jeudi 3 juillet 2025
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-24LY02803 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | AD'VOCARE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand d'annuler l'arrêté du 13 août 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'arrêté du même jour l'assignant à résidence.
Par jugement n° 2401996 du 3 septembre 2024, le tribunal a annulé ces arrêtés.
Procédure devant la cour
Par requête enregistrée le 2 octobre 2024 le préfet du Puy-de-Dôme demande à la cour d'annuler le jugement et de rejeter la demande.
Il soutient que contrairement à ce qu'a jugé le tribunal, l'arrêté ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que les autres moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par mémoire enregistré le 26 mai 2025, Mme A conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet du Puy-de-Dôme relève appel du jugement du 3 septembre 2024 par lequel le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a annulé l'arrêté du 13 août 2024 obligeant Mme A, ressortissante albanaise, à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'interdisant de retour sur le territoire pendant une durée d'un an.
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire () au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales () ".
3. Mme A est entrée en France à l'âge de 29 ans et n'est présente en France que depuis quatre ans à la date de l'arrêté litigieux. A la suite du rejet de sa demande d'asile par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides le 28 juin 2019 puis la Cour nationale du droit d'asile le 17 octobre 2019, elle s'est maintenue sur le territoire en dépit de la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet le 2 septembre 2019. Si elle fait valoir qu'elle est bien intégrée, est bénévole dans une association et qu'elle réside sur le territoire avec son époux qui dispose d'une autorisation de travail pour exercer la profession de maçon et leurs deux enfants mineurs, rien ne fait obstacle au retour de la famille dans le pays dont ils ont la nationalité. Dans ces conditions, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, la décision d'obligation de quitter le territoire français contestée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le préfet du Puy-de-Dôme est fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal a fait droit au moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 2.
4. Il y a lieu pour la cour, saisie par l'effet dévolutif de l'appel, de statuer sur les autres moyens soulevés par Mme A devant la première juge.
5. En premier lieu, le préfet n'était pas saisi d'une demande de titre de séjour. Par suite, il n'a pas méconnu les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas davantage omis de procéder à un examen particulier de la situation de l'intéressé.
6. En deuxième lieu, le préfet du Puy-de-Dôme, qui n'était pas tenu de reprendre l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle et familiale de Mme A, a énoncé les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de sa décision. Par suite Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse ne serait pas suffisamment motivée.
7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'existerait un obstacle à ce que les enfants de l'intéressée poursuivent une scolarité normale et à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer hors de France, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".
10. Mme A n'ayant pas exécuté une précédente mesure d'éloignement, le préfet pouvait regarder comme établi le risque qu'elle se soustraie à la nouvelle obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. En se bornant à se prévaloir de sa situation personnelle, telle que rappelée précédemment, elle ne justifie pas de circonstances particulières propres à écarter ce risque de soustraction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées au point 9 doit être écarté.
11. En sixième lieu, en se bornant à se référer aux arguments invoqués pour contester l'obligation de quitter le territoire français, Mme A ne justifie pas en quoi le fait d'avoir été privée d'un délai de départ volontaire méconnaitrait son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou l'intérêt supérieur de ses enfants garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par ailleurs, pour les mêmes motifs que ceux évoqués ci-dessus, l'interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an ne méconnaît pas davantage ces dispositions.
12. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
13. Mme A s'est vue refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre. Les éléments dont elle fait état ne constituent pas une circonstance humanitaire justifiant que l'autorité administrative s'abstienne de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français. Le préfet n'a donc pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant une telle interdiction.
14. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
15. Si Mme A vivait depuis quatre ans sur le territoire français, elle s'y était maintenu irrégulièrement en dépit d'une précédente mesure d'éloignement. Par ailleurs, son mari s'y trouve aussi en situation irrégulière. Par suite, et alors même que sa présence en France ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées en prononçant une interdiction de retour et n'a pas davantage commis d'erreur d'appréciation en fixant à un an la durée de cette mesure.
16. Enfin, la décision portant assignation à résidence est suffisamment motivée.
17. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Puy-de-Dôme est fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal a annulé les arrêtés litigieux et a fait droit à ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions présentées au titre des frais de procès. Le jugement attaqué doit être annulé et les demandes présentées au tribunal par Mme A doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions présentées devant la cour au titre de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er : Le jugement n° 2401996 du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 3 septembre 2024 est annulé.
Article 2 : La demande présentée au tribunal administratif de Clermont-Ferrand par Mme A, ainsi que ses conclusions présentées devant la cour au titre de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, et à Mme D.
Copie en sera adressée au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 12 juin 2025, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Arbarétaz, président de chambre,
Mme Aline Evrard, présidente-assesseure,
M. Bertrand Savouré, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2025.
Le rapporteur,
B. CLe président,
Ph. Arbarétaz
La greffière,
F. Faure
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°24LY02803
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026