, pour des faits d'usage illicite de stupéfiants et pour port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, la commission du titre de séjour ayant émis un avis défavorable au renouvellement de son titre de séjour en considérant qu'il représente ainsi une menace à l'ordre public. Si le requérant fait valoir qu'il souffre de troubles psychiques, reconnus comme invalidants par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, qui lui a reconnu la qualité de travailleur handicapé le 1er janvier 2023, il ne verse aucune pièce au dossier démontrant un lien entre sa pathologie et ces infractions pénales, ni entre ladite pathologie et sa situation dans l'emploi, étant relevé qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait sollicité un titre de séjour à raison de son état de santé. Par ailleurs, il ne soutient pas sérieusement que le défaut de prise en charge de son état de santé entrainerait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'il ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement adapté, ni encore qu'il aurait besoin de l'assistance de sa mère ou de ses sœurs. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision de refus de délivrance de titre de séjour contestée ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle ne méconnaît, dès lors, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, il résulte de l'examen de la légalité de la décision de refus de délivrance de titre de séjour, que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

4. Ainsi qu'il a été dit au point 4 ci-dessus, M. A ne démontre pas, ni même n'allègue, que la pathologie dont il est atteint nécessite des soins dont le défaut aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement adapté à son état de santé. Dès lors, la préfète de l'Ain pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile édicter à son encontre une mesure d'éloignement. Par conséquent, le moyen doit être écarté.

5. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 ci-dessus, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision désignant le pays de destination :

6. Il résulte de l'examen de la légalité de la décision de refus de délivrance de titre de séjour et de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision désignant le pays de destination prise à son encontre.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Ain.

Fait à Lyon, le 25 mars 2024.

La présidente-assesseure désignée,

Camille Vinet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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