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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY02871

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY02871

lundi 13 mai 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY02871
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantWOUAKO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A D a demandé au tribunal administratif de Dijon d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Yonne a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2300076 du 10 août 2023, le tribunal administratif de Dijon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 10 septembre 2023, M. C, représenté par Me Wouako, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté du préfet de l'Yonne du 14 décembre 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- le jugement est insuffisamment motivé ;

- la commission du titre de séjour n'a pas été consultée ;

- le refus d'admission au séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

2. M. A D, ressortissant congolais né en 1980, est entré irrégulièrement en France le 27 novembre 2010 selon ses déclarations. Le 2 mars 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté 14 décembre 2022, le préfet de l'Yonne a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C relève appel du jugement du 10 août 2023 par lequel le tribunal administratif de Dijon a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Le tribunal administratif de Dijon, qui n'était pas tenu de répondre à tous les arguments présentés à l'appui de la demande, a répondu, de manière suffisamment motivée, à l'ensemble des moyens en première instance. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le jugement attaqué est entaché d'une irrégularité.

Sur la légalité du refus d'admission au séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Si M. C s'est prévalu en première instance de la durée de son séjour en France, de la présence en France de sa compagne, de même nationalité, avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité le 7 juin 2016 et de leur enfant, née le 26 avril 2017 à Melun (Seine-et-Marne), laquelle souffre de problèmes de santé, il ne justifie pas, par les pièces produites au dossier de première instance, ni résider habituellement en France depuis la date à laquelle il affirme être entré en France ni vivre avec la mère de sa fille depuis neuf ans. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été l'objet d'une mesure d'éloignement par un arrêté du préfet du Bas-Rhin du 23 avril 2013 à la suite du rejet de sa demande d'asile à laquelle il ne s'est pas conformé. Il est sans revenus et ne fait état d'aucune insertion sociale ni intégration professionnelle particulière. Il ressort enfin des pièces du dossier que l'intéressé n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et sa sœur et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de son séjour en France et alors que M. C n'a déposé une première demande de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale qu'en mars 2021, soit près de quatre ans après la naissance de sa fille, le préfet de l'Yonne, en refusant de faire droit à sa demande, ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a ainsi méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

7. Dès lors, d'une part, que la décision portant refus d'admission au séjour n'a, par elle-même, ni pour objet, ni pour effet, de séparer la fille de M. C de ses parents et, d'autre part, que le requérant ne fait état d'aucune circonstance particulière qui ferait obstacle à ce que sa fille mineure suive ses parents au Congo, pays dont ils ont tous la nationalité, et y poursuive sa scolarité, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. En troisième lieu, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision de refus d'admission au séjour, M. C reprend en appel les moyens qu'il avait invoqués en première instance à l'encontre du refus d'admission au séjour, de l'obligation de quitter le territoire français, de la décision fixant le délai de départ volontaire et de la décision fixant le pays de destination. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Dijon.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins aux fins d'injonction.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de l'Yonne.

Fait à Lyon, le 13 mai 2024.

Le président de la 2ème chambre,

Dominique Pruvost

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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