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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-25LY01325

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-25LY01325

jeudi 5 février 2026

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-25LY01325
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre - formation à 3
Avocat requérantCéline BERALDIN Cabinet 24

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Procédure contentieuse antérieure :

M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Grenoble de condamner la commune d'Epagny Metz-Tessy et son assureur, la compagnie Groupama Rhône-Alpes Auvergne, à lui verser une somme globale de 104 755,18 euros en réparation des préjudices résultant de sa chute survenue le 14 juillet 2020.

La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Loire a demandé au tribunal administratif de Grenoble de condamner la commune d'Epagny Metz-Tessy au paiement d’une somme de 2 058,36 euros au titre de ses débours et d’une somme de 686,12 euros au titre de l’indemnité forfaitaire de gestion.

Par un jugement n° 2202275 du 12 mars 2025, le tribunal administratif de Grenoble a condamné la commune d'Epagny Metz-Tessy et la compagnie Groupama Rhône-Alpes Auvergne, d’une part à verser à M. B... une somme de 39 666,10 euros en réparation de ses préjudices, d’autre part à verser à la CPAM de la Loire une somme de 102,40 euros en remboursement des débours de cette dernière et une somme de 120 euros au titre de l’indemnité forfaitaire de gestion.


Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire enregistrés respectivement le 16 mai 2025 et le 23 septembre 2025, la commune d'Epagny Metz-Tessy et la compagnie Groupama Rhône-Alpes Auvergne, représentées par le Cabinet 24 Avocats, agissant par Me Beraldin, demandent à la cour :

1°) d’annuler le jugement n° 2202275 du 12 mars 2025 du tribunal administratif de Grenoble et de rejeter la demande de M. B... ;

2°) subsidiairement de ramener le montant de l’indemnité à de plus justes proportions ;

3°) de mettre à la charge de M. B..., outre les dépens, la somme de 3 000 euros à verser à la commune et la même somme de 3 000 euros à verser à la compagnie Groupama Rhône-Alpes Auvergne, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune d'Epagny Metz-Tessy et la compagnie Groupama Rhône-Alpes Auvergne soutiennent que :
- la requête présentée par M. B... devant le tribunal était irrecevable car elle ne satisfaisait pas à l’exigence de motivation posée par l’article R. 411-1 du code de justice administrative ;
- aucun défaut d’entretien de l’ouvrage susceptible d’engager sa responsabilité ne peut lui être imputé car la sépulture voisine de celle de l’épouse de M. B..., non concédée, ne présentait pas de défaut, la plaque de béton la recouvrant n’était pas destinée à supporter le poids d’un homme ni conçue pour un cheminement, et cette sépulture, bien délimitée, n’avait pas, en l’absence de risque sérieux, à être munie d’un dispositif de protection ;
- il appartenait à M. B... de démontrer l’existence d’un lien entre le défaut allégué de l’ouvrage et le dommage qu’il a subi ;
- M. B..., usager, a commis une faute ou une imprudence en prenant appui sur la sépulture voisine, le règlement du cimetière interdisant de fouler les terrains servant de sépulture ;
- subsidiairement, M. B... ne justifie pas d’un besoin d’assistance par tierce personne ni d’un déficit fonctionnel permanent en lien avec l’accident, il doit être tenu compte des aides dont il a pu bénéficier, comme l’allocation personnalisée d’autonomie, et les montants des indemnités doivent être ramenés à de plus justes proportions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2025, M. A... B..., représenté par Me Weber, conclut :
- à la confirmation du jugement attaqué en ce qu’il déclare sa requête recevable, retient la responsabilité de la commune d'Epagny Metz-Tessy pour défaut d’entretien normal de l’ouvrage public et condamne cette dernière à lui verser une somme de 1 500 euros au titre des frais de procès, subsidiairement à ce que soit reconnue la responsabilité sans faute de la commune ;
- à la réformation du jugement en ce qu’il procède à une exonération de 50 % de cette responsabilité et à la condamnation de la commune d'Epagny Metz-Tessy et de la compagnie Groupama Rhône-Alpes Auvergne à lui verser une somme de 106 307,59 euros en réparation de ses préjudices, outre intérêts légaux à compter du 7 avril 2022 ;
- à ce que l’arrêt soit déclaré commun et opposable à la compagnie Groupama Rhône-Alpes-Auvergne, à la caisse primaire d’assurance maladie de la Loire et à la société Swisslife Prévoyance et Santé ;
- à la mise à la charge de la commune d'Epagny Metz-Tessy et de la compagnie Groupama Rhône-Alpes-Auvergne d’une somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les dépens « dont distraction au profit de Me Weber ».

