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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA00755

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA00755

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA00755
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSINGH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C H a demandé au Tribunal administratif de Paris d'annuler les décisions du 16 décembre 2021 par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

par un jugement n° 2127546/3-1 du 19 janvier 2022, le Tribunal administratif de Paris a annulé les décisions du préfet de police, lui a enjoint de réexaminer la situation de M. H dans un délai d'un mois et a mis à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Procédure devant la Cour :

par une requête enregistrée le 17 février 2022, le préfet de police demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du 19 janvier 2022 du Tribunal administratif de Paris ;

2°) de rejeter la demande présentée par M. H devant ce Tribunal.

Il soutient que :

- c'est à tort que le Tribunal administratif de Paris a accueilli le moyen tiré de ce que le droit à être entendu de l'intéressé aurait été méconnu ;

- les autres moyens soulevés par M. H en première instance ne sont pas fondés.

par un mémoire en défense enregistré le 28 novembre 2022, M. H, représenté par Me Charlotte Singh conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. H a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du Tribunal judiciaire de Paris du 22 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme TOPIN a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C H, alias G, ressortissant algérien né le 27 novembre 2003, est entré irrégulièrement en France en juin 2021 selon ses déclarations. Il a fait l'objet d'un placement provisoire à l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance du juge des enfants du Tribunal des enfants de Paris en date du 5 juillet 2021 puis, à compter de sa majorité le 27 novembre 2021, a été pris en charge par la ville de Paris en qualité de jeune majeur. par un jugement du 19 janvier 2022, dont le préfet de police relève appel, le Tribunal administratif de Paris, après avoir admis M. H au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, a annulé les décisions du préfet du 16 décembre 2021 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, lui a enjoint de réexaminer la situation de M. H dans un délai d'un mois et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, et a mis à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Le préfet de police doit être regardé comme demandant l'annulation des articles 2, 3 et 4 de ce jugement.

Sur le moyen d'annulation retenu par le Tribunal administratif :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". En vertu de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il découle de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, et se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit implique ainsi que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition de M. H par les services de police en date du 20 décembre 2021, que l'intéressé a été entendu sur sa situation administrative et familiale et a été mis en mesure de présenter des observations. S'il ressort de ce procès-verbal que l'intéressé n'a pas été informé de la mesure d'éloignement envisagée, M. H ne justifie toutefois pas qu'il a été privé, du fait de l'absence de cette information, de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision en litige, alors au demeurant qu'il a expressément indiqué être en situation irrégulière, ne pas avoir déposé de demande de titre de séjour et envisager de rentrer dans son pays. par suite, c'est à tort que le magistrat désigné par le président du Tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du 16 décembre 2021 au motif qu'il avait été pris en méconnaissance du principe général du droit d'être entendu.

4. Il appartient toutefois à la Cour, saisie par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. H.

Sur les autres moyens invoqués par M. H :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

5. par un arrêté n° 2021-00991 du 27 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris, le préfet de police a donné délégation à Mme E D, adjointe au chef de section des reconduites à la frontière, pour signer les obligations de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de destination et toutes les décisions relevant de ses attributions. par suite, le moyen tiré de ce que les décisions contestées auraient été prises par une autorité incompétente doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

6. En premier lieu, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet a visé les textes dont il a fait application, notamment les articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et décrit les éléments de fait sur lesquels il s'est fondé, en particulier les conditions d'entrée et de séjour de M. H sur le territoire français. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre à l'intéressé de comprendre les motifs de l'obligation de quitter le territoire français à la seule lecture de l'arrêté. De même, il ne ressort ni des mentions de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier, que cette décision n'aurait pas été prise au terme d'un examen particulier de sa situation personnelle. par suite, M. H n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée et serait entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français :/ 1° L'étranger mineur de dix-huit ans ;() ".

8. Il ressort des pièces du dossier et en particulier de l'ordonnance du 5 juillet 2021 du Tribunal des enfants de Paris que M. H est né le 27 novembre 2003. Il était par suite majeur à la date de la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention franco-algérienne : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : ()5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

10. M. H n'établit pas les liens allégués en France, pays dans lequel il avait séjourné six mois à la date de la décision attaquée. Il ne justifie pas non plus d'une insertion scolaire ou professionnelle dans la société française. Il a par ailleurs manifesté, lors de son audition par la police, sa volonté de ne pas s'établir en France ainsi qu'il a été dit au point 3. Il n'est pas suite pas fondé à soutenir qu'il pourrait prétendre au bénéfice d'un titre de séjour de plein droit faisant obstacle à ce que le préfet prenne à son encontre une obligation de quitter le territoire français ou qu'il ne pouvait faire l'objet d'une telle décision avant l'expiration d'un délai de deux mois après sa majorité.

11. Pour les motifs exposés au point 10., le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus d'un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit aux points 2. à 11. du présent arrêt, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, à l'encontre de la décision refusant un délai de départ volontaire, ne peut qu'être écarté.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants ()3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".

14. Il ressort de la décision attaquée que le préfet de police a considéré que l'intéressé était susceptible de se soustraire à l'obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il ne justifiait pas d'une résidence effective et permanente. par suite, M. H n'est pas fondé à soutenir que le délai de départ volontaire ne pouvait pas lui être refusé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, pour le motif exposé au point 12., le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

16. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

17. M. H n'établit pas qu'il serait soumis à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit par suite être écarté.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

18. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit aux points 12. à 14. du présent arrêt, la décision portant refus de délai de départ volontaire n'étant pas illégale, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, ne peut qu'être écarté.

19. En second lieu, M. H n'établit pas les liens allégués en France, pays dans lequel il a séjourné six mois à la date de la décision attaquée. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir que cette décision porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée, l'intéressé ayant au surplus indiqué, lors de son audition que ses parents ainsi que son frère résident en Algérie.

20. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de police est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le Tribunal administratif de Paris a annulé ses décisions du 16 décembre 2021, lui a enjoint de réexaminer la situation de M. H dans le délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps du réexamen, et a mis à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros. Les articles 2, 3 et 4 de ce jugement doivent dès lors être annulés et la demande présentée par M. H devant ce Tribunal ainsi que ses conclusions d'appel doivent être rejetée, ensemble ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : Les article 2, 3 et 4 du jugement n° 2127546/3-1 du 19 janvier 2022 du Tribunal administratif de Paris sont annulés.

Article 2 : La demande présentée par M. H devant le Tribunal administratif de Paris ainsi que ses conclusions d'appel sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. C H.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

- Mme Brotons, président de chambre,

- Mme Topin, président assesseur,

- M. Magnard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le rapporteur,

E. TOPINLe président,

I. BROTONS

Le greffier,

C. MONGIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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