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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY00848

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY00848

jeudi 9 janvier 2025

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY00848
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation7ème chambre - formation à 3
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. C B a demandé au tribunal administratif de Dijon d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a décidé de sa remise aux autorités grecques, ainsi que sa décision du 16 février 2024 l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2400535 du 27 février 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal a fait droit à sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 28 mars 2024, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par Me Rannou, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de rejeter la demande de M. B devant le tribunal.

Il soutient que :

- dès lors que l'État grec avait accepté sa responsabilité, M. B pouvait faire l'objet d'une remise aux autorité grecques, sans qu'ait une incidence le fait que le délai de six mois mentionné au c) de l'article 6 de l'accord de réadmission franco-hellénique du 15 décembre 1999 ait été dépassé, lequel n'est pas prescrit à peine de nullité ou de cessation de la responsabilité de l'État, et alors que l'intéressé bénéficiait d'une protection dans ce pays depuis mai 2018 ; il appartenait à ce dernier de solliciter le renouvellement de son titre de séjour délivré sur ce fondement auprès des autorités grecques ; au regard de la protection dont il bénéficiait, M. B ne pouvait faire l'objet d'un transfert en application du règlement 604/2013 dit " A " ;

- il est renvoyé à ses écritures de première instance au soutien des conclusions tendant au rejet de la demande de M. B.

Par un mémoire enregistré le 27 mai 2024, M. B, représenté par Me Brey, conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une attestation de demande d'asile, et à ce que soit mise à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations avant l'édiction de la mesure de remise aux autorités grecques ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle et a entaché sa décision d'une erreur de fait, dès lors qu'il avait bien présenté un recours devant la cour nationale du droit d'asile, lequel est toujours pendant ;

- à la date de la décision de remise, il séjournait depuis plus de six mois sur le territoire français ; il ne pouvait par suite faire l'objet d'une décision de remise aux autorités grecques ;

- si le préfet de la Côte-d'Or affirme qu'il fait l'objet d'une protection par les autorités grecques depuis mai 2018, aucun élément du dossier ne l'établit ; même à admettre qu'il aurait bénéficié d'une telle protection à cette date, le titre de séjour qui lui aurait été délivré sur ce fondement aurait été expiré depuis plus de trois ans à la date de la décision de remise ; il ne justifie d'aucun titre de séjour valable en Grèce et ne pouvait faire l'objet d'une remise ; la circonstance que l'État grec a accepté sa responsabilité ne dispense pas l'État français de respecter les textes nationaux et internationaux ;

- la décision de remise méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle alors qu'il n'a bénéficié d'aucune protection effective en Grèce où il a été victime de traite des êtres humains et de travail forcé ;

- la décision portant assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de la décision de remise ; la nécessité de pointer chaque jour au commissariat de police n'est pas établie ; cette mesure de surveillance est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur l'Union européenne ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention d'application des accords de Schengen du 14 juin 1985 signée à Schengen le 19 juin 1990 ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République hellénique relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière, signé à Athènes le 15 décembre 1999 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Boffy, première conseillère, ayant été entendu au cours de l'audience publique ;

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Côte-d'Or relève appel du jugement du 27 février 2024, par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Dijon a fait droit à la demande de M. B, ressortissant afghan né le 1er février 1996, tendant à l'annulation de la décision du 20 décembre 2023 par laquelle le préfet a décidé de sa remise aux autorités grecques ainsi que la décision du 16 février 2024, par laquelle il l'a assigné à résidence pour un délai de quarante-cinq jours.

Sur le bien-fondé du jugement :

2. Aux termes de l'article 23 de la convention d'application des accords de Schengen du 14 juin 1985 signée à Schengen le 19 juin 1990 : " 1. L'Étranger qui ne remplit pas ou ne remplit plus les conditions de court séjour applicables sur le territoire de l'une des Parties Contractantes doit en principe quitter sans délai les territoires des Parties Contractantes. 2. L'Étranger qui dispose d'un titre de séjour ou d'une autorisation de séjour provisoire en cours de validité délivrés par une autre Partie Contractante, doit se rendre sans délai sur le territoire de cette Partie Contractante. 3. Lorsque le départ volontaire d'un tel Étranger n'est pas effectué ou lorsqu'il peut être présumé que ce départ n'aura pas lieu ou si le départ immédiat de l'Étranger s'impose pour des motifs relevant de la sécurité nationale ou de l'ordre public, l'Étranger doit être éloigné du territoire de la Partie Contractante sur lequel il a été appréhendé, dans les conditions prévues par le droit national de cette Partie Contractante. Si l'application de ce droit ne permet pas l'éloignement, la Partie Contractante concernée peut admettre l'intéressé au séjour sur son territoire. () ".

3. Aux termes de l'article 5 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République hellénique relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière, signé à Athènes le 15 décembre 1999 : " () /2. Chaque Partie contractante réadmet sur son territoire, à la demande de l'autre Partie contractante et sans formalité, le ressortissant d'un État tiers qui ne remplit pas ou ne remplit plus les conditions d'entrée ou de séjour applicables sur le territoire de la Partie contractante requérante lorsque ce ressortissant dispose d'un visa ou d'une autorisation de séjour de quelque nature que ce soit, délivré par la Partie contractante requise et en cours de validité. /3. La demande de réadmission doit être transmise dans un délai de trois mois à compter de la constatation par la Partie contractante requérante de la présence irrégulière sur son territoire du ressortissant d'un État tiers. ".

4. Aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. (). " ; aux termes de l'article L. 621-2 de ce code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un État membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet État, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. ".

5. Il ressort des termes de sa décision que le préfet de la Côte-d'Or a décidé la remise aux autorités grecques de M. B, en application de la convention d'application des accords de Schengen et de l'accord de réadmission entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République hellénique précités, sur le fondement des dispositions de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il apparaît cependant que si M. B, entré irrégulièrement sur le sol français le 7 décembre 2022, a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire le 23 mai 2018 par les autorités grecques, il ne justifiait pas, à la date de l'arrêté contesté, d'une autorisation délivrée par ces autorités lui permettant d'entrer ou de séjourner légalement en Grèce. L'accord par lequel les autorités grecques ont indiqué, le 22 novembre 2023, accepter sa réadmission ne peut être regardé comme lui conférant un tel droit. Par suite, le préfet de la Côte-d'Or ne pouvait légalement décider de la remise de l'intéressé aux autorités grecques sur le fondement de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Côte-d'Or n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné du tribunal administratif de Dijon a fait droit à la demande de M. B. Sa requête doit par suite être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Compte tenu de ses motifs, le présent arrêt n'implique pas qu'une attestation de demandeur d'asile soit délivrée à M. B. Les conclusions à fin d'injonction qu'il présente doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Brey, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au profit de cet avocat au titre des frais liés au litige.

DÉCIDE :

Article 1er :La requête du préfet de la Côte-d'Or est rejetée.

Article 2 :Les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. B sont rejetées.

Article 3 :L'État versera à M. B, la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que son conseil renonce à percevoir la contribution de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4 :Le présent arrêt sera notifié à M. C B et au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Picard, président de chambre ;

Mme Duguit-Larcher, présidente assesseure ;

Mme Boffy, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2025

La rapporteure,

I. Boffy

Le président,

V-M. Picard

La greffière,

A. Le Colleter

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2

al

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