vendredi 8 décembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-22PA02580 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET OFFICIO AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Paris de condamner le Centre des monuments nationaux (CMN) à lui verser une somme totale de 505 395 euros en réparation des préjudices qu'il a subis du fait des fautes commises par cet établissement public.
Par un jugement n° 1909040 du 7 avril 2022, le tribunal administratif de Paris a condamné le CMN à verser à M. B la somme correspondant à la différence entre les salaires qu'il a perçus et ceux qu'il aurait dû percevoir en qualité d'agent de catégorie B du mois de janvier 2015 au mois de novembre 2017 ainsi que la somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice moral et a rejeté le surplus de sa demande indemnitaire.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et un mémoire ampliatif, enregistrés les 6 juin 2022 et 24 avril 2023, M. B, représenté par Me Batôt, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement n° 1909040 du 7 avril 2022 du tribunal administratif de Paris en tant qu'il n'a pas fait droit à l'intégralité de ses conclusions indemnitaires ;
2°) de condamner le CMN à lui verser la somme de 505 395 euros en réparation des préjudices subis du fait des fautes commises par cet établissement ;
3°) de mettre à la charge du CMN une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la régularité du jugement :
- il est irrégulier pour n'avoir pas répondu au moyen, qui n'était pas inopérant, tiré de l'illégalité de son recrutement comme agent public pour l'exercice d'une activité exclusivement privée, dédiée à l'organisation d'événements par des organisations à but lucratif ;
- à tout le moins, le moyen a été écarté sans que soit satisfaite l'obligation de motivation portée par l'article L. 9 du code de justice administrative.
En ce qui concerne le bien-fondé du jugement :
- son contrat de travail était illégal en tant qu'il ne prévoyait pas l'exercice de missions de service public mais de missions exclusivement dévolues à l'organisation de concerts par des sociétés privées ;
- ses conditions de rémunération étaient illégales dès lors qu'il aurait dû bénéficier du taux de rémunération des heures dites de mécénat prévu par le décret n° 2010-147 du 15 février 2010 ;
- en tout état de cause, le système de recrutement mis en place par le CMN crée une différence de traitement illégale entre agents publics recrutés exclusivement pour les missions d'accompagnement de sociétés tierces et les autres agents du CMN, seuls éligibles au bénéfice des heures de mécénat ;
- les illégalités fautives commises par le CMN lui ont causé des préjudices dont la réparation intégrale lui ouvre droit au versement de la somme de 505 395 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2023, le CMN, représenté par la SCP Lyon-Caen et Thiriez, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens qu'y soulève M. B ne sont pas fondés et à ce qu'il soit mis à sa charge une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le décret n° 95-239 du 2 mars 1995 ;
- le décret n° 2010-147 du 15 février 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Perroy,
- les conclusions de Mme Lescaut, rapporteure publique,
- les observations de Me Batôt pour M. B,
- et les observations de Me Brecq-Coutant pour le CMN.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a été recruté en contrat à durée déterminée par le Centre des monuments nationaux (CMN) le 8 mars 2012 pour assurer l'accueil et la surveillance lors des concerts donnés en soirée à la Sainte-Chapelle. Ce contrat a été plusieurs fois renouvelé, avant que ne lui soit proposé, le 6 octobre 2014, avec effet rétroactif au 1er juillet 2014, un contrat à durée indéterminée pour exercer les mêmes fonctions sur les sites de la Saint-Chapelle, de la Conciergerie et des Tours de Notre-Dame. M. B, qui a démissionné le 9 novembre 2017, a demandé au CMN, par courrier daté du 31 décembre 2018, de l'indemniser, à hauteur d'une somme de 505 395 euros, des préjudices qu'il a subis du fait des fautes commises selon lui par cet établissement public.
2. Par une demande du 26 avril 2019, M. B a attaqué le rejet de sa réclamation indemnitaire devant le tribunal administratif de Paris. Par un jugement n° 1909040 du 7 avril 2022, ce tribunal a accueilli la prescription quadriennale qu'opposait au requérant le CMN en ce qui concerne les préjudices antérieurs au 1er janvier 2015 et estimé que le CMN s'étant fautivement abstenu de mettre en conformité le contrat de travail de M. B avec les fonctions qui lui étaient effectivement dévolues, il y avait lieu de le condamner à verser au requérant, d'une part, une somme correspondant à la différence entre les salaires perçus entre le mois de janvier 2015 et le mois de novembre 2017 et ceux qu'il aurait perçus dans un métier dit du groupe 2 et, d'autre part, une somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice moral. Il a en revanche rejeté le surplus de la demande indemnitaire de M. B, en considérant qu'il n'entrait pas dans les prévisions du décret n° 2010-147 ouvrant droit au paiement d'heures dites de mécénat et que les autres préjudices dont il demandait réparation étaient sans lien direct et certain avec la faute commise par le CMN. M. B demande à la Cour d'annuler ce jugement en tant qu'il n'a pas fait droit à l'intégralité de ses prétentions indemnitaires.
Sur la régularité du jugement :
3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".
