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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY03171

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY03171

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY03171
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A B a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités suisses en vue de l'examen de sa demande d'asile.

Par un jugement n° 2302743 du 15 mai 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2023, M. B, représenté par Me Marcel, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 15 mai 2023 ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision de transfert susmentionnée ;

3°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pour la durée de son examen par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision de transfert aux autorités suisses :

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un examen personnalisé de sa situation, notamment au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- est illégale, dès lors que l'autorité préfectorale n'a pas examiné la possibilité de recourir à la clause de souveraineté prévue à l'article 53-1 de la Constitution, l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et à l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il n'est pas garanti qu'il sera correctement accueilli en Suisse ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, compte tenu des conséquences graves sur sa situation personnelle, les autorités suisses ayant rejeté sa précédente demande d'asile.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution du 4 octobre 1958 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, ressortissant géorgien né le 12 août 1975, est entré irrégulièrement en France le 6 février 2023, selon ses déclarations. Il y a formulé une demande de protection internationale auprès de la préfecture de l'Isère le 14 février suivant. Saisies d'une requête aux fins de reprise en charge le 4 avril 2023, la Suisse, où il a sollicité l'asile le 18 novembre 2022, a expressément fait connaître son accord le lendemain. Par l'arrêté contesté du 18 avril 2023, la préfète du Rhône a décidé de le transférer aux autorités suisses. L'intéressé a contesté cette décision devant le tribunal administratif de Grenoble, qui a rejeté sa demande par un jugement du magistrat désigné par le président de cette juridiction en date du 15 mai 2023, dont il fait appel.

3. En premier lieu, s'agissant d'un étranger ayant déjà présenté une demande d'asile dans un autre État membre et devant, en conséquence, faire l'objet d'une reprise en charge par cet État, doit être regardée comme suffisamment motivée la décision de transfert qui, après avoir visé le règlement, relève que le demandeur a antérieurement présenté une demande dans l'État en cause, une telle motivation faisant apparaître qu'il est fait application du paragraphe 1 de l'article 18 ou du paragraphe 5 de l'article 20 du règlement. En l'espèce, la décision de transfert contestée vise le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, notamment son article 18, et mentionne que la Suisse, saisie d'une requête aux fins de reprise en charge, a donné son accord exprès à cette demande des autorités françaises. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort de la décision contestée que l'autorité préfectorale a procédé à un examen préalable de la situation familiale et administrative de M. B, ainsi que de l'ancienneté et de l'intensité de ses liens éventuels avec la France ou de l'existence d'une forme de vulnérabilité portée à sa connaissance, avant de conclure, notamment, que les éléments caractérisant sa situation ne justifient pas de déroger aux dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, notamment de son article 17. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 53-1 de la Constitution : " () Toutefois, même si la demande n'entre pas dans leur compétence en vertu de ces accords, les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif ". Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre État ". Selon les dispositions de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. () ".

6. Il ne ressort d'aucun des éléments produits par le requérant que la Suisse serait affectée par des défaillances telles que celles énoncées à l'article 3 du règlement du 26 juin 2013. Il ne ressort pas non plus du dossier que la préfète du Rhône aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en s'abtenant de recourir à la faculté offerte par les dispositions précitées de la Constitution et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après avoir expressément examiné la possibilité de déroger aux critères prévus par le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, sur le fondement de ses articles 3 et 17.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces versées au dossier qu'en décidant de transférer le requérant aux autorités suisses, responsables de l'examen de sa demande d'asile, la préfète du Rhône aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 26 octobre 2023.

Le président

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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