mercredi 25 octobre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-22PA02396 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société Nouméa Renting a demandé au Tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie de prononcer la décharge des rappels de taxe de solidarité sur les services (TSS) auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er avril au 30 septembre 2018 pour un montant total de
14 220 607 francs CFP.
Par un jugement n° 2100267 du 24 mars 2022, le Tribunal administratif de
Nouvelle-Calédonie a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 mai et 24 octobre 2022, la société Nouméa Renting, représentée par Me Pierre Carcelero, Me Julie Bazin et Me Frédéric Agez, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement du 24 mars 2022 du Tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie ;
2°) de prononcer la décharge des rappels de TSS qui lui ont été assignés au titre de la période du 1er avril au 30 septembre 2018 ainsi que leur restitution pour un montant global de 14 220 607 F CFP ;
3°) de mettre à la charge du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie une somme de
5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les locations " simples " d'une durée égale ou supérieure à deux ans, non assorties d'une faculté d'achat pour le preneur et n'intégrant pas de rémunération financière, doivent nécessairement être considérées comme entrant dans le champ d'application de l'exonération intégrale de TSS ;
- les débats préparatoires ne permettent pas de réputer constituer des intérêts taxables une fraction du prix économiquement équivalente à la rémunération sous forme d'intérêt qu'aurait perçu le prêteur dans le cadre d'un contrat de financement si le contrat conclu ne constituait pas une location ;
- les contrats de location de plus de deux ans ne peuvent être qualifiés de contrats de location-financement ;
- les loyers perçus à ce titre ne sauraient donc se voir artificiellement décomposés avec pertinence en capital et en intérêts ;
- les contrats de location d'une durée égale ou supérieure à deux ans résiliés avant leur terme peuvent bénéficier de l'exonération de TSS prévue par l'article Lp. 918 J, 11° du code des impôts de la Nouvelle-Calédonie applicable pour les contrats conclus pour une durée supérieure ou égale à deux ans.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2022, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, représenté par la SARL Cabinet Briard, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société requérante de la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 du 19 mars 1999 modifiée et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999, relatives à la Nouvelle-Calédonie ;
- le code des impôts de la Nouvelle-Calédonie ;
- le code de justice administrative dans sa rédaction applicable en Nouvelle-Calédonie.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Magnard,
- les conclusions de M. Segretain, rapporteur public,
- les observations de Me Carcelero, représentant la SA Nouméa Renting et de Me Masquart, représentant le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
Considérant ce qui suit :
1. La SA Nouméa Renting exerce en Nouvelle-Calédonie une activité de location de véhicules automobiles sous la forme de location de longue durée sans option d'achat. A la suite d'une vérification de comptabilité, l'administration a mis à sa charge des rappels de taxe de solidarité sur les services au titre de la période du 1er avril au 30 septembre 2018, d'un montant de 14 220 607 francs CFP. La SA Nouméa Renting relève appel du jugement par lequel le Tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie a refusé de prononcer la décharge de ces impositions.
2. Il résulte de l'instruction que la SA Nouméa Renting a enregistré dans sa comptabilité, au titre de la période du 1er avril au 30 septembre 2018, des sommes correspondant à des frais perçus lors de la location de véhicules automobiles sous la forme de location de longue durée sans option d'achat, sur lesquels elle n'a pas collecté de taxe de solidarité sur les services.
3. Aux termes de l'article Lp. 918 du code des impôts de Nouvelle-Calédonie, dans sa rédaction applicable à la période d'imposition en litige : " I. Sont soumises à la taxe les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ()
III- Sont notamment considérés comme des prestations de services, cette liste n'étant pas limitative : () - les locations de biens meubles corporels tels qu'animaux, véhicules, matériels, () ". Aux termes de l'article Lp. 918 J de ce code : " Sont exonérées de la taxe : () 11°) les locations de longue durée de biens meubles corporels, à l'exception de la partie correspondant aux intérêts et commissions dès lors que le contrat de location qui unit le propriétaire de l'immobilisation à l'utilisateur a une durée minimale de deux ans ". Par ailleurs, aux termes de l'article Lp. 919 du même code : " Le fait générateur de la taxe se produit au moment où la prestation de service est effectuée. La taxe est exigible lors de la réalisation du fait générateur () ".
