Texte intégral
Vu la rocédure suivante :
rocédure contentieuse antérieure
L’EURL Hatemha a demandé au tribunal administratif de Grenoble de rononcer la décharge des droits de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés our la ériode du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, des cotisations d’im ôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2016, ainsi que des énalités corres ondantes.
ar un jugement n° 2104484 du 21 juin 2024, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.
rocédure devant la cour
ar une requête, enregistrée le 26 août 2024, l’EURL Hatemha, re résentée ar Me Thouvenot, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) de rononcer la décharge de ces im ositions et énalités ;
3°) de condamner l’Etat aux dé ens, et de mettre à sa charge une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
– le tribunal administratif n’a as ré ondu au moyen tiré de la méconnaissance du rinci e communautaire d’équivalence ar le délai de deux ans révu à l’article 208 de l’annexe II au code général des im ôts ;
– l’administration a méconnu le droit au silence garanti ar les articles 47 et 48 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union euro éenne, ainsi qu’un rinci e de loyauté, our les rehaussements de taxe sur la valeur ajoutée ;
– concernant la taxe sur la valeur ajoutée collectée, l’administration a ex loité artiellement et artialement sa déclaration de taxe sur la valeur ajoutée souscrite au titre de l’année 2015, ainsi que artiellement ses relevés de com tes bancaires au titre de l’année 2016 ;
– concernant la taxe sur la valeur ajoutée déductible au titre de l’année 2015, l’article 208 de l’annexe II au code général des im ôts est contraire aux rinci es communautaires d’effectivité et d’équivalence ; en outre, c’est à tort que l’administration n’a retenu aucune taxe sur la valeur ajoutée déductible au titre de l’année 2016 ;
– concernant l’im ôt sur les sociétés, les rofits sur le Trésor de montants de 114 192 euros et de 21 411 euros au titre res ectivement des exercices clos en 2015 et 2016, sont infondés en conséquence du caractère eux-mêmes infondé des ra els de taxe sur la valeur ajoutée corres ondant ;
– la somme totale de 116 735 euros n’est as un assif injustifié.
ar un mémoire, enregistré le 22 novembre 2024, le ministre au rès du remier ministre, chargé du budget et des com tes ublics, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont as fondés.
ar ordonnance du 25 novembre 2024, la clôture d'instruction, initialement fixée au 5 décembre 2024, a été re ortée au 20 décembre 2024.
Vu les autres ièces du dossier ;
Vu :
– la Charte des droits fondamentaux de l’Union euro éenne ;
– la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;
– le code général des im ôts et le livre des rocédures fiscales ;
– le code de justice administrative ;
Les arties ayant été régulièrement averties du jour de l’audience ;
A rès avoir entendu au cours de l’audience ublique :
– le ra ort de M. orée, remier conseiller,
– et les conclusions de M. Chassagne, ra orteur ublic ;
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Hatemha, devenue EURL Hatemha le 26 mars 2015, société soumise à l’im ôt sur les sociétés dont M. B... était le gérant et l’unique associé, qui exerçait une activité de marchand de biens, a fait l’objet, à artir du 19 janvier 2018, d’une vérification de com tabilité ortant sur la ériode du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. A l’issue du contrôle qui a conduit la vérificatrice à établir un rocès-verbal de carence de com tabilité, l’EURL Hatemha a, d’une art, été taxée d’office à la taxe sur la valeur ajoutée en a lication de l'article L. 66-3° du livre des rocédures fiscales our avoir souscrit la déclaration annuelle CA 12 au titre de la ériode du 1er janvier au 31 décembre 2015 a rès l’ex iration du délai im arti et faute d’avoir souscrit, au titre de la ériode du 1er janvier au 31 décembre 2016, la déclaration annuelle CA12 à laquelle elle était tenue com te tenu du régime réel sim lifié dont elle relevait et, d’autre art, été taxée d’office à l’im ôt sur les sociétés en a lication de l'article L. 66-2° du livre des rocédures fiscales au titre des exercices clos les 31 décembre 2015 et 2016 faute d’avoir souscrit ses déclarations de résultats dans le délai de trente jours im arti ar une mise en demeure du 11 décembre 2017. Ces im ositions ont été assorties, outre des intérêts de retard, de la majoration de 40 %, our défaut de dé ôt de ses déclarations de résultat et de taxe sur la valeur ajoutée dans les trente jours suivant la réce tion d’une mise en demeure, révue au b. de l’article 1728-1 du code général des im ôts. L’EURL Hatemha relève a el du jugement du 21 juin 2024 ar lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à la décharge de ces im ositions et énalités.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. Le tribunal administratif de Grenoble a ré ondu au oint 3 du jugement au moyen de l’EURL Hatemha tiré de la méconnaissance du rinci e communautaire d’équivalence ar le délai de deux ans révu à l’article 208 de l’annexe II au code général des im ôts. Il suit de là que la requérante n’est as fondée à soutenir que le jugement attaqué serait entaché d’une omission à statuer et serait ar suite irrégulier.