M. B... fait valoir que :
- sa requête de première instance était recevable car le contentieux avait été lié et cette requête était motivée ;
- la responsabilité de la commune d'Epagny Metz-Tessy est engagée pour défaut d’entretien normal du caveau voisin de la tombe de son épouse qui était recouvert d’une fine plaque de béton, sujette à érosion, sans que le danger en résultant ait été signalé par le maire chargé de la police du cimetière, dont lui-même était usager ;
- il n’a pas commis d’imprudence susceptible d’exonérer, même partiellement, la commune d'Epagny Metz-Tessy de sa responsabilité, la configuration des lieux l’ayant conduit, pour entretenir la tombe de son épouse, à poser le pied, par inadvertance, sur cette plaque de béton ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité sans faute de la commune est engagée, non atténuée par une cause exonératoire et il justifie d’un préjudice anormal et spécial ;
- ses préjudices s’élèvent à :
1 708,40 euros au titre de frais de santé restés à charge ;
5 469,42 euros au titre de frais de santé restant à charge futurs ;
11 464,11 euros au titre de l’assistance par tierce personne, de la date de l’accident au 18 novembre 2021 ;
13 371,08 euros au titre de l’assistance par tierce personne, du 19 novembre 2021 au 31 août 2025 ;
34 081,38 euros au titre de l’assistance par tierce personne à compter du 1er septembre 2025 ;
100 euros au titre de frais de vêtement ;
3 463,20 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
6 000 euros au titre des souffrances endurées ;
2 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
18 150 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
2 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
5 000 euros au titre du préjudice d’agrément,
3 000 euros au titre du préjudice sexuel.

Par une ordonnance du 24 septembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée en dernier lieu au 24 octobre 2025 à 16h30.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 20 janvier 2026 :
- le rapport de M. Gros, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Djebiri, rapporteure publique,
- et les observations de Me Beraldin, représentant la commune d'Epagny Metz-Tessy et la compagnie Groupama Rhône-Alpes Auvergne, et celles de Me Weber, représentant M. B....


Considérant ce qui suit :

Le 14 juillet 2020, alors qu’il entretenait la tombe de son épouse, au cimetière des Rebattes situé sur le territoire de la commune d'Epagny Metz-Tessy, M. B..., né en 1946, a chuté dans un caveau voisin, recouvert d’une plaque de béton ayant cédé sous son poids. Après le rendu d’une expertise, diligentée par la commune, M. B... a réclamé à celle-ci, par courrier du 19 janvier 2022 réitéré le 23 février 2023, le versement d’une indemnité réparatrice de préjudices résultant de cet accident d’un montant total de 100 798,11 euros, outre 2 000 euros, puis 4 000 euros, au titre de frais de conseil. La commune lui a opposé un refus tacite. M. B... a saisi le tribunal administratif de Grenoble, à fin d’indemnisation, à hauteur de 104 755,18 euros. La commune d'Epagny Metz-Tessy et la compagnie Groupama Rhône-Alpes-Auvergne font appel du jugement du 12 mars 2025 par lequel le tribunal les a condamnées à verser à M. B... une somme de 39 666,10 euros en réparation de ses préjudices. Par la voie de l’appel incident, M. B... réclame le versement d’une indemnité d’un montant total de 106 307,59 euros.


Sur la recevabilité de la demande de première instance :

D’une part, aux termes du deuxième alinéa de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ».

Comme il a été dit au point 1, M. B... a adressé une réclamation préalable à la commune d'Epagny Metz-Tessy, d’abord par un courriel du 19 janvier 2022 puis par un courrier du 23 février 2023, que la commune a reçu le 1er mars 2023. La fin de non-recevoir opposée en première instance par la commune et la compagnie Groupama Rhône-Alpes Auvergne, tirée du défaut de liaison du contentieux, doit en conséquence être écartée.

D’autre part, aux termes de l’article R. 411-1 du code de justice administrative : « La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ».

