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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-25LY01276

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-25LY01276

jeudi 5 février 2026

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-25LY01276
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre - formation à 3
Avocat requérantSELARL CHAVKHALOV & MILCENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Lyon d’annuler la saisie administrative à tiers détenteur émise à son encontre le 31 août 2022 par le directeur régional des finances publiques Auvergne-Rhône-Alpes en vue de recouvrer une somme de 27 546 euros correspondant à des indus d’aides exceptionnelles perçues pour les mois de mars 2020 à mai 2021 et de juillet à septembre 2021, au titre du fonds de solidarité institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l’épidémie de covid-19, d’annuler la décision implicite de rejet de son recours administratif, d’être déchargé partiellement de l’obligation de payer et de condamner l’Etat au remboursement.

Par un jugement n° 2303554 du 15 avril 2025, le tribunal administratif de Lyon a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 14 mai 2025, M. B... A..., représenté par Me Chavkhalov, demande à la cour :

1°) d’annuler le jugement n° 2303554 du 15 avril 2025 du tribunal administratif de Lyon ainsi que la saisie administrative à tiers détenteur du 31 août 2022 et le rejet implicite de son recours administratif ;

2°) de le décharger du paiement de la somme réclamée, à hauteur de 12 869,40 euros, du paiement de la majoration de 2 792 euros, et de condamner l’Etat à lui rembourser une somme de 2 006,88 euros correspondant à la différence entre le montant des sommes saisies et celui de la créance de l’administration ;

3°) à titre subsidiaire, de le décharger du paiement de la somme réclamée, à hauteur de 12 869,40 euros, et du paiement de la majoration, à hauteur de 1 287 euros, et de condamner l’Etat à lui rembourser une somme de 501,88 euros correspondant à la différence entre le montant des sommes saisies et celui de la créance de l’administration ;

4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A... soutient que :
- c’est au prix d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation que le tribunal a refusé d’examiner, au regard du 2° de l’article L. 281 du livre des procédures fiscales, sa contestation du rejet de son recours administratif, laquelle porte, non sur l’existence de la créance, mais sur son montant exact ;
- la somme de 27 917 euros mise à sa charge par le titre de perception du 27 octobre 2021 n’est pas justifiée, le montant de l’indû s’élevant, sur la base de son chiffre d’affaires dont témoignent ses déclarations URSSAF, à 15 047,60 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 septembre 2025, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, conclut au rejet de la requête.

Le ministre fait valoir que le requérant, qui n’a pas contesté le titre de perception du 27 octobre 2021 lui réclamant une somme de 27 917 euros, ne peut plus contester le bien-fondé de cette créance mais seulement, sur le fondement du 2° de l’article L. 281 du livre des procédures fiscales, l’obligation de payer et le montant du recouvrement, lequel n’excède pas le montant de la créance.

Par décision du 11 juin 2025, le bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal de grande instance de Lyon a refusé d’accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle à M. A....

La clôture d'instruction a été fixée au 24 octobre 2025 par une ordonnance du 23 septembre précédent.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le livre des procédures fiscales ;
- l’ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 20 janvier 2026 :
- le rapport de M. Gros, premier conseiller,
- et les conclusions de Mme Djebiri, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :

