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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA02236

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA02236

mardi 9 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA02236
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantNOMBRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2127073 du 22 février 2022, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 mai 2022 et le 12 janvier 2023, M. B, représenté par Me Nombret, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision du 13 avril 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 1er septembre 2023, la présidente de la Cour administrative d'appel de Paris a désigné M. d'Haëm, président assesseur à la 6ème chambre, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les magistrats " ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, ressortissant algérien, né le 16 avril 1988 et entré en France, selon ses déclarations, le 4 décembre 2019, a sollicité, le 18 février 2021, la délivrance d'un titre de séjour pour raison de santé. Par un arrêté du 16 juillet 2021, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B fait appel du jugement du 22 février 2022 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. D'une part, pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de police s'est fondé, notamment, sur l'avis du 2 juin 2021 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), lequel a estimé que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Pour contester cette appréciation, M. B, qui est pris en charge en France pour une cardiopathie congénitale nécessitant un traitement médicamenteux ainsi qu'un suivi régulier, fait valoir qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement dans son pays d'origine de ce traitement et de ce suivi, eu égard, notamment, à la particularité de ce dernier, à l'indisponibilité de certains des médicaments qui lui sont prescrits en France, au coût de ces médicaments en Algérie et à sa propre situation financière. Toutefois, ni la seule référence à un article de l'OSAR de septembre 2018 sur le système de santé prévalant en Algérie, ni les différents documents d'ordre médical produits, notamment un certificat médical du 7 janvier 2020 d'un cardiologue algérien, qui se borne à indiquer la nécessité d'" une prise en charge chirurgicale ne pouvant être pratiquée en Algérie ", un certificat médical établi le 23 avril 2021 par un cardiologue de l'hôpital Marie-Lannelongue du groupe hospitalier Paris Saint-Joseph, se bornant à faire état de la nécessité d'un " suivi très régulier " au centre de référence français des cardiopathies congénitales complexes de cet hôpital, un certificat médical du 6 mars 2022 du même cardiologue algérien, qui indique, sans autres précisions, que M. B présente une complication qui ne peut être prise en charge en Algérie, un compte rendu d'échographie transthoracique congénitale réalisé en France le 14 mars 2022, qui mentionne un état de santé " stable " de l'intéressé et " un prochain contrôle dans six mois ", et, en dernier lieu, un certificat médical établi le 12 janvier 2023 par une cardiopédiatre de l'hôpital Marie-Lannelongue, se bornant à indiquer, sans autres précisions, " qu'aucun suivi, ni traitement chirurgical ne peut être réalisé en Algérie ", ne sauraient suffire, compte tenu, notamment, des termes dans lesquels ces certificats médicaux sont rédigés et en l'absence de tout autre élément circonstancié et objectif, en particulier sur la particularité ou spécificité de la prise en charge dont l'intéressé bénéficie en France, de nature à contredire l'appréciation du collège de médecins de l'OFII et les informations fournies en défense par le préfet sur l'existence de différents services en cardiologie en Algérie, pour démontrer qu'il ne pourrait pas effectivement bénéficier d'une telle prise en charge ou du suivi médical dont il a besoin dans son pays d'origine, où, d'ailleurs, il a été suivi, pour sa pathologie, durant de nombreuses années, comme l'attestent certains des documents médicaux produits. En outre, le requérant ne fournit aucun élément probant permettant de considérer qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement médicamenteux approprié à sa pathologie en Algérie. Sur ce point, les documents produits en appel par l'intéressé et présentés comme étant six attestations de pharmacies algériennes, non datées, pour la plupart non signées et qui se bornent à mentionner deux ou trois des médicaments qui lui sont prescrits en France, avec la mention " non disponible ", ne revêtent, eu égard, notamment, à la facture de ces documents, aucune valeur probante. De même, le courriel du 15 décembre 2021 qui indique l'absence de commercialisation de la spécialité Bisoprolol Biogaran en Algérie, soit un bêtabloquant, ne saurait suffire à démontrer que M. B ne pourrait pas disposer en Algérie d'un médicament ayant les mêmes propriétés. Enfin, le requérant, qui a travaillé en Algérie, n'apporte aucun élément suffisant et probant sur le coût d'une prise en charge médicale adaptée à sa pathologie en Algérie, ni, en tout état de cause, sur ses propres ressources ou sur celles des membres de sa famille résidant dans ce pays, notamment ses parents et ses deux sœurs, qui pourraient éventuellement le prendre en charge. Dans ces conditions et en l'absence de tout autre élément précis et objectif de nature à démontrer l'existence de circonstances faisant obstacle à ce que M. B bénéficie effectivement d'une prise en charge médicale appropriée à sa pathologie dans son pays d'origine, le préfet de police, en se fondant sur l'avis émis le 2 juin 2021 par le collège de médecins de l'OFII et en refusant de lui délivrer un titre de séjour pour raison de santé, n'a commis aucune erreur d'appréciation de la situation de l'intéressé au regard des stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

4. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 3, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de M. B justifierait son admission au séjour ou qu'il ne pourrait pas effectivement bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée à sa pathologie dans son pays d'origine. En outre, l'intéressé ne peut se prévaloir que d'une durée de séjour relativement courte sur le territoire français à la date de la décision attaquée, soit le 16 juillet 2021. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune vie familiale, ni d'aucune insertion professionnelle en France. Enfin, il n'établit, ni n'allègue d'ailleurs, qu'il serait dépourvu de toute attache en Algérie où résident notamment ses parents et ses deux sœurs et où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de trente-et-un ans, de sorte qu'il y dispose d'attaches personnelles et familiales au moins aussi fortes qu'en France, ni qu'il serait dans l'incapacité de s'y réinsérer ou qu'il y serait privé de tout accompagnement ou aide pour le suivi dont il a besoin. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision portant refus de titre de séjour en litige sur sa situation personnelle doit être également écarté.

5. Enfin, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, ne peut qu'être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, il y a lieu de la rejeter en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles portant sur les frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de police.

Fait à Paris, le 9 juillet 2024.

Le président assesseur de la 6ème chambre,

R. d'HAËM

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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