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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY01084

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY01084

lundi 20 octobre 2025

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY01084
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantMASSOL MORGANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Lyon d’annuler les décisions de la préfète du Rhône du 19 janvier 2024 l’obligeant à quitter le territoire français, lui refusant le bénéfice d’un délai de départ volontaire, désignant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français durant trois ans.

Par un jugement n° 2400588 du 25 janvier 2024, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 15 avril 2024, M. B..., représenté par Me Massol, demande à la cour :

1°) d’annuler le jugement de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon du 25 janvier 2024 ;

2°) d’annuler les décisions de la préfète du Rhône du 19 janvier 2024 l’obligeant à quitter le territoire français, lui refusant le bénéfice d’un délai de départ volontaire, désignant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français durant trois ans ;

3°) d’enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours ;

4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 900 euros, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
S’agissant du jugement attaqué :
– s’agissant de la décision refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire, le tribunal s’est prononcé sur le motif tiré du 1° de l’article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a omis de se prononcer sur les 4°, 5° et 8° du même article ;
S’agissant de l’ensemble des décisions :
– elles sont insuffisamment motivées, au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration ;
– elles sont entachées d’un défaut d’examen de sa situation ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
– la préfète du Rhône ne pouvait pas se fonder sur les dispositions du 1° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu’il est entré mineur en 2012 ;
– elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
– elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
S’agissant de la décision refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire :
– elle est illégale en conséquence de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
– elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses garanties de représentation ;
S’agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
– elle est illégale en conséquence de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
– elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S’agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
– elle est illégale en conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
– elle est disproportionnée, au regard des critères définis par l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par décision du 13 mars 2024, le bureau d’aide juridictionnelle a rejeté la demande d’aide juridictionnelle présentée par M. B....

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
– la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
– la convention relative aux droits de l’enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
– le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– le code des relations entre le public et l’administration ;
– la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
– le code de justice administrative.

Vu la décision du 1er septembre 2025 par laquelle le président de la cour a désigné M. Stillmunkes, président-assesseur, pour statuer dans le cadre de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris son dernier alinéa ;


Considérant ce qui suit :

Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter les conclusions à fin de sursis à exécution d'une décision juridictionnelle frappée d'appel, les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5° et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application des 1° à 7° ».

M. B..., ressortissant libyen né le 3 janvier 1994, déclare avoir quitté la Libye en 2011, être arrivé en France par l’Italie en 2012, en être parti pour la Belgique à la suite d’une précédente mesure d’éloignement du 4 août 2017 avant de revenir sur le territoire français. Par décisions du 19 janvier 2024, la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant trois ans. M. B..., qui avait été placé en rétention pour l’exécution de l’éloignement, fait appel du jugement par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l’annulation de ces décisions.

Sur la régularité du jugement attaqué :

Ainsi que l’expose le point 8 du jugement, le tribunal, après avoir constaté que le refus d’octroi d’un délai de départ volontaire se fondait sur les 1°, 5° et 8° de l’article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a estimé que le seul 1° suffisait à fonder la décision, sans qu’il y ait dès lors lieu d’examiner les 5° et 8°, seuls contestés. Ce faisant, le tribunal n’a pas entaché le jugement d’omission à statuer. Par ailleurs, si la décision préfectorale vise également le 4° de l’article précité, il ne ressort pas de l’arrêté que le refus de délai de départ volontaire se fonderait sur cette dernière disposition et aucun moyen n’était en tout état de cause invoqué sur ce fondement, que le tribunal n’était dès lors pas tenu d’examiner.

Sur l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité (…) ». Contrairement à ce que soutient M. B..., la circonstance qu’il serait entré en France mineur n’exclut pas que cette entrée puisse être regardée comme irrégulière. Au surplus, il indique lui-même dans sa requête être reparti en 2017 puis revenu irrégulièrement, alors qu’il était majeur.





En deuxième lieu, la décision, qui expose ses motifs de droit et de fait, est ainsi régulièrement motivée, et il résulte des mentions circonstanciées de l’arrêté préfectoral qu’elle a été prise après un examen effectif de la situation de M. B....

En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’article 3, 1° de la convention relative aux droits de l'enfant doivent être rejetés pour les motifs retenus au point 6 du jugement, que la cour fait siens.

Sur la décision refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire :

En premier lieu, la décision, qui expose ses motifs de droit et de fait, est ainsi régulièrement motivée, et il résulte des mentions circonstanciées de l’arrêté préfectoral qu’elle a été prise après un examen effectif de la situation de M. B....

En deuxième lieu, il résulte de ce qui vient d’être dit sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français que M. B... n’est pas fondé à exciper de son illégalité.

En troisième lieu, le refus de délai de départ volontaire se fonde sur le 1° de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit la menace pour l’ordre public, et au surplus sur le 3° du même article, soit le risque de soustraction à la mesure d’éloignement. Pour ce dernier fondement, l’arrêté se fonde sur les présomptions définies par les 1°, 5° et 8° de l’article L. 612-3 du même code. En se bornant à alléguer une erreur manifeste d'appréciation, faiblement explicitée, de ses garanties de représentation, M. B... ne conteste pas utilement la base légale de cette décision. Par ailleurs, la seule circonstance qu’il allègue avoir exécuté la première mesure d’éloignement et respecté son obligation de port d’un bracelet électronique dans le cadre d’une condamnation pénale, ne permet pas de caractériser une erreur manifeste d'appréciation à lui avoir refusé le bénéfice d’un délai de départ volontaire, au regard des motifs non sérieusement contestés retenus par le préfet.

Sur la décision désignant le pays de destination :

En premier lieu, la décision, qui expose ses motifs de droit et de fait, est ainsi régulièrement motivée, et il résulte des mentions circonstanciées de l’arrêté préfectoral qu’elle a été prise après un examen effectif de la situation de M. B....

En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français que M. B... n’est pas fondé à exciper de son illégalité.

En troisième lieu, la seule circonstance que M. B... a quitté la Lybie depuis plusieurs années ne suffit pas à établir que le préfet aurait méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en désignant ce pays, où M. B... est né, dont il a la nationalité et où il n’établit pas ne pas disposer d’attaches privées et familiales, comme pays de destination.

Sur l’interdiction de retour sur le territoire français :

En premier lieu, la décision, qui expose ses motifs de droit et de fait, est ainsi régulièrement motivée, et il résulte des mentions circonstanciées de l’arrêté préfectoral qu’elle a été prise après un examen effectif de la situation de M. B....

En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français que M. B... n’est pas fondé à exciper de son illégalité.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (…) ».

Pour les motifs exposés au point 10 du jugement et que la cour fait siens, le moyen tiré de ce que l’interdiction de retour sur le territoire français serait disproportionnée doit être écarté.

Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B... est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d’injonction et de mise à la charge de l’État des frais exposés et non compris dans les dépens.


ORDONNE :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.








Fait à Lyon, le 20 octobre 2025.

Le président assesseur de la 6ème chambre,




H. Stillmunkes


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,

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