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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY03134

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY03134

lundi 17 juin 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY03134
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A E C et Mme B F C ont demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand d'annuler les décisions du 30 mai 2022 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a ordonné de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel ils seraient reconduits d'office, à l'expiration de ce délai.

Par un jugement nos 2202030-20202031 du 16 juin 2023, le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2023, M. et Mme C, représentés par Me Faure Cormarias, demandent à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 16 juin 2023 ;

2°) d'annuler les arrêtés du préfet du Puy-de-Dôme en date du 30 mai 2022 pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet de leur délivrer des titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à tout le moins, de réexaminer leur situation dans le délai de huit jours à compter du prononcé de cette décision juridictionnelle et de leur remettre des récépissés de demande de titre de séjour les autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à leur profit, au titre des " frais irrépétibles " ;

5°) de mettre à la charge de l'État, au profit de leur conseil, la somme de 3 000 euros TTC, en application des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

S'agissant des arrêtés pris dans leur ensemble :

- ils sont entachés d'incompétence ;

- ils sont contraires aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant des décisions refusant la délivrance de titres de séjour :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français :

- elles sont illégales, du fait de l'illégalité des décisions leur refusant les titres de séjour sollicités, sur le fondement desquelles elles ont été prises ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle et familiale ;

S'agissant des décisions fixant le pays de retour :

- elles sont illégales, du fait de l'illégalité des décisions leur refusant les titres de séjour sollicités et les obligeant à quitter le territoire français ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Vu la décision du 1er septembre 2023 par laquelle le président de la cour a désigné Mme Vinet, présidente-assesseure, pour statuer dans le cadre de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris son dernier alinéa ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. et Mme C, ressortissants angolais nés le 23 août 1982 et le 15 mai 1985, déclarent être entrés respectivement le 18 juillet 2017 et le 31 mai 2018 en France, où ils se sont maintenus après l'expiration de leurs visas, avec leur fille aînée. Leurs demandes d'asile ont été rejetées, en dernier lieu, par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 6 décembre 2019. Le 20 avril 2021, ils ont sollicité l'admission exceptionnelle au séjour. Par des arrêtés du 30 mai 2022, le préfet du Puy-de-Dôme leur a opposé un refus, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a désigné le pays de renvoi. M. et Mme C font appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces décisions.

3. En premier lieu, les époux C soutiennent qu'il n'est pas établi que M. D, signataire des arrêtés les concernant, bénéficiait d'une délégation du préfet afin de signer ces actes. Toutefois, selon l'arrêté de délégation du 21 avril 2022 mentionné par les premiers juges, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, qui fait l'objet d'une diffusion publique sur le site internet de cette dernière, et était ainsi librement accessible aux requérants et à leur conseil, que les décisions contestées ne sont pas au nombre des documents exclus de cette délégation. Par suite, le moyen tiré de ce que ces décisions seraient entachées d'un vice d'incompétence manque en fait et les premiers juges n'ont pas méconnu le principe du contradictoire en s'appuyant sur cet arrêté.

4. En deuxième lieu, les décisions de refus de titre de séjour contestées indiquent les considérations de droit et de fait sur lesquels le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé, notamment, s'agissant de la motivation en fait, les éléments propres à la situation de chacun des époux, tels que la chronologie de leur parcours migratoire et leur situation familiale et professionnelle, permettant de se prononcer sur leur demande d'admission au séjour à titre exceptionnel. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, les époux C font valoir qu'ils n'ont plus d'attaches familiales en Angola et sont parfaitement intégrés et entourés en France. Toutefois, à la date de l'arrêté contesté, M. et Mme C, âgés respectivement de 40 ans et de 37 ans, séjournaient en France depuis respectivement cinq ans et quatre ans, et avaient ainsi passé la majorité de leur vie en Angola, où ils disposent nécessairement d'un ancrage privé fort, quand bien même Mme C n'y aurait plus de famille. Les liens privés dont ils se prévalent en France ne sont pas d'une intensité particulière, quand bien même ils sont appréciés par leur cercle associatif et amical et M. C a travaillé ponctuellement. S'ils se disent menacés en Angola, leurs allégations ne sont pas étayées et ils ne produisent aucun élément de nature à démontrer qu'ils seraient dans l'impossibilité de mener une vie privée et familiale normale hors de France, et notamment en Angola, avec leurs trois enfants, nés en 2013, 2018 et 2019. Dès lors, ils ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté en litige porte une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, en l'absence d'argumentation distincte, cet arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale des requérants.

6. En dernier lieu, pour le reste, M. et Mme C reprennent les autres moyens visés ci-dessus, déjà invoqués devant le tribunal administratif de Clermont-Ferrand. Ces moyens ont été écartés à bon droit par les premiers juges. Il y a lieu de les écarter par adoption des motifs du jugement attaqué.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E C, à Mme B F C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Puy-de-Dôme.

Fait à Lyon, le 17 juin 2024.

La présidente-assesseure désignée,

Camille Vinet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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