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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY03069

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY03069

lundi 17 juin 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY03069
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantCLEMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A C a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du 7 septembre 2023 par lesquelles le préfet de l'Isère lui a ordonné de quitter sans délai le territoire français, a désigné le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit de revenir en France pendant deux ans.

Par un jugement n° 2307517 du 13 septembre 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a annulé l'interdiction de retour sur le territoire français et a rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la cour

I - Par une requête enregistrée le 25 septembre 2023 sous le n° 23LY03069, M. C, représenté par Me Clément, demande à la cour :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler le jugement du 13 septembre 2023 en ce qu'il rejette ses conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et désignation du pays de retour ;

3°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du préfet de l'Isère en date du 7 septembre 2023, mentionnées au 2° ;

4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail, pour la durée du réexamen de sa situation ;

5°) en cas d'admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ; à défaut, de mettre à la charge de l'État la même somme, à son profit, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du jugement attaqué :

- il est suffisamment motivé au regard des exigences de l'article L. 9 du code de justice administrative ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elle méconnaît par suite ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant des décisions lui refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de retour :

- elles doivent être annulées, en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. C a été rejetée par une décision du 25 octobre 2023.

II - Par une requête enregistrée le 27 septembre 2023 sous le n° 23LY03121, M. C, représenté par Me Clément, demande à la cour :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de prononcer, sur le fondement de l'article R. 811-17 du code de justice administrative, le sursis à exécution du jugement n°2307517 du 13 septembre 2023, par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté ses conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination ;

3°) en cas d'admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ; à défaut, de mettre à la charge de l'État la même somme, à son profit, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son éloignement du territoire français, rendu possible par le jugement dont il sollicite le sursis à exécution, aurait des conséquences difficilement réparables, dès lors qu'il ne pourrait plus voir sa mère et son père, qui a le projet de s'installer en France, et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche en qualité de vendeur-préparateur en poissonnerie, de la part de son frère, en date du 12 septembre 2023 ;

- les moyens qu'il présente dans le cadre de sa requête enregistrée sous le n° 23LY03069 sont sérieux et de nature à justifier l'annulation du jugement attaqué et des décisions contestées.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. C a été rejetée par une décision du 25 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Vu la décision du 1er septembre 2023 par laquelle le président de la cour a désigné Mme Vinet, présidente-assesseure, pour statuer dans le cadre de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris son dernier alinéa ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents () de cour administrative d'appel, () et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; () 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ;() ". Le dernier alinéa de ce texte ajoute qu'ils peuvent en outre, par ordonnance, rejeter " après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A C, ressortissant tunisien né le 15 avril 1990, qui s'est également présenté aux autorités de police sous l'identité de M. D B né le 15 février 1989, est entré en France dans des conditions indéterminées, en 2017, selon ses déclarations, après avoir vécu plusieurs années en Suisse. Le 22 juillet 2022, il a fait l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français, qu'il n'a pas exécutée. Le 7 septembre 2023, il a été placé en garde à vue pour des faits de conduite sous l'emprise de produits stupéfiants. Par un arrêté du même jour, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Placé en rétention à Lyon, M. C a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2023. Par un jugement du 13 septembre 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a, en son article 2, annulé cet arrêté en tant qu'il comprend une interdiction de retour d'une durée de deux ans à son encontre et, en son article 4, a rejeté le surplus de ses conclusions. Par la requête enregistrée sous le numéro 23LY03069 M. C fait appel du jugement dans cette mesure, et, par la requête enregistrée sous le numéro 23LY03121, il demande son sursis à exécution.

3. Les requêtes n° 23LY03069 et n° 23LY03121 sont dirigées contre le même jugement. Il y a lieu de les joindre pour qu'elles fassent l'objet d'une seule décision.

Sur la régularité du jugement :

4. En premier lieu, le jugement comprend les éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement, permettant à M. C de contester utilement le raisonnement retenu par la magistrate désignée pour répondre aux moyens qu'il a soulevés en première instance. Celui-ci n'avait pas à comprendre l'ensemble des éléments factuels dont le requérant se prévalait, notamment à l'appui de son moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le jugement attaqué ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 9 du code de justice administrative.

Sur la requête enregistrée à la cour sous le n° 23LY03069 :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

6. Il ressort des termes de l'arrêté litigieux que le préfet a entendu fonder son arrêté sur le 1° et le 5° de l'article L. 611-1 précité. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que le comportement de M. C présenterait une menace pour l'ordre public, il est constant que le requérant, qui ne conteste pas être entré de façon irrégulière sur le territoire français, s'y maintenait sans être titulaire d'un titre de séjour valide à la date de la décision en litige. Le préfet de l'Isère pouvait donc obliger M. C à quitter le sol national, sur le seul fondement du 1° des dispositions précitées. La circonstance que le préfet aurait entendu fonder cette décision également sur le fondement du 5° est, par suite, sans incidence sur sa légalité.

7. En deuxième lieu, le séjour en France du requérant, célibataire et sans charge de famille, était encore récent à la date de la décision. Celui-ci ne dispose, par ailleurs, pas d'un emploi régulier et n'établit pas entretenir des liens particulièrement intenses avec les membres de sa fratrie, installés en Saône-et-Loire et dans le Val-de-Marne et sa mère, malade dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle habiterait dans le même département que le requérant. A fortiori, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'était de santé de sa mère nécessiterait sa présence auprès d'elle. Par ailleurs, à la date de la décision, le père du requérant vivait encore en Tunisie et M. C dispose nécessairement d'un ancrage culturel dans ce pays où il a vécu la majeure partie de sa vie. Efin, la mesure d'éloignement contestée ne fait pas obstacle à ce que sa famille lui rende visite en Tunisie ou qu'il vienne lui rendre visite en France de façon régulière, muni du visa approprié. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision d'obligation de quitter le territoire français en litige méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation.

8. En quatrième lieu, M. C reprend en appel les autres moyens visés ci-dessus, déjà invoqués devant le tribunal administratif de Grenoble. Ces moyens ont été écartés à bon droit par la première juge. Il y a lieu, dès lors, par adoption des motifs du jugement attaqué, à l'encontre desquels le requérant ne formule d'ailleurs aucune critique utile, d'écarter ces autres moyens dirigés contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

9. Par suite, la requête n° 23LY03069 de M. C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

Sur la requête enregistrée à la cour sous le n° 23LY03121 :

10. La présente ordonnance statuant sur la requête en annulation présentée contre le jugement n° 2307517, rendu le 13 septembre 2023 par le tribunal administratif de Lyon, la requête n° 23LY03121 tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement et aux fins d'injonction est devenue sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État quelque somme que ce soit au bénéfice de M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de sursis à exécution et d'injonction de la requête n° 23LY03121 de M. C.

Article 2 : La requête n° 23LY03069 de M. C et le surplus des conclusions de sa requête n° 23LY03121 sont rejetés.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Lyon, le 17 juin 2024.

La présidente-assesseure désignée,

Camille Vinet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

Nos 23LY03069-23LY03121

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