M. B... A..., immatriculé depuis mai 2019 au répertoire des métiers en tant que chauffeur VTC, a perçu l’aide « covid ». Le 21 octobre 2021, le directeur régional des finances publiques Auvergne-Rhône-Alpes a émis à son encontre un titre de perception de 27 917 euros en récupération d’indus d’aide versée en 2020 et 2021, somme qui a été ultérieurement majorée de 10 % pour défaut de paiement. Le 31 août 2022, cette autorité a notifié à M. A... une saisie administrative à tiers détenteur auprès de la banque Crédit agricole d’un montant de 27 546 euros, déduction faite d’une somme de 3 163 euros déjà versée ou saisie et compte tenu d’une majoration de 2 792 euros. M. A... a alors contesté devant l’administration le montant de l’indû, qui s’élèverait selon lui, hors majoration, à 15 047 euros et il a demandé à être déchargé du solde, soit 12 870 euros, ainsi que de la majoration, ou a sollicité un échéancier de versement et la main levée de la saisie administrative. Le 28 mars 2023, l’administration a mis en demeure M. A... de payer la somme de 16 446,52 euros, incluant la majoration, acte que l’intéressé a également contesté, estimant ne devoir que 784,52 euros ou 862,97 euros. Il a demandé au tribunal administratif de Lyon d’annuler la saisie administrative à tiers détenteur du 31 août 2022 et le rejet implicite de son recours administratif, de le décharger de l’obligation de payer une somme de 12 869,40 euros et la majoration, de 2 792 euros, subsidiairement de 1 287 euros, et de condamner l’Etat à lui rembourser 2 006,88 euros, subsidiairement 501,88 euros. Par le jugement attaqué du 15 avril 2025, le tribunal a rejeté sa demande.


Sur la recevabilité :

La décision par laquelle l’administration fiscale statue sur l’opposition dirigée contre une saisie administrative à tiers détenteur ne constitue pas un acte détachable de la procédure de recouvrement à laquelle elle se rattache. Elle ne peut pas, en conséquence, être déférée à la juridiction administrative par la voie du recours pour excès de pouvoir et ne peut faire l’objet d’un recours contentieux qu’au titre de la procédure fixée par les articles L. 281 et R. 281-1 et suivants du livre des procédures fiscales. Dès lors, les conclusions présentées par M. A... tendant à l’annulation de la décision implicite par laquelle la direction régionale des finances publiques Auvergne Rhône-Alpes a implicitement statué sur son opposition à poursuite sont irrecevables et doivent être rejetées.


Sur les conclusions à fin d’annulation, de décharge et de remboursement :

Aux termes du premier alinéa de l’article 119 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : « Les actes de poursuites, délivrés pour le recouvrement des titres de perception émis dans le cadre de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables d'une contestation conformément aux articles L. 281 et R. 281-1 et suivants du même livre ». Aux termes de l’article L. 281 du livre des procédures fiscales : « Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites / (…) / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : (…) b) Pour les créances non fiscales de l'Etat (…) devant le juge de droit commun selon la nature de la créance ; (…) ».

A l’appui de ses conclusions dirigées contre la saisie administrative à tiers détenteur du 31 août 2022, M. A..., qui reconnaît être redevable d’un indû dont il calcule le montant à 15 047 euros, conteste la somme de 27 917 euros qui lui a été initialement réclamée par le titre de perception du 21 octobre 2021, devenu définitif. Ce moyen, qui ne porte pas sur l’obligation au paiement ni sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués ni sur l'exigibilité de la somme réclamée, tend à remettre en cause le bien-fondé de la créance, alors qu’une telle remise en cause est exclue par l’article L. 281 du livre des procédures fiscales. Par ailleurs, M. A... ne soutient pas que la somme figurant dans la saisie administrative à tiers détenteur, soit 27 546 euros comprenant la majoration de 10 %, serait inexacte au regard des versements effectués, atteignant 3 163 euros selon ce que mentionne cet acte de recouvrement, ou que la majoration ne serait pas exigible. Ses conclusions dirigées contre la saisie administrative à tiers détenteur doivent en conséquence être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à la décharge partielle du montant de la somme réclamée et à la décharge totale ou partielle du montant de la majoration ainsi que celles tendant au remboursement de sommes déjà versées.

Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.


Sur les frais liés au litige :

L’État n’étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par le requérant sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées.



DECIDE :



Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.

Copie en sera adressée à la direction régionale des finances publiques Auvergne-Rhône-Alpes.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Pourny, président de chambre,
M. Stillmunkes, président assesseur,
M. Gros, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2026.

Le rapporteur,

B. Gros

Le président,

F. Pourny



La greffière,




N. Lecouey


La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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