jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-24LY00175 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | MASSOL MORGANE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B C a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du 13 octobre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé le bénéfice d'un délai de départ volontaire, a désigné le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de six mois.
Par un jugement n° 2308698 du 18 octobre 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 22 janvier 2024, M. B C, représenté par Me Massol, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n° 2308698 du 18 octobre 2023 du tribunal administratif de Lyon et les décisions préfectorales du 13 octobre 2023 ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois suivant la notification de l'arrêt à venir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou à défaut de réexaminer sa situation, dans le même délai et, dans l'attente de cette délivrance ou de ce réexamen, de lui délivrer, sous 15 jours, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
- la préfète n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- il remplissait les conditions de délivrance d'un certificat de résidence en tant que parent d'enfant français, sur le fondement des stipulations du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, et ne pouvait pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement, son comportement n'étant pas constitutif d'une menace pour l'ordre public ;
- cette mesure a été prise en méconnaissance des stipulations du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- les décisions le privant d'un délai de départ volontaire, désignant son pays de renvoi et portant interdiction de retour sont illégales en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- l'interdiction de retour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La préfète de la Loire, régulièrement mise en cause, n'a pas produit.
La demande d'aide juridictionnelle de M. C a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Gros, premier conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant algérien né en 1991, est père d'un enfant né le 7 avril 2022 de son union avec une ressortissante française, qu'il avait épousée le 14 novembre 2020. A la suite de son interpellation par les services de police, la préfète du Rhône, le 13 octobre 2023, a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français, sans délai, a désigné le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une période de six mois. M. C relève appel du jugement du 18 octobre 2023 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande d'annulation de ces décisions préfectorales.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, si, dans l'arrêté en litige, il est énoncé que le requérant ne démontre pas disposer d'un logement stable et établi, alors que M. C prévaut du domicile conjugal, cette circonstance ne révèle pas que la préfète, qui a examiné les points déterminants de la situation de l'intéressé, aurait manqué de procéder à un examen sérieux du dossier de M. C. Ce moyen doit par conséquent être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger pouvant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. A cet égard, l'article 6 de l'accord franco-algérien stipule que " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 4. Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an () ". Ces stipulations ne privent toutefois pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
4. D'autre part, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile disposait que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant / Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur. ".
5. M. C, qui se borne à produire une attestation d'hébergement de son épouse et un échéancier de prélèvements automatiques EdF au nom du couple, n'établit pas mener une vie commune avec son épouse, et exercer ainsi l'autorité parentale sur son fils A, de nationalité française. Ensuite, il n'apporte pas d'éléments tendant à établir qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant, depuis sa naissance, le 7 avril 2022. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
6. En outre, il ressort des pièces du dossier que, sous diverses identités, M. C a fait l'objet de nombreux signalements : " vols avec violences sans armes au préjudice d'autres victimes " et " recels " en février 2016, " vols à la tire " en mars 2016 et octobre 2021, " recel de bien provenant d'un vol " en mai 2018, " vol en réunion sans violence " et " rébellion " en août 2018, " vol aggravé par deux circonstances sans violence " en mars 2019, juin 2021 et décembre 2022, " vol simple " en mars 2020 et juillet 2021, " dégradation ou détérioration du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes ayant entraîné une incapacité supérieure à huit jours " en février 2022. Il a été interpellé le 12 octobre 2023 en possession d'une fausse carte d'identité portugaise. Il a été condamné à des peines d'emprisonnement de 3 mois et de 8 mois en 2019 et incarcéré d'octobre 2021 au 22 février 2022. Au regard de la persistance et de la gravité du comportement délictueux de M. C, sa présence en France doit être regardée comme constituant une menace pour l'ordre public, qui s'oppose à la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence en qualité de parent d'enfants français sur le fondement des stipulations du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
7. Il résulte de ce qui a été développé aux points 3 à 6 que M. C ne peut se prévaloir d'aucune protection légale contre l'éloignement.
8. En troisième lieu, M. C, qui déclare être entré en France en 2015, n'y fait état d'aucun élément d'intégration. Au contraire, ainsi qu'il vient d'être exposé, il s'est rendu coupable de faits délictuels tout au long de son séjour, ce qui caractérise une menace pour l'ordre public. Il a en outre fait l'objet, sous une autre identité, de mesures d'éloignement prises par le préfet du Rhône le 27 février 2016, le 10 mai 2018, avec interdiction de retour de deux ans, le 24 octobre 2020, avec interdiction de retour de trois ans et, enfin, d'une interdiction de retour de deux ans prononcée le 19 octobre 2021 par cette même autorité. La préfète du Rhône l'a éloigné le 22 février 2022, avec interdiction de retour de trois ans, décisions validées par le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Lyon. Marié depuis moins de trois ans à une ressortissante française, le requérant, qui n'établit pas une communauté de vie ni entretenir de liens avec son enfant, n'est pas dépourvu d'attaches en Algérie où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 24 ans. Dans ces conditions, la préfète du Rhône, en éloignant de nouveau M. C, le 13 octobre 2023, n'a pas porté d'atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts d'ordre public que cette décision poursuit. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui stipule que " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale " doit en conséquence être écarté.
9. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
10. Ainsi qu'il a été dit au point 5, M. C n'établit pas, à la date de la décision attaquée, contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis sa naissance. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 6, le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, la préfète du Rhône aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 3, 1° de la convention relative aux droits de l'enfant.
Sur les autres décisions :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement à l'encontre des décisions lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire, désignant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français.
12. En second lieu, eu égard à ce qui a été exposé aux points précédents, la préfète du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée qu'elle a limitée à six mois. Elle n'a pas davantage, pour les mêmes motifs, entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation des circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-6 du même code.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Stillmunkes, président de la formation de jugement,
M. Gros, premier conseiller,
Mme Vergnaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le rapporteur,
B. Gros
Le président,
H. Stillmunkes
La greffière,
N. Lecouey
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026