vendredi 15 mars 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-22PA00149 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | JAMAIS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Paris de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 34 914,13 euros en réparation du préjudice matériel et moral qu'il estime avoir subi en raison de la privation de traitement et d'affectation sur la période du 3 mai 2018 au 13 juin 2019 inclus.
Par un jugement n° 1913124 du 12 novembre 2021, le tribunal a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2022, M. B, représenté par Me Jamais, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement n° 1913124 du 12 novembre 2021 du tribunal administratif de Paris ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser les sommes de 29 914,13 euros, à titre d'indemnisation de son préjudice matériel, et de 5 000 euros, à titre d'indemnisation de son préjudice moral ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les motifs du jugement attaqué sont entachés d'erreur de droit et de dénaturation des pièces soumises à l'apréciation du tribunal ;
- en s'abstenant de lui proposer une nouvelle affectation ou un reclassement compatible avec les restrictions imposées par son contrôle judiciaire, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- en le privant de traitement pour une absence de service fait qui ne lui est pas exclusivement imputable, l'administration a également commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- en l'absence de condamnation pénale prononcée à son encontre, la privation de traitement subie du 3 mai 2018 au 13 juin 2019 constitue un préjudice anormal et spécial de nature à lui ouvrir droit à indemnisation sur le terrain de la rupture du principe d'égalité des citoyens devant les charges publiques ;
- son préjudice matériel s'élève à 29 914,13 euros ;
- il a subi un état de stress permament et des troubles conséquents dans ses conditions d'existence, justifiant l'allocation d'une indemnité de 5 000 euros au titre de son préjudice moral.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que les indemnités susceptibles d'être allouées à M. B soient ramenées à de plus justes proportions.
Il fait valoir, à titre principal, que M. B n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de l'Etat et, à titre subsidiaire, que les indemnités qu'il sollicite sont surévaluées, en ce qu'elles ne tiennent compte ni du délai raisonnable dont disposait l'administration pour régulariser sa situation, ni de la circonstance qu'il a attendu près de onze mois pour se manifester auprès de l'autorité administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marjanovic ;
- et les conclusions de M. Perroy, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 24 mai 2018, le préfet de police a informé M. B, gardien de la paix titulaire, affecté à la circonscription de sécurité de proximité du 17ème arrondissement de la direction territoriale de la sécurité de proximité de Paris, qu'il était privé de traitement à compter du 3 mai 2018, date à laquelle la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a confirmé son placement sous contrôle judiciaire pour des faits reprochés de trafic d'influence passif et de corruption passive et lui a fait interdiction d'exercer l'activité professionnelle de fonctionnaire de police. Estimant avoir été illégalement privé de traitement entre le 3 mai 2018 et le 13 juin 2019, date à laquelle il a reçu notification de l'arrêté du 12 mai 2019 par lequel le préfet de police l'a informé de la suspension de ses fonctions, M. B a demandé au tribunal administratif de Paris de condamner l'Etat à lui verser une indemnité d'un montant global de 34 914,13 euros en réparation des préjudices matériel et moral subis. Il relève régulièrement appel du jugement du 12 novembre 2021 par lequel le tribunal a rejeté cette demande.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. Hormis dans le cas où les juges de première instance ont méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à eux et ont ainsi entaché leur jugement d'irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels les juges de première instance se sont prononcés sur les moyens qui leur étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Par suite, M. B ne peut, en tout état de cause, utilement soutenir que le jugement attaqué serait entaché d'erreurs de droit et de dénaturation des pièces soumises à l'appréciation du tribunal.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
3. Si tout fonctionnaire en activité tient de son statut le droit de recevoir, dans un délai raisonnable, une affectation correspondant à son grade, il en va différemment en cas d'interdiction lui étant faite d'exercer ses fonctions résultant d'un contrôle judiciaire, laquelle n'impose pas à l'administration, en l'absence de demande en ce sens de l'intéressé, de rechercher à l'affecter dans un autre emploi compatible avec cette interdiction. Dans cette hypothèse, en l'absence de service fait et indépendamment de toute action disciplinaire, l'administration peut légalement interrompre le versement de son traitement. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'absence de service fait consécutive à l'" interdiction d'exercer l'activité professionnelle de fonctionnaire de police " prononcée à son encontre, le 3 mai 2018, par la cour d'appel de Paris, ne lui serait pas exclusivement imputable, ni que l'Etat aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité en s'abstenant, après le prononcé de cette interdiction, de lui proposer une nouvelle affectation ou un reclassement compatible avec elle.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
4. La responsabilité de la puissance publique peut se trouver engagée, même sans faute, sur le fondement du principe d'égalité des citoyens devant les charges publiques, lorsqu'une mesure légalement prise a pour effet d'entraîner, au détriment d'une personne physique ou morale, un préjudice grave et spécial, qui ne peut être regardé comme une charge lui incombant normalement.
5. La charge supportée par M. B du fait de l'interruption, pour les raisons exposées ci-dessus, de son traitement du 3 mai 2018 au 13 juin 2019 ne présente pas le caratère d'un préjudice anormal et spécial de nature à engager la responsabilité sans faute de l'Etat sur le terrain de la rupture d'égalité des citoyens devant les charges publiques.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Vinot, présidente de chambre,
- M. Marjanovic, président assesseur,
- M. Dubois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.
Le rapporteur,
V. MARJANOVICLa présidente,
H. VINOT
La greffière,
E. VERGNOL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 22PA00149
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026