La requête présentée par M. B... devant le tribunal contenait l’exposé des faits de l’affaire et des conclusions assorties de moyens, en invoquant alternativement deux fondements de responsabilité. Elle satisfaisait ainsi aux exigences des dispositions citées ci-dessus du code de justice administrative. Par suite, l’autre fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de la méconnaissance de ces dispositions, doit être écartée.


Sur la responsabilité de la commune d'Epagny Metz-Tessy :

Il appartient à l’usager d’un ouvrage public qui demande réparation d’un préjudice qu’il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l’existence d’un lien de causalité entre celui-ci et le préjudice invoqué. Présentent le caractère d’ouvrage public notamment les biens immeubles résultant d’un aménagement, qui sont directement affectés à un service public.

Par ailleurs, l’article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales dispose que « La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques » et son article L. 2213-8 que « Le maire assure la police des funérailles et des cimetières ».

Il résulte de l’instruction que, le 14 juillet 2020, lors de l’entretien de la sépulture de son épouse, M. B..., qui était usager du cimetière des Rebattes, a chuté dans le caveau voisin, appartenant à la commune. Cette pièce maçonnée enterrée était couverte, entre ses rebords affleurants, au moyen de trois plaques de béton juxtaposées, destinées à prévenir toute chute accidentelle dans la cavité. Toutefois, ces plaques de mince béton, et qui n’étaient pas parfaitement jointives au niveau des rebords, ont été fragilisées par l’usure du temps et les intempéries, augmentant ainsi le risque de rupture, sans que la commune procède au remplacement de cette couverture ni n’instaure de périmètre de sécurité autour du caveau. Il s’ensuit que la responsabilité de la commune est engagée pour défaut d’entretien normal de l’ouvrage public et à raison des conséquences dommageables de la chute de M. B....

Cependant, si en raison de l’étroitesse du passage entre la sépulture de son épouse et le caveau voisin, qui était vide, M. B... a pris appui sur les plaques de béton recouvrant cet ouvrage, il a commis une imprudence fautive en posant le pied sur des plaques de béton d’aspect vétuste et fait un usage anormal de cet ouvrage. Cette imprudence est, comme l’a jugé le tribunal, de nature à exonérer partiellement la commune d'Epagny Metz-Tessy de sa responsabilité à hauteur de 50 %.


Sur les préjudices :

Il résulte de l’instruction et notamment d’un rapport d’expertise du 29 novembre 2021 diligenté par la commune, que M. B... a souffert d’une fracture plurifragmentaire du trochiter et du rebord inférieur de la glène, outre des dermabrasions superficielles au niveau du dos, du coude gauche et du flanc gauche et des hématomes au niveau du pectoral gauche et du genou droit, son état de santé pouvant être considéré comme consolidé le 19 novembre 2021. En revanche, l’existence d’un lien de causalité entre la chute de M. B... et les lésions dentaires dont il fait état n’est pas suffisamment établi, le rapport d’intervention du service départemental d’incendie et de secours de la Haute-Savoie faisant seulement état de « légère dermabrasion bras gauche » sans mentionner l’existence d’une blessure à la bouche ou au visage et le médecin traitant de l’intéressé ne mentionnant pas davantage l’existence de lésions dentaires dans son certificat médical du 20 juillet 2020.

Quant au préjudice matériel :

11.
M. B... ne justifie pas, par la seule production de photographies, avoir, lors de sa chute dans le caveau, endommagé les effets qui figurent sur ces clichés et en contrepartie de quoi il réclame le versement d’une indemnité de 100 euros. Ce chef de préjudice doit par suite être écarté.

Quant aux dépenses de santé :

12.
Il résulte de l’instruction que, avant consolidation, la CPAM a pris en charge, au profit de M. B..., des prestations correspondant à des frais médicaux, pharmaceutiques et d’appareillage, pour un montant total de 1 913,19 euros et que M. B... a exposé des frais de kinésithérapie (1 427,07 euros) et divers frais médicaux (141,33 euros) en lien avec le dommage corporel consécutif à sa chute, totalisant une somme de 1 568,40 euros restée à sa charge. Le montant du préjudice total s’élève ainsi à 3 481,59 euros, hors frais dentaires. Compte tenu du partage de responsabilité de 50 %, la commune a engagé sa responsabilité à hauteur de 1 740,80 euros. Le montant des sommes restées à charge de M. B..., soit 1 568,40 euros, lui sera ainsi intégralement alloué.

