Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. C... D... a demandé au tribunal administratif de Grenoble de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d’impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l’année 2013.
Par un jugement n° 2103506 du 12 juillet 2024, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2024, la succession C... D..., agissant par M. B... D..., venant aux droits de M. C... D..., décédé, représentée par la SCP Arbor, Tournoud & Associés, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge de l’imposition en litige ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 400 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
– les premiers juges se sont mépris sur les faits et ont commis des erreurs de droit ;
– la proposition de rectification du 8 novembre 2016 sur laquelle se fonde l’administration méconnaît les prescriptions de l’article L. 57 du livre des procédures fiscales dès lors que la reprise d’un montant de 71 061 euros ne repose sur aucun motif opérant ou intelligible ;
– les revenus distribués par la société Alpira, payés en 2013, étaient imposables en 2013 et non pas en 2012 au titre de l’impôt sur le revenu, de sorte qu’elle est fondée à demander l’imputation du prélèvement en cause sur ses revenus 2013 ;
– le prélèvement forfaitaire sur les revenus distribués prévu par l’article 117 quater du code général des impôts acquitté par la société Alpira au titre de l’année 2013, se rapportant aux distributions de l’année 2012 et non à celles de l’année 2013, c’est donc de manière illégale que le service a décidé d’accorder à cette société le dégrèvement d’office de la somme versée par elle au titre du prélèvement ;
– l’absence de comptabilisation du dégrèvement d’office du 29 octobre 2015 d’un montant de 69 771 euros au titre de l’impôt sur le revenu de l’année 2013 implique l’abandon du rehaussement en litige.
Par un mémoire, enregistré le 24 janvier 2025 la ministre chargée des comptes publics conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
– le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
– le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
– le rapport de M. Haïli, président-assesseur,
– les conclusions de M. Chassagne, rapporteur public,
– et les observations de Me Hakkar, représentant la succession de M. D....
Considérant ce qui suit :
La SA Alpira, dont M. C... D... détenait 15 % du capital, a décidé, lors d’assemblées générales ordinaires des 27 février 2012 et 30 septembre 2012, de distribuer des dividendes à ses associés. Conformément à l’article 117 quater du code général des impôts, elle a souscrit, le 13 mai 2013, la déclaration n° 2777-D relative au prélèvement forfaitaire et aux prélèvements sociaux dus à la source sur les revenus distribués au titre de l’année 2013, année de versements des dividendes, et s’est acquittée du prélèvement libératoire de 21 % prévu par ces dispositions pour un montant de 71 061 euros. M. C... D..., qui avait perçu des dividendes d’un montant total de 511 628,26 euros, les a fait figurer à hauteur de 173 240,54 euros, dans sa déclaration d’impôt sur le revenu de l’année 2012 et, à hauteur de 338 387,72 euros, dans sa déclaration d’impôt sur le revenu de l’année 2013. A la suite d’une vérification de comptabilité de la SA Alpira et d’un contrôle des déclarations de revenus de l’intéressé, l'administration fiscale estimant que les dividendes étaient imposables en 2012, année au cours de laquelle ils ont été inscrits au crédit du compte courant de l’intéressé, a, par une proposition de rectification n° 2120 du 3 avril 2015, inclus la somme de 338 388 euros déclarée au titre de l’année 2013 dans la base imposable à l’impôt sur le revenu de M. D... de l’année 2012. En conséquence de ce rehaussement, celui-ci a été assujetti, au titre de l’année 2012, à une cotisation supplémentaire d’impôt sur le revenu de 83 927 euros et a été soumis, pour un montant de 1 820 euros, à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus. Corrélativement, l'administration fiscale ayant exclu de la base imposable à l’impôt sur le revenu de l’année 2013 le montant de 338 388 euros déclaré à tort a, par une décision du 29 octobre 2015, prononcé le dégrèvement partiel, à hauteur de 69 771 euros, de l’imposition primitive à laquelle M. D... avait été assujetti au titre de l’année 2013. Estimant que l'administration fiscale n’avait pas tiré la pleine conséquence de ses propres constatations s’agissant du rattachement à l’année 2012 des dividendes distribués aux associés, la SA Alpira a demandé le remboursement du prélèvement forfaitaire et des prélèvements sociaux déclarés en 2013. Par une décision du 2 juin 2016, l’administration fiscale lui a accordé ce remboursement à hauteur de 475 010 euros comprenant le prélèvement forfaitaire acquitté au titre des dividendes versés à M. C... D....
Par une proposition de rectification du 8 novembre 2016, l'administration a remis en cause l’imputation du prélèvement forfaitaire sur le montant de l’imposition due au titre de l’année 2013 à laquelle M. C... D... avait eu droit pour un montant de 71 061 euros en application de l’article 117 quater du code. Celui-ci a ainsi été assujetti à une cotisation supplémentaire d’impôt sur le revenu de 71 061 euros, au titre de l’année 2013, mise en recouvrement le 31 décembre 2019. La succession C... D..., agissant par M. B... D..., venant aux droits de M. C... D..., décédé, relève appel du jugement susvisé du 12 juillet 2024 par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande de décharge de la cotisation supplémentaire d’impôt sur le revenu au titre de l’année 2013 pour un montant de 71 061 euros.
Sur la régularité du jugement attaqué :
Hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s’imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d’une irrégularité, il appartient au juge d’appel non d’apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s’est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dont il est saisi dans le cadre de l’effet dévolutif de l’appel. L’appelante ne peut donc utilement se prévaloir, pour demander l’annulation du jugement attaqué, de la « méprise » sur les faits et des erreurs de droit que les premiers juges auraient commises.
