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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY01071

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY01071

jeudi 6 juin 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY01071
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation5ème chambre - formation à 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. D C a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler l'arrêté de la préfète du Rhône du 5 janvier 2024 ayant ordonné sa remise aux autorités portugaises.

Par un jugement n°2400318 du 25 janvier 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 11 avril 2024, M. D C, représenté par Me Marcel, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble du 25 janvier 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté susmentionné du 5 janvier 2024 ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de le convoquer pour enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant l'examen de sa demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de remise est insuffisamment motivée ;

- l'autorité préfectorale n'a pas examiné la possibilité de recourir à la clause de souveraineté prévue à l'article 53-1 de la Constitution, à l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et à l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation particulière ;

- la décision de remise est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il sera exposé à des risques en cas de transfert en Angola.

Par un mémoire enregistré, le 16 mai 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. B C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution du 4 octobre 1958 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Dèche, présidente ;

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant angolais, est entré irrégulièrement en France le 9 septembre 2023, selon ses déclarations, et a déposé une demande d'asile le 9 octobre 2023. La consultation du fichier " VIS " a révélé que l'intéressé était titulaire d'un visa délivré par les autorités portugaises et valable jusqu'au 8 septembre 2023. Ces autorités, saisies d'une demande de prise en charge sur le fondement de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013, ont fait connaître leur accord le 19 décembre 2023. Par un arrêté du 5 janvier 2024, la préfète du Rhône a ordonné le transfert de M. B C aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile. M. B C relève appel du jugement du 25 janvier 2024 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ".

3. L'arrêté litigieux vise le règlement n° 604/2013 du 26 juin2013 et notamment son article 12, rappelle le parcours de M. B C, sa situation familiale et la procédure suivie par les services préfectoraux et indique, en particulier, que la consultation de la base Visabio a montré qu'il s'est vu délivrer un visa par les autorités portugaises, valable jusqu'au 8 septembre 2023. L'arrêté indique également que les autorités portugaises ont été sollicitées le 19 octobre 2023 en vue de sa prise en charge sur le fondement de l'article 12 dudit règlement et que celles-ci ont accepté leur responsabilité par un accord explicite du 19 décembre 2023. Ainsi, la décision de transfert comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui permettent de faire apparaître que l'autorité préfectorale a entendu faire application, compte tenu de la hiérarchie des critères de détermination de l'État membre responsable énoncés au chapitre III, des dispositions de l'article 12 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013, mettant ainsi l'intéressé à même de comprendre les motifs de cette décision pour lui permettre d'exercer utilement son recours. Elle satisfait, dès lors, aux exigences de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision en litige, que la préfète du Rhône a procédé à un examen complet et particulier de la situation de M. B C et a pris en compte l'ensemble des éléments de sa situation personnelle et familiale. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de M. B C doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 53-1 de la Constitution : " () Toutefois, même si la demande n'entre pas dans leur compétence en vertu de ces accords, les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif ". Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre État ". Selon les dispositions de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. () ". Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".

6. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.

7. Il ne ressort d'aucun des éléments produits par le requérant que le Portugal serait affecté par des défaillances telles que celles énoncées à l'article 3 du règlement du 26 juin 2013. Par ailleurs, M. B C invoque sa situation de vulnérabilité en ce qu'il souffre d'une pathologie chronique pour laquelle il est actuellement suivi en pneumologie et en chirurgie thoracique, une intervention en neuro-radiologie et chirurgicale étant en attente., et produit un certificat médical indiquant que toute interruption de soins pourrait entraîner des conséquences graves pour sa santé. Toutefois, ce seul document ne suffit pas à établir que l'état de santé de M. B C serait incompatible avec son transfert au Portugal. En tout état de cause, il n'est aucunement établi que M. B C n'aurait pas accès, au Portugal, aux traitements requis par son état de santé, alors que les autorités portugaises ont expressément accepté de le reprendre en charge. Dans ces conditions, et en l'absence de tout autre élément de vulnérabilité, le requérant n'est fondé à soutenir, ni que la décision de transfert méconnaîtrait le 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni que la préfète du Rhône, en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

8. En dernier lieu, si M. B C soutient qu'il risque d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de transfert au Portugal, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, qui n'est entaché d'aucune omission à statuer, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble, a rejeté sa demande. Ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

DECIDE

Article 1er :La requête de M. B C est rejetée.

Article 2 :Le présent arrêt sera notifié à M. D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Vergnaud, première conseillère,

Mme Rémy-Néris, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

P. Dèche

L'assesseure la plus ancienne,

E. Vergnaud

Le greffier en chef,

C. Gomez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier en chef

kc

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