13.
Pour ce qui concerne les frais de santé après consolidation, le préjudice s’élève à la somme de 234,84 euros, soit, d’une part, 145,17 euros de débours de la CPAM, d’autre part, 89,67 euros restés à charge de M. B..., soit 30,04 euros pour un arthroscanner de l’épaule du 19 novembre 2021 et 59,63 euros pour des actes d’imagerie du même jour. Pour les raisons exposées au point 10, il n’y a pas lieu de retenir une somme de 5 379,75 euros pour un bridge. Compte tenu du partage de responsabilité de 50 %, la commune a engagé sa responsabilité à hauteur de 117,42 euros. Le montant des sommes restées à charge de M. B..., soit 89,67 euros, lui sera ainsi intégralement alloué.

14.
La commune versera ainsi 1 658,07 euros à M. B..., en remboursement de frais de santé restés à sa charge.

Quant à l’assistance par une tierce personne :

15.
Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel du préjudice résultant pour elle de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne dans les actes de la vie quotidienne, il détermine d'abord l'étendue de ces besoins d'aide et les dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il fixe, ensuite, le montant de l'indemnité qui doit être allouée par la personne publique responsable du dommage, en tenant compte des prestations dont, le cas échéant, la victime bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. A ce titre, il appartient au juge, lorsqu'il résulte de l'instruction que la victime bénéficie de telles prestations, de les déduire d'office de l'indemnité mise à la charge de la personne publique, en faisant, si nécessaire, usage de ses pouvoirs d'instruction pour en déterminer le montant. Toutefois, lorsque la personne publique n'est tenue de réparer qu'une fraction du dommage corporel, cette déduction ne doit être opérée que dans la mesure requise pour éviter que le cumul des prestations et de l'indemnité versée excède les dépenses nécessaires aux besoins d'aide par tierce personne.

16.
Il résulte de l’instruction, en particulier du rapport d’expertise du 29 novembre 2021 que l’état de santé de M. B..., consécutif à sa chute du 14 juillet 2020, a nécessité l’aide d’une tierce personne, à raison de trois heures quotidiennes de cette chute au 31 août 2020, période durant laquelle son membre supérieur gauche était immobilisé, puis de deux heures quotidiennes jusqu’au 14 novembre 2020, période de début de la consolidation de ses fractures du trochiter et du bord inférieur de la glène, puis de quatre heures hebdomadaires jusqu’au 19 novembre 2021, date de consolidation. Au-delà, l’expert médical estime le besoin d’assistance par tierce personne, à titre viager, à trois heures hebdomadaires.

17.
Sur la base d’un taux horaire correspondant au SMIC brut de chacune des années considérées, majoré de 40 % pour tenir compte des charges patronales et sur la base d’une année de 412 jours pour tenir compte des jours fériés et des congés payés, le besoin total s’élève à 1 317 heures, évalué à 20 104 euros. Compte tenu du partage de responsabilité, l’indemnité à verser par la commune, du 14 juillet 2020 à la date du présent arrêt s’élève ainsi à 10 052 euros. Toutefois devra être déduit du montant de cette indemnité le montant des prestations ayant le même objet, éventuellement perçues par M. B..., comme, notamment, l'allocation personnalisée d'autonomie, dans la mesure où leur montant excéderait 10 052 euros. Il appartiendra, dès lors, à M. B... de justifier auprès de la commune n’avoir pas perçu de telles prestations pour un montant excédant 10 052 euros. Si M. B... n’a bénéficié d’aucune de ces prestations, il lui appartiendra d’en justifier par la production, auprès de la commune, d’une attestation sur l’honneur indiquant qu’il n’a perçu aucune prestation ayant le même objet que l’indemnité pour tierce personne devant lui être versée par la commune d'Epagny Metz-Tessy.

