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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY03474

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY03474

lundi 5 février 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY03474
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme C B a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2023 par lequel la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités suédoises en vue de l'examen de sa demande d'asile.

Par un jugement n° 2302140 du 10 octobre 2023, la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2023, Mme B, représentée par la SCP Blanc-Barbier-Vert-Remedem et associés, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 10 octobre 2023 ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision de transfert susmentionnée ;

3°) d'enjoindre à la préfète de lui permettre de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

4°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision de transfert aux autorités suédoises :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est illégale, dès lors qu'il n'est pas établi que sa demande d'asile aurait été examinée par des agents ayant reçu délégation pour solliciter les autorités suédoises et pour procéder à la notification de l'arrêté contesté ;

- est entachée de vice de procédure, la préfète s'étant volontairement privée d'examiner la possibilité de l'admettre au séjour ;

- n'a pas été précédée d'un examen de sa situation particulière ;

- a été prise en méconnaissance des dispositions des articles 3 (§2), 4, 5, 17 et 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'expose, en cas d'exécution, à subir des traitements prohibés à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme B, ressortissante éthiopienne née le 12 septembre 1995, également connue sous l'identité de C B Bogale née le 19 décembre 1987, est entrée irrégulièrement en France le 20 juillet 2023, selon ses déclarations, accompagnée de son fils mineur. Le 24 juillet suivant, elle a présenté une demande de protection internationale auprès de la préfecture du Puy-de-Dôme. Saisie d'une requête aux fins de reprise en charge le 31 juillet 2023, la Suède, où elle a déposé une demande d'asile le 20 mars 2016, a expressément fait connaître son accord le 3 août 2023. Par l'arrêté contesté du 19 septembre 2023, la préfète du Rhône a décidé de la transférer aux autorités suédoises. L'intéressée a contesté cette décision devant le tribunal administratif de Clermont-Ferrand, qui a rejeté sa demande par un jugement de la présidente de cette juridiction en date du 10 octobre 2023, dont elle fait appel.

3. En premier lieu, il ressort du dossier que la décision contestée a été signée par Mme A, qui bénéficiait, à cette fin, d'une délégation en vertu des articles 7 et 8 combinés de l'arrêté de la préfète du Rhône en date du 29 août 2023, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un vice d'incompétence doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort du dossier que les agents des services préfectoraux, qui n'ont au demeurant pas vocation à examiner les demandes d'asile, se sont bornés à transmettre un projet de requête aux fins de reprises en charge à la plate-forme nationale, à laquelle il incombe d'adresser cette demande au point d'accès national suédois. En outre, Mme B ne peut utilement invoquer l'incompétence de ces agents pour procéder à la notification de cette décision, les éventuelles irrégularités affectant la notification étant sans incidence sur la légalité de la décision de transfert elle-même. Dès lors, le moyen tiré de leur incompétence pour saisir les autorités suédoises et pour notifier la décision préfectorale est inopérant à l'encontre de cette dernière.

5. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune disposition que l'autorité préfectorale serait tenue d'examiner l'opportunité d'admettre au séjour un étranger demandeur d'asile avant de prendre une éventuelle décision de transfert en application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Dès lors, la requérante ne peut pas utilement soulever un tel moyen à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision de transfert.

6. En quatrième lieu, si Mme B soutient que cette décision a été prise sans que l'autorité préfectorale ait procédé à un examen préalable de sa situation, ce moyen manque en fait.

7. En cinquième lieu, il ressort des pièces versées par l'administration que Mme B s'est vu remettre en temps utile les brochures constituant l'information obligatoire prévue à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en langue amharique, qu'elle a déclaré comprendre. Elle a aussi bénéficié d'un entretien, au cours duquel elle a été assistée d'un interprète dans cette même langue, sans faire état d'une quelconque difficulté de communication avec ce dernier, et a été en mesure de transmettre aux services préfectoraux tout élément utile à la détermination de l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile. En particulier, il ressort du résumé de l'entretien, à l'issue duquel Mme B a certifié sur l'honneur l'exactitude des renseignements et la remise effective de l'information sur les règlements communautaires, que cet entretien a été mené " par un agent qualifié de la préfecture du Puy-de-Dôme ", mention qui fait foi en l'absence de preuve contraire. La contestation de Mme B sur ce point n'est assortie d'aucun élément de nature à remettre sérieusement en cause la qualité de l'agent de la préfecture en charge de l'entretien et les conditions de son déroulement. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les dispositions des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ont été méconnues.

8. En sixième lieu, Mme B soutient que la décision contestée a été prise en violation des dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui définit les conditions dans lesquelles l'État responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge le demandeur d'asile. Toutefois, la circonstance que cet État se serait abstenu de procéder à l'éloignement effectif de l'intéressée ne figurent pas parmi les cas dans lesquels il se trouve libéré de ses obligations en la matière. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision en litige aurait méconnu les dispositions de cet article ne peut qu'être écarté.

9. En septième lieu, la requérante soutient qu'en cas de transfert, il n'est pas certain que sa demande d'asile soit effectivement réexaminée par la Suède et elle risque d'être renvoyée en Éthiopie, où elle serait exposée à des traitements prohibés à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au détriment de sa santé. Toutefois, il apparaît que la Suède a accepté de la reprendre en charge sur le fondement du 1. d) de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, relatif au cas où l'État requis a rejeté une précédente demande de protection émanant de l'étranger. Aucune des pièces versées au dossier ne permet de présumer que les autorités suédoises s'abstiendraient de procéder au réexamen de la situation de Mme B. Cette dernière ne produit pas non plus d'éléments établissant qu'elle est atteinte d'une affection mentale ou physique particulièrement grave et que son transfert vers la Suède pourrait entraîner une détérioration significative et irrémédiable de son état de santé. Dès lors, la préfète du Rhône n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en écartant, en application de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013, la possibilité pour les autorités françaises d'examiner sa demande d'asile.

10. Si la Suède a rejeté une précédente demande d'asile de l'intéressée, cette seule circonstance ne permet pas de considérer que les autorités de ce pays, qui ont accepté de la reprendre en charge, ainsi que son fils, en vue d'examiner une nouvelle demande, ne seraient pas en mesure de lui garantir des conditions d'accueil et de traitement effectif de cette demande conformes au droit d'asile. Il n'apparaît pas non plus qu'elle serait exposée à des traitements prohibés à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour sur le sol suédois. Par ailleurs, Mme B n'établit pas être dans un état de vulnérabilité susceptible de faire obstacle à son transfert. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au motif, d'une part, qu'il ne serait pas possible de la transférer vers la Suède et, d'autre part, que la préfète du Rhône n'a pas estimé opportun de déroger aux règles de détermination de l'État responsable de l'examen de la demande d'asile, en application des dispositions de l'article 17, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 5 février 2024.

Le président

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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