Sur le bien-fondé des im ositions :
3. Aux termes de l’article L. 193 du livre des rocédures fiscales : « Dans tous les cas où une im osition a été établie d'office la charge de la reuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'im osition. ». Aux termes de l’article R. 193-1 de ce livre : « Dans le cas révu à l'article L. 193 le contribuable eut obtenir la décharge ou la réduction de l'im osition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ».
4. En a lication de ces dis ositions, il incombe à l’EURL Hatemha, dès lors que les im ositions à l’im ôt sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée ont été établies selon la rocédure de taxation d’office, d’a orter la reuve de leur caractère exagéré.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :
5. En remier lieu, il résulte de l’instruction que l’EURL Hatemha a acquis le 20 juin 2014 à Ville-la-Grand (Haute-Savoie) des arcelles de terrain à bâtir et qu’elle a conclu les 26 mars et 22 mai 2015 des ventes en l’état futur d’achèvement our deux a artements en du lex de ty e 5. L’administration a retenu de la taxe sur la valeur ajoutée collectée our des montants de 119 045 euros, sur le fondement de la déclaration CA12 souscrite ar la requérante lus de trente jours a rès la réce tion de la mise en demeure du 11 décembre 2017, au titre de la ériode du 1er janvier au 31 décembre 2015, et de 21 411 euros, sur le fondement des relevés de com tes bancaires au nom de l’EURL Hatemha en l’absence de dé ôt ar celle-ci d’une déclaration CA12 à la suite d’une mise en demeure, au titre de la ériode du 1er janvier au 31 décembre 2016. Si l’EURL Hatemha soutient que l’administration a ex loité « artiellement et artialement » sa déclaration de taxe sur la valeur ajoutée collectée souscrite au titre de l’année 2015, ainsi que « artiellement » ses relevés bancaires au titre de l’année 2016, elle n’a orte aucune récision, ni justificatif, à l’a ui de ses allégations de nature à établir l’exagération des rehaussements de taxe sur la valeur ajoutée collectée de 119 045 euros et de 21 411 euros au titre de la ériode du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016.
6. En second lieu, aux termes de l’article 271 du code général des im ôts : « I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du rix d’une o ération im osable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée a licable à cette o ération. 2. Le droit à déduction rend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. (…) 3. La déduction de la taxe ayant grevé les biens et les services est o érée ar im utation sur la taxe due ar le redevable au titre du mois endant lequel le droit à déduction a ris naissance. (…) ». Aux termes de l’article 287 de ce code, dans sa rédaction alors a licable : « 1. Tout redevable de la taxe sur la valeur ajoutée est tenu de remettre au service des im ôts dont il dé end et dans le délai fixé ar arrêté une déclaration conforme au modèle rescrit ar l’administration. (…) ». Aux termes de l’article 208 de l’annexe II au même code : « I. – Le montant de la taxe déductible doit être mentionné sur les déclarations dé osées our le aiement de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, à condition qu’elle fasse l’objet d’une inscri tion distincte, la taxe dont la déduction a été omise sur cette déclaration eut figurer sur les déclarations ultérieures dé osées avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l’omission. Les régularisations révues à l’article 207 doivent également être mentionnées distinctement sur ces déclarations. (…) ».
7. D’une art, il résulte du I de l’article 271 et du 1 de l’article 287 du code général des im ôts, de l’article 208 de l’annexe II et du I de l’article 39 de l’annexe IV à ce code, que le délai im arti our ré arer une omission de déclaration de la taxe sur la valeur ajoutée déductible court à com ter de la date d’exigibilité de la taxe chez le redevable et ex ire le 31 décembre de la deuxième année suivant la date à laquelle la déclaration devait être effectuée.
8. Il résulte de l’instruction que l’EURL Hatemha a orté, dans sa déclaration CA12 souscrite le 1er mars 2018 à la suite de la mise en demeure du 11 décembre 2017, au titre de la ériode du 1er janvier au 31 décembre 2015, des montants de taxe sur la valeur ajoutée déductible de 4 853 euros, au titre d’acquisitions intracommunautaires et de 60 417 euros au titre de la taxe grevant d’autres achats et des services. L’administration a refusé d’admettre en déduction la somme de 60 417 euros au motif qu’elle se ra ortait à de la taxe sur la valeur ajoutée déductible de l’année 2015 devant être déclarée avant le 31 décembre 2017 conformément aux dis ositions récitées de l’article 208 de l’annexe II au code général des im ôts, fra ée de érem tion. Si l’EURL Hatemha soutient que cet article 208 de l’annexe II au code général des im ôts est contraire aux rinci es communautaires d’effectivité et d’équivalence, le délai de deux ans révu ar ces dis ositions ne rend as excessivement difficile ou ratiquement im ossible l’exercice du droit à déduction, et ce délai, qui n’est as moins favorable que celui révu our résenter une réclamation, n’est as contraire aux dis ositions de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 dont l’article 180 n’interdit as que soient révues en droit national des forclusions du droit à déduction.