18.
Pour le futur, postérieurement au présent arrêt, le montant annuel des frais d’assistance à tierce personne s’élève à 3 009 euros, sur la base d’un taux horaire de 17 euros et d’un besoin annuel de 177 heures, calculées comme indiqué au point précédent. Le montant de l’indemnité à verser par la commune s’élève donc à 1 504,50 euros. Il appartiendra à M. B... de justifier, soit du montant des prestations ayant le même objet qu’il a perçues dans l’année précédant la date du présent arrêt afin qu’elles viennent en déduction de ce montant dans la mesure requise pour éviter que le cumul des prestations et de l'indemnité versée excède les dépenses nécessaires aux besoins d'aide par tierce personne évaluées à 3 009 euros, soit de l’absence de perception de telles prestations par la production de l’attestation visée au point précédent. Il pourra alors être procédé à la capitalisation du montant annuel ainsi obtenu en faisant application du barème de capitalisation de l’ONIAM, soit 8,654 correspondant à un âge de soixante-dix-neuf ans.

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

19.
Il résulte du rapport d’expertise que M. B... a présenté un déficit fonctionnel temporaire de 60 %, du 14 juillet 2020, date de son accident, au 31 août 2020, puis de 40 % jusqu’au 14 novembre 2020, puis de 20 % jusqu’au 19 novembre 2021, date de consolidation. Il sera fait une juste appréciation de la réparation due au titre de son déficit fonctionnel temporaire partiel en l’évaluant, sur la base d’un montant journalier de 14 euros pour un déficit fonctionnel temporaire total, à la somme de 934 euros, compte tenu du partage de responsabilité.

Quant aux souffrances endurées :

20.
L’expert médical a chiffré à 3 sur une échelle de 7 les souffrances physiques, à l’épaule, et morales endurées par M. B.... Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l’évaluant à la somme de 2 000 euros, compte tenu du partage de responsabilité.

Quant au déficit fonctionnel permanent :

21.
Il ressort de son rapport que l’expert a attribué à ce déficit un taux de 15 % en raison d’un déficit de mobilisation de l’épaule gauche. M. B... étant âgé de soixante-quinze ans et huit mois à la date de la consolidation, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l’évaluant, comme l’a retenu le tribunal, à la somme de 8 500 euros, compte tenu du partage de responsabilité.

Quant au préjudice esthétique :

22.
Selon le rapport d’expertise, l’atteinte esthétique réside, notamment, dans l’immobilisation temporaire du membre supérieur gauche et l’amyotrophie permanente de l’épaule gauche. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant son montant à 650 euros, compte tenu du partage de responsabilité.

Quant au préjudice d’agrément :

23.
Les séquelles de M. B... entraînent une réduction de sa pratique du jardinage et du bricolage, constitutive d’un préjudice d’agrément. En lui allouant une somme de 1 000 euros, qui tient compte du partage de responsabilité, le tribunal n’a pas fait une évaluation excessive de ce poste de préjudice.

Quant au préjudice sexuel :

24.
Il ressort du rapport d’expertise que les séquelles de l’accident, une importante raideur de l’épaule gauche, et les douleurs associées, créent pour M. B... une gêne de nature à altérer la qualité des rapports sexuels. Dans les circonstances de l’espèce, il sera fait une juste évaluation du préjudice sexuel de l’intéressé en l’évaluant à 500 euros, après application du partage de responsabilité.

25.
Il résulte de tout ce qui précède que le montant total de l’indemnité due par la commune d'Epagny Metz-Tessy et la compagnie Groupama Rhône-Alpes Auvergne à M. B... en réparation de ses préjudices consécutifs à l’accident du 14 juillet 2020 s’élève à 15 242,07 euros outre les sommes qui lui seront versées au titre de l’assistance par tierce personne, dans les conditions prévues aux points 17 et 18 du présent arrêt.


Sur les intérêts :

26.
Il y a lieu d’accorder à M. B... les intérêts qu’il sollicite à compter de la date de réception de sa demande préalable du 19 janvier 2022, les intérêts ne pouvant toutefois courir sur les sommes accordées au titre de l’assistance par tierce personne avant qu’il n’ait fourni à la commune les éléments nécessaires à leur calcul.


Sur les frais de l’instance :

27.
La présente instance ne comportant pas de dépens au sens des dispositions de l’article R. 761-1 du code de justice administrative, la demande des requérantes tendant à ce qu’ils soient mis à la charge de M. B... et la demande de ce dernier tendant à ce qu’ils soient mis à la charge des requérantes, ne peuvent qu’être rejetées.

