Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA00977

jeudi 31 mars 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA00977
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Par un jugement n°2115878 du 2 février 2022, la magistrate désignée du tribunal administratif a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 2 mars 2022, M. A, représenté par Me Sfez, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif ;

2°) d'annuler l'arrêté par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois suivant l'arrêt à intervenir, et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé ;

4°) de mettre à la charge de l'état une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché son arrêté d'une erreur de fait,

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Par un arrêté du 19 novembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. A, ressortissant marocain né le 26 février 1989, à quitter sans délai le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, la décision attaquée, après avoir visé le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment ses articles L. 311-1 et L. 611-1 et suivants, mentionne que le requérant, s'il a déclaré vivre en France depuis le 2 février 2018, n'a pas été en mesure de présenter de document transfrontière au moment de son interpellation et n'a pu justifier être entré régulièrement en France, qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, enfin qu'il n'a engagé aucune démarche administrative pour régulariser sa situation. La décision contestée mentionne également que M. A exerce une activité professionnelle alors qu'il ne détient pas de titre de séjour l'autorisant à travailler. Par ailleurs, après avoir visé l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la décision relève que le requérant, s'il indique être marié et père d'un enfant, n'en justifiait pas, pas plus que de l'existence de liens personnels et familiaux en France ou de l'absence d'attaches dans son pays. L'arrêté en litige comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui la fondent. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, si M. A soutient qu'il a tenté à plusieurs reprises d'obtenir un rendez-vous pour déposer une demande de titre, il ne l'établit pas en se bornant à produire une capture d'écran du portail internet de la préfecture en date du 13 janvier 2022. De même, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Saint-Denis a pris en compte la circonstance que M. A indique travailler depuis l'année 2019. Il ne ressort ainsi ni des pièces du dossier ni de la décision attaquée que celle-ci serait entachée d'un défaut d'examen de la situation particulière du requérant.

5. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que le préfet n'a pas commis d'erreur de fait en considérant que le requérant n'a pas démontré sa volonté de régulariser sa situation. Par ailleurs, si M. A fait valoir que contrairement à ce qui est indiqué dans l'arrêté attaqué, il disposait d'un document transfrontière justifiant de son entrée régulière sur le territoire, cette erreur de fait demeure toutefois sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors que le requérant s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire à l'expiration de son visa et qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur de fait.

6. Si M. A fait valoir qu'il réside sur le territoire français depuis 2018, qu'il fait état

d'une insertion professionnelle depuis le mois d'avril 2019, enfin que sa cellule familiale se situe en France, puisqu'il est marié et père d'un enfant. Les documents versés au dossier ne permettent cependant pas d'établir le caractère continu de sa résidence alléguée sur le territoire français. S'il se prévaut de la présence de sa compagne et de leur enfant né en France, celle-ci est en situation irrégulière et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine et alors en outre que ne sont pas établies l'existence de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses en France et l'absence d'attache familiale au Maroc. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il n'a pas non plus entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie sera adressée, pour information, au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 31 mars 2021.

Le président,

T. CELERIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°22PA00977

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