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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-21PA05333

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-21PA05333

lundi 9 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-21PA05333
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantDAVILA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A D a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 8 juin 2021 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2113650/8 du 31 aout 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 6 octobre 2021, Mme A D, représentée par Me Davila, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Paris ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2021 du préfet de police ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu, garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et du caractère contradictoire de la procédure ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire a été prise en méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de son état de santé ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que son époux est demandeur d'asile en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle elle aurait dû bénéficier d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours compte tenu de son état de santé ;

- la décision fixant le pays de destination a été prise en violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Mme A D C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris du 27 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " Les () présidents des formations de jugement des cours peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur les décisions contestées prises dans leur ensemble :

2. En premier lieu, à l'appui de sa requête d'appel, Mme A D reprend les moyens qu'elle avait soulevés en première instance tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'une méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle aurait dû bénéficier d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours compte tenu de son état de santé et de ce que la décision fixant le pays de destination a été prise en violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un jugement précisément motivé, le tribunal a écarté l'argumentation développée par Mme A D à l'appui de chacun de ces moyens. Il y a lieu, par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge, d'écarter les moyens ainsi renouvelés devant la Cour par la requérante, qui ne présente aucun élément de fait ou de droit nouveau par rapport à l'argumentation qu'elle avait développée devant le tribunal. A cet égard, les pièces nouvelles produites en appel, comportant le certificat de mariage et l'attestation de demandeur d'asile de Mme A D, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le tribunal.

3. En deuxième lieu, par un arrêté n° 2021-00377 du 30 avril 2021 publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour, le préfet de police a donné délégation à M. F E, signataire de l'arrêté attaqué, en sa qualité de conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, chef du 12ème bureau, à l'effet de signer tous les arrêtés dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application et en particulier l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise que la demande d'asile de Mme A D a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 21 décembre 2020, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 14 mai 2021. Cet arrêté indique également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme A D au respect de sa vie privée et familiale, et que rien ne s'oppose à ce qu'elle fasse l'objet d'une mesure d'éloignement. Enfin, il indique que Mme A D n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que le préfet n'était pas tenu de reprendre l'ensemble des éléments de la situation personnelle de Mme A D, les décisions en litige comportent l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait au sens des dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, et doivent être regardées comme étant suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions contestées doit être écarté comme manquant en fait.

5. En quatrième lieu, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas d'élément précis sur l'état de santé de Mme A D ou sur le fait qu'elle soit mariée ne saurait, en l'espèce, contrairement à ce que soutient la requérante, permettre de témoigner de ce que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen de sa situation personnelle. Le moyen soulevé à ce dernier titre doit, par suite, également être écarté.

6. En cinquième lieu, Mme A D a été entendue par l'OFPRA et par la CNDA dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile et pouvait faire valoir à tout moment auprès de la préfecture les éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle. L'intéressée n'allègue ni n'établit qu'elle aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'elle aurait été empêchée de présenter ses observations avant que ne soit prises les décisions litigieuses. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision contestée aurait été prise en méconnaissance du principe général du droit d'être entendu issu du droit de l'Union européenne et du caractère contradictoire de la procédure tel qu'il résulte de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doivent être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Mme A D fait valoir qu'elle réside en France depuis février 2020 avec son mari. Elle expose en outre que ce dernier est demandeur d'asile. Toutefois, elle ne justifie d'aucune insertion dans la société française ni d'aucun lien personnel ou amical intense en France, ni ne démontre être dépourvue de tout lien ou attaches familiales avec son pays d'origine où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 32 ans. Par suite, le moyen tiré la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour le même motif, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure contestée sur la vie privée et familiale de l'intéressée doit être écarté. Enfin, elle ne peut utilement faire valoir, pour soutenir que ces stipulations ont été méconnues, que son époux est demandeur d'asile en France alors que le préfet soutient dans son mémoire en défense de première instance, sans être contredit, que le mari de Mme A D fait lui aussi l'objet d'une obligation de quitter le territoire.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme A D est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu de la rejeter en application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions à fin d'injonction.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 9 octobre 2023.

Le président de la 3ème chambre,

I. LUBEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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