9. D’autre art, si l’EURL Hatemha soutient qu’il y a lieu de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée au titre de la ériode du 1er janvier au 31 décembre 2016, la requérante n’a as souscrit de déclaration CA12 mentionnant de la taxe déductible au titre de l’année 2016, et, au demeurant, elle ne récise as le montant de taxe déductible, ni ne roduit de justificatif, à l’a ui de sa demande.
En ce qui concerne l’im ôt sur les sociétés :
10. En remier lieu, l’EURL Hatemha demande la décharge du rofit sur le Trésor en se bornant à soutenir que les ra els de taxe sur la valeur ajoutée corres ondant de 114 192 euros, a rès déduction de la taxe sur la valeur ajoutée de 4 853 euros our des acquisitions intracommunautaires, et de 21 411 euros, au titre de la ériode du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, ne sont as fondés. Il résulte de ce qui récède que c’est à bon droit que l’administration a mis à la charge de la société a elante les ra els de taxe sur la valeur ajoutée en cause. ar suite, elle n’est as fondée à soutenir, en tout état de cause, que le service ne ouvait constater l’existence, à hauteur du montant de ces ra els, de rofits sur le Trésor, et les ra orter aux bénéfices im osables des exercices clos les 31 décembre 2015 et 2016.
11. En second lieu, aux termes de l’article 38 du code général des im ôts : « 1. (…) le bénéfice im osable est le bénéfice net, déterminé d'a rès les résultats d'ensemble des o érations de toute nature effectuées ar les entre rises, y com ris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'ex loitation. 2. Le bénéfice net est constitué ar la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la ériode dont les résultats doivent servir de base à l'im ôt diminuée des su léments d'a ort et augmentée des rélèvements effectués au cours de cette ériode ar l'ex loitant ou ar les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au assif ar les créances des tiers, les amortissements et les rovisions justifiés. (…) ».
12. Il résulte de l’instruction que l’EURL Hatemha a inscrit les 1er et 14 janvier, et 24 mars 2015, au crédit du com te courant 45510000 « Associé rinci al », les montants res ectivement de 107 934,50 euros, corres ondant à l’à-nouveau de ce com te à l’ouverture de l’exercice clos en 2015, de 3 800 euros et de 5 000 euros, soit un total de 116 735 euros que la vérificatrice a réintégré au résultat de l’exercice clos en 2015 au motif qu’il s’agissait d’un assif injustifié. D’une art, il résulte de la ro osition de rectification du 16 mai 2018 que les sommes de 3 800 euros et de 5 000 euros ont été versées en es èces. Et si, dans la ré onse aux observations du contribuable du 5 juillet 2018, l’EURL Hatemha a allégué que M. B... avait ersonnellement réglé des factures d’assurances our son com te, elle n’a orte aucune récision dans ses écritures d’a el, ni justificatif, tendant à établir l’existence d’a orts de son associé. D’autre art, s’il résulte de l’instruction que le montant de 108 093,41 euros corres ond à un virement bancaire émanant d’un ressortissant turc effectué le 15 juin 2011 sur le com te de la SCI Hatemha, la requérante ne démontre ni le lien familial allégué avec M. B..., ni en tout état de cause l’objet de ce aiement.
Sur les autres moyens :
13. Si l’EURL Hatemha invoque la méconnaissance du droit au silence garanti ar les articles 47 et 48 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union euro éenne et la méconnaissance du rinci e de loyauté, elle n’assortit as son argumentation des récisions ermettant d’a récier la ortée de ces moyens.
14. Il résulte de ce qui récède que l’EURL Hatemha n’est as fondée à soutenir que c’est à tort que, ar le jugement attaqué, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande. ar voie de conséquence, ses conclusions tendant au bénéfice des dis ositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, et celles en tout état de cause relatives aux dé ens, doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de l’EURL Hatemha est rejetée.
Article 2 : Le résent arrêt sera notifié à l’EURL Hatemha et à la ministre chargée des com tes ublics.
Délibéré a rès l'audience du 18 se tembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. ruvost, résident de chambre,
M. Haïli, résident-assesseur,
M. orée, remier conseiller.
Rendu ublic ar mise à dis osition au greffe, le 9 octobre. 2025.
Le ra orteur,
A. orée
Le résident,
D. ruvost
La greffière,
M. A...
La Ré ublique mande et ordonne à la ministre chargée des com tes ublics, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les arties rivées, de ourvoir à l’exécution de la résente décision.
our ex édition conforme,
La greffière,