4. La société requérante soutient, en premier lieu, que les sommes perçues en application des contrats de location de plus de deux ans n'incluent en aucune manière une part d'intérêts devant être soumis à la taxe de solidarité sur les services en application des dispositions du 11° de l'article Lp. 918 J du code des impôts de la Nouvelle-Calédonie, dans la mesure où les locations de longue durée sont des opérations sans option d'achat à l'issue du contrat et que, contrairement à ce qu'indique l'administration, ces contrats ne peuvent être qualifiés de contrats de
location-financement qui transfèreraient au preneur la quasi-totalité des risques et avantages inhérents à la propriété d'un actif. La société requérante fait valoir par ailleurs qu'il n'est pas envisageable de décomposer artificiellement les loyers perçus en capital et intérêts, d'autant plus que les contrats en cause ne comportent aucune dimension financière et se limitent à prendre en compte, comme dans tout contrat de location simple, une marge commerciale, et que l'administration ne pouvait ainsi se fonder sur l'existence d'un taux d'intérêt implicite qui ne correspond en fait qu'à la marge de la société.
5. Il résulte des dispositions claires du 11° de l'article Lp. 918 J du code des impôts que, s'agissant des locations de longue durée, seuls peuvent être soumis à la TSS les intérêts et commissions. Or il ne résulte pas de l'instruction que les loyers perçus par la société requérante comportent une part correspondant à des intérêts ou commissions. La seule circonstance qu'il résulte des débats au Congès, lors de l'examen en séance, le 27 janvier 1994, de la modification de l'article 742 du code territorial des impôts de la Nouvelle-Calédonie relatif à la TGPS, dont les dispositions du 11° de l'article Lp. 918 J constituent la reprise, que la Nouvelle-Calédonie a entendu soumettre à cette taxe à la fois les contrats de crédit-bail, de location avec option d'achat ou de location de longue durée portant sur des biens meubles, tels que les véhicules, sans faire de distinction entre ces différents contrats, ne saurait autoriser l'administration fiscale à décomposer les loyers perçus en capital et en intérêts et commissions, dès lors qu'il n'est ni établi, ni même allégué par la Nouvelle-Calédonie, que le contrat conclu puisse être regardé comme un prêt. La société requérante est, dès lors, fondée à soutenir qu'elle pouvait bénéficier de l'exonération de taxe de solidarité sur les services prévue à l'article Lp. 918 J du code des impôts de la Nouvelle-Calédonie.
6. La société requérante soutient, en deuxième lieu, que les contrats de location conclus pour une durée supérieure ou égale à deux ans mais résiliés avant terme ne sauraient être soumis à la taxe de solidarité sur les services dès lors que le fait générateur de cette taxe doit s'apprécier en fonction du terme prévu à l'origine. Il résulte des dispositions claires du 11° de l'article Lp. 918 J du code des impôts que, s'agissant de locations de longue durée, seules peuvent être soumis à la TSS les intérêts et commissions dès lors que le contrat de location qui unit le propriétaire de l'immobilisation à l'utilisateur a une durée minimale de deux ans. La circonstance qu'en raison d'une résiliation anticipée, la location ne s'est pas étendue sur une durée supérieure à deux ans, ne saurait affecter la nature du contrat au cours de la période où il était encore en exécution. La société requérante est dès lors fondée à soutenir qu'elle pouvait bénéficier de l'exonération de la taxe de solidarité sur les services pour les contrats conclus pour une durée supérieure ou égale à deux ans mais résiliés avant terme.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la société Nouméa Renting est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le Tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie a rejeté sa demande. Il y a par suite lieu de prononcer la décharge des rappels de TSS qui lui ont été assignés au titre de la période du 1er avril au 30 septembre 2018, de mettre dans les circonstances de l'espèce à la charge de la Nouvelle-Calédonie la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions de la Nouvelle-Calédonie présentées sur ce fondement.
DECIDE :
Article 1er : Le jugement n° 2100267 du 24 mars 2022 du Tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie est annulé.
Article 2 : La société Nouméa Renting est déchargée des rappels de taxe de solidarité sur les services qui lui ont été assignés au titre de la période du 1er avril au 30 septembre 2018.
Article 3 : La Nouvelle-Calédonie versera à la société Nouméa Renting la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à la société Nouméa Renting et au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Brotons, président de chambre,
- M. Magnard, premier conseiller,
- Mme Fullana, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.
Le rapporteur,
F. MAGNARDLe président,
I. BROTONS
Le greffier,
C. MONGIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 22PA02396
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026