28.
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative s’opposent à ce qu’il soit fait droit aux conclusions présentées sur ce fondement par la commune d'Epagny Metz-Tessy et la compagnie Groupama Rhône-Alpes-Auvergne, parties perdantes. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. B... sur le fondement de ces mêmes dispositions en lui allouant une somme de 2 000 euros, mise à la charge de la commune d'Epagny Metz-Tessy et de la compagnie Groupama Rhône-Alpes Auvergne.



DECIDE :



Article 1er : La somme de 39 666,10 euros que la commune d'Epagny Metz-Tessy et la compagnie Groupama Rhône-Alpes Auvergne ont été condamnées à verser à M. B... est ramenée à un montant de 15 242,07 euros, hors indemnisation des préjudices liés au besoin d’assistance par une tierce personne. Cette somme produira intérêts à compter du 19 janvier 2022.

Article 2 : La commune d'Epagny Metz-Tessy et la compagnie Groupama Rhône-Alpes Auvergne sont également condamnées à verser à M. B... des indemnités au titre de ses préjudices liés à la nécessité de recourir à l’aide d’une tierce personne dont les montants échus et à échoir seront respectivement calculés selon les modalités prévues aux points 17 et 18 du présent arrêt, lorsque M. B... aura fourni à la commune les éléments nécessaires à la détermination de ces montants.

Article 3 : Le jugement n° 2202275 du 12 mars 2025 du tribunal administratif de Grenoble est réformé en ce qu’il a de contraire au présent arrêt.

Article 4 : La commune d'Epagny Metz-Tessy et la compagnie Groupama Rhône-Alpes-Auvergne verseront à M. B... une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent arrêt est déclaré commun à la caisse primaire d’assurance maladie de la Loire.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent arrêt sera notifié à la commune d'Epagny Metz-Tessy, à la compagnie Groupama Rhône-Alpes Auvergne, à M. A... B..., à la caisse primaire d’assurance maladie de la Loire et à la société Swisslife Prévoyance et Santé.

Délibéré après l’audience du 20 janvier 2026 à laquelle siégeaient :

M. Pourny, président de chambre,
M. Stillmunkes, président assesseur,
M. Gros, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2026.

Le rapporteur,

B. Gros
Le président,

F. Pourny


La greffière,




N. Lecouey

La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Savoie en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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04/05/2026

CAA13plein contentieux

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA02936

La Cour administrative d’appel de Marseille, statuant en plein contentieux, a examiné un litige relatif à la responsabilité décennale des constructeurs pour des désordres affectant le centre nautique des Gorguettes à Cassis. Le tribunal administratif de Marseille avait condamné in solidum plusieurs sociétés à indemniser la métropole Aix-Marseille-Provence à hauteur de 935 463,44 euros TTC, en répartissant la charge définitive entre les constructeurs, dont la société Isolbat à 10 % et la société Bureau Veritas à 5 %. La cour a rejeté les appels de la société Isolbat et de la société Bureau Veritas Construction, confirmant le jugement en toutes ses dispositions, et a également rejeté l’appel incident de la métropole. La solution retenue s’appuie sur les principes de la responsabilité décennale des constructeurs (articles 1792 et suivants du code civil) et sur les règles de la solidarité et du recours entre co-obligés.

04/05/2026

CAA13plein contentieux

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03216

La Cour administrative d’appel de Marseille, statuant en plein contentieux, a examiné la demande de la société BNP Paribas Lease Group visant à obtenir la condamnation solidaire de la commune d’Istres et de la métropole Aix-Marseille-Provence à lui verser une indemnité de 61 943,68 euros en exécution d’un contrat de location financière portant sur un tracteur agricole. La cour a soulevé d’office l’illicéité de l’article 7 des conditions générales du contrat, estimant que cette clause empêchait l’administration de résilier le contrat pour motif d’intérêt général et prévoyait une indemnité de résiliation disproportionnée. La solution retenue par la cour n’est pas explicitée dans l’extrait, mais les moyens d’ordre public soulevés suggèrent une possible annulation ou réformation du jugement du tribunal administratif de Marseille, qui avait rejeté la demande initiale. Les textes appliqués incluent le code général des collectivités territoriales et le code de justice administrative.

04/05/2026

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