Sur la régularité de la procédure d’imposition :
Aux termes de l’article L. 57 du livre des procédures fiscales : « L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / (…) ». Aux termes de l’article R. 57-1 du même livre : « La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. / (…) ». Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l’impôt concerné, de l’année d’imposition et de la base d’imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l’administration entend se fonder pour justifier les rehaussements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.
Il ressort des mentions de la proposition de rectification n° 2120 du 8 novembre 2016 adressée à M. C... D..., tirant les conséquences de ce qu’aucune distribution de bénéfices n’est intervenue au profit de l’intéressé au titre de l’année 2013 et de ce que, par décision du 2 juin 2016, l’administration fiscale a procédé au dégrèvement du prélèvement forfaitaire versé le 13 mai 2013 pour un montant total de 475 010 euros, par la SA Alpira en application des dispositions combinées des articles 117 quater et 1671 C du code général des impôts, qu’elle expose le motif du rehaussement envisagé, son fondement légal ainsi que la catégorie de revenus et l’année d’imposition dont il s’agit. En particulier, ladite proposition de rectification mentionne la raison pour laquelle le service a estimé que M. D... ne pouvait se prévaloir d’un crédit d’impôt de 71 061 euros imputable, en tant qu’acompte sur l’impôt sur le revenu dont le contribuable était redevable au titre de l’année 2013, compte tenu dudit dégrèvement accordé à la SA Alpira. Par ailleurs, si l’appelante conteste ce rehaussement d’un montant de 71 061 euros comme dépourvu de motif « opérant ou intelligible », la critique de la pertinence des motifs retenus par le service vérificateur relève de l’appréciation du bien‑fondé de l’imposition et est sans incidence sur la motivation de la proposition de rectification. Ainsi, au vu des mentions détaillées de la proposition de rectification qui lui a été adressée, le contribuable a été mis à même de présenter utilement ses observations, ce qu’il a d’ailleurs fait par un courrier du 5 janvier 2017 auquel l’administration fiscale a répondu par une réponse aux observations du contribuable du 22 février 2018. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 57 du livre des procédures fiscales doit être écarté.
Sur le bien-fondé de l’imposition en litige :
En premier lieu, aux termes de l’article 12 du code général des impôts : « L’impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année. ».
Il résulte de l’instruction que d’une part, M. D... ayant perçu en 2012 des dividendes, dont une somme de 511 628,25 euros inscrite au crédit de son compte courant d’associé en 2012, le fait générateur de l’impôt sur les bénéfices distribués est la clôture de l’exercice au terme duquel les sommes distribuées ont été mises à la disposition du contribuable. D’autre part, il résulte de l’instruction, notamment de la décision du 2 juin 2016 statuant sur la réclamation de la société Alpira, que l’administration a procédé au dégrèvement du prélèvement forfaitaire au taux de 21 % d’un montant total de 475 010 euros acquitté le 13 mai 2013 en application des dispositions combinées de l’article 117 quater et de l’article 1671 C du code général des impôts. Par suite, dès lors que ce prélèvement forfaitaire constitue un simple acompte de l’impôt sur le revenu dû par les bénéficiaires des revenus distribués, au titre de l’année au cours de laquelle ces distributions sont intervenues, et compte tenu de ce remboursement à la société Alpira du prélèvement forfaitaire non libératoire versé sur lesdits dividendes, c’est à bon droit que l’administration fiscale a remis en cause l’imputation dont M. D... avait bénéficié en sa qualité d’associé à hauteur de 71 061 euros au titre du prélèvement forfaitaire de l’année 2013.
En deuxième lieu, le paiement des dividendes en 2013 par la société Alpira, fait générateur des prélèvements sociaux, est sans incidence sur l’année de rattachement des sommes mises à disposition du contribuable dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, soit l’année 2012. Au demeurant, et en tout état de cause, il est constant que par un arrêt n° 19LY00167 du 6 août 2020, devenu définitif par la non-admission du pourvoi de la société Alpira par une décision n° 445120 du 19 avril 2021 du Conseil d’Etat, la cour a rejeté la requête de la société Alpira aux fins d’obtenir la décharge des prélèvements sociaux afférents aux prélèvements forfaitaires prévus à l’article 117 quater du code général des impôts dont elle s’était acquittée en tant qu’établissement payeur au titre de l’année 2013. Par suite, pour contester l’imposition en litige, le requérant ne peut utilement soutenir que le prélèvement forfaitaire sur les revenus distribués acquitté par la SA Alpira se rapportait aux distributions de l’année 2012 et non à celles de l’année 2013. Par suite, un tel moyen, qui en outre concerne l’imposition acquittée par un contribuable distinct, ne peut qu’être écarté comme inopérant.
En troisième et dernier lieu, le moyen selon lequel l’absence de comptabilisation par l’administration fiscale du dégrèvement d’office du 29 octobre 2015 opéré au profit de M. D... d’un montant de 69 771 euros au titre de l’impôt sur le revenu de l’année 2013 emporte l’abandon du rehaussement en litige, qui relève du recouvrement de l’impôt, ne peut être utilement invoqué dans le cadre du contentieux d’assiette que l’appelante a introduit.
Il résulte de ce qui précède que la succession de M. D..., venant aux droits de M. C... D..., n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant au bénéfice de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la succession de M. D... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la succession de M. C... D..., à la ministre de l’action et des comptes publics.
Délibéré après l'audience du 3 mars 2026 à laquelle siégeaient :
M. Pruvost, président de chambre,
M. Haïli, président-assesseur,
M. Porée, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 mars 2026.
Le rapporteur,
X. Haïli
Le président,
D. Pruvost
La greffière,
M. A...
La République mande et ordonne au ministre de l’action et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,