4. M. B soutient qu'il a contesté la légalité de son recrutement comme agent public pour une activité dédiée exclusivement à l'activité privée d'organisation de concerts dans la Saint-Chapelle par des organisations à but lucratif et que le tribunal n'a pas répondu à ce moyen qui n'était pas inopérant. Toutefois, après avoir énoncé ce moyen, les premiers juges ont estimé, au point 5 du jugement, qu'" à supposer même que le Centre des monuments nationaux ait commis une illégalité en recrutant des agents contractuels spécifiquement pour assurer cette mission, plutôt qu'en faisant appel au volontariat de ses agents et en les rémunérant en heures dites " de mécénat ", cette faute n'a causé aucun préjudice direct à M. B ". En refusant ainsi d'accueillir le moyen, auquel il a répondu contrairement à ce que soutient M. B, au motif que l'illégalité alléguée est sans lien direct et certain avec les préjudices invoqués, le tribunal, qui n'était pas saisi d'un recours en excès de pouvoir contre le contrat de travail de droit public de M. B mais d'un recours de plein contentieux indemnitaire, a suffisamment motivé le jugement attaqué au regard de l'article L. 9 du code de justice administrative. Par ailleurs et en tout état de cause, le bien-fondé de cette motivation est sans incidence sur la régularité du jugement.
Sur le bien-fondé du jugement, en tant qu'il a rejeté le surplus de la demande indemnitaire :
5. Aux termes de l'article 1er du décret du 15 février 2010 fixant les modalités de rétribution des personnels relevant du ministère de la culture et de la communication et de ses établissements publics participant à l'organisation de manifestations au profit de tiers : " Une rétribution est versée, dans les conditions prévues au présent décret, aux personnels visés à l'article 2 qui, en dehors de leurs obligations statutaires de service, collaborent à la tenue de manifestations en faveur de personnes physiques ou morales tierces aux établissements ou services, en contrepartie d'actes de mécénat ou de parrainage, de location de salles ou autres surfaces, à titre gratuit ou onéreux, ou participent à l'organisation de tournages de films ou de prises de vues ". L'article 2 du même décret dispose : " Peuvent être rétribués les personnels de toutes catégories qui exercent leurs fonctions dans les services centraux, les services déconcentrés, les services à compétence nationale ou les établissements publics nationaux relevant du ministère chargé de la culture. / Cette rétribution est exclusive des indemnités horaires pour travaux supplémentaires, fixées par le décret n° 2002-60 du 14 janvier 2002 relatif aux indemnités horaires pour travaux supplémentaire ".
6. En premier lieu, M. B soutient que l'activité induite, du fait des obligations de sécurité pesant sur les établissements recevant du public, par les autorisations d'occupation temporaire que consent le CMN sur son domaine public, ne peut légalement être exercée que par deux types de personnels, à savoir soit des prestataires privés extérieurs, dont le coût est refacturé au bénéficiaire de l'autorisation, soit des agents du Centre des monuments nationaux dans le cadre du décret n° 2010-147 du 15 février 2010, c'est-à-dire sur la base du volontariat et moyennant la rémunération avantageuse en heures dites de mécénat. Il en déduit que le CMN a procédé à un détournement des règles de gestion et des règles statutaires en le recrutant dans l'unique but d'assurer, sans avoir à faire application du décret n° 2010-147, des missions d'accueil, de surveillance et d'accompagnement de sociétés privées bénéficiant d'une autorisation pour organiser des concerts au sein de la Sainte-Chapelle. Toutefois, et alors que le requérant admet par cette argumentation qu'il n'avait pas droit, en vertu de son contrat, à des heures de mécénat dans la mesure où ces heures n'étaient pas effectuées en supplément de son service habituel, le détournement des règles de gestion statutaire qu'il invoque est, à le supposer fondé, insusceptible de lui avoir directement créé un quelconque préjudice.
7. En second lieu, M. B soutient que le CMN est fautif d'avoir méconnu le principe d'égalité entre les agents publics recrutés pour effectuer les missions d'accompagnement des sociétés organisatrices de concerts et les autres agents, qui peuvent, en complément de leur rémunération, bénéficier d'heures de mécénat en supplément de leurs obligations statutaires ou contractuelles. La différence de traitement concernant l'accès au régime de primes institué par le décret n° 2010-147 qu'invoque le requérant, qui ne trouve pas son origine dans une différence statutaire, est toutefois en lien direct avec son objet, à savoir la rémunération de fonctions exercées en-dehors des obligations statutaires de service. La différence de traitement qui en résulte entre l'une et l'autre catégorie d'agent repose ainsi sur des éléments objectifs liés aux missions de ces agents et aux conditions matérielles de leur exercice.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué du 7 avril 2022, le tribunal administratif de Paris n'a fait que partiellement droit à sa demande indemnitaire.
Sur les frais de l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le CMN, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à M. B la somme qu'il lui réclame au titre des frais exposés dans l'instance.
10. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de M. B une somme de 700 euros au titre des frais exposés dans l'instance par le CMN.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera au Centre des monuments nationaux une somme de 700 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au Centre des monuments nationaux.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Vrignon-Villalba, présidente de la formation de jugement en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative,
- M. Perroy, premier conseiller,
- M. Dubois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.
Le rapporteur,
G. PERROY
La présidente,
C. VRIGNON-VILLALBA
La greffière,
E. VERGNOL
La République mande et ordonne à la ministre de la culture ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026