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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA05437

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA05437

jeudi 11 mai 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA05437
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au Tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 11 avril 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours a fixé le pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a informé de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.

Par un jugement n° 2211292/2-2 du 16 novembre 2022, le Tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 décembre 2022 et 4 janvier 2023, M. B, représenté par Me Aurélia Pierre, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du 16 novembre 2022 du Tribunal administratif de Paris ;

2°) d'annuler l'arrêté contesté devant ce tribunal ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir, subsidiairement, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne comporte pas l'ensemble des mentions requises, qu'il n'est pas établi que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'OFII, que rien ne permet d'identifier les signatures électroniques apposées sur cet avis et que le caractère collégial de la délibération n'est pas démontré ;

- il est entaché d'erreur de fait ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, ressortissant sénégalais né le 4 juin 1982, a sollicité, le 23 novembre 2021, son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 avril 2022, le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a informé de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen. M. B relève appel du jugement n° 2211292/2-2 du 16 novembre 2022 par lequel le Tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande dirigée contre cet arrêté.

3. M. B reprend en appel certains des moyens qu'il invoquait en première instance, tirés de ce que l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de ce qu'il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, enfin, de ce qu'il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Par un jugement précisément motivé, le tribunal a écarté l'argumentation développée par M. B à l'appui de chacun de ces moyens. Il y a lieu, par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges, d'écarter les moyens ainsi renouvelés devant la Cour par le requérant, qui ne présente aucun élément de fait ou de droit nouveau par rapport à l'argumentation qu'il avait développée devant le tribunal. A cet égard, si M. B produit en appel la liste de ses rendez-vous médicaux, des articles sur le système de santé sénégalais, une attestation d'hébergement et des certificats médicaux, postérieurs à la date de la décision attaquée, attestant que son état de santé nécessite un traitement médical continu, ces éléments ne suffisent pas à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII du 16 mars 2022 selon lequel eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé sénégalais, le requérant pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à ses pathologies dans son pays d'origine.

4. Il ressort de l'avis émis le 16 mars 2022 par le collège de médecins de l'OFII, communiqué au requérant dans le cadre de l'instance devant le tribunal, que le médecin rapporteur du dossier, dont le nom est expressément mentionné, n'a pas siégé au sein du collège, le nom et la signature des trois médecins ayant émis l'avis apparaissant expressément en bas dudit avis. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis émis par le collège de médecins ne peut qu'être écarté comme manifestement infondé.

5. M. B soutient pour la première fois en appel que l'arrêté contesté est entaché d'erreur de fait dès lors que le préfet a indiqué que " le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que (son) état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité ". Toutefois, l'erreur matérielle ainsi commise par le préfet est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté dès lors que le préfet aurait pris la même décision eu égard à l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII.

6. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, notamment, l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle fait mention de faits précis relatifs à la situation de M. B, notamment les circonstances que l'intéressé " n'est pas en mesure d'attester de façon probante une ancienneté de résidence en France depuis plus de dix ans " et qu'il " ne justifie pas de l'intensité d'une vie privée et familiale sur le territoire français ". Enfin, elle précise que M. B s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement en 2019. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait fait état de circonstances humanitaires que le préfet de police aurait dû prendre en considération. Par suite, le préfet de police, qui n'est pas tenu de se prononcer sur chacun des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais seulement sur ceux qu'il entend retenir, a suffisamment motivé sa décision prononçant une interdiction de retour à l'encontre de M. B pour une durée de deux ans.

7. Pour les motifs retenus aux points 6. et 12. du jugement attaqué, doit être écarté le moyen tiré le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans serait d'erreur manifeste d'appréciation

8. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'étant entachée d'aucune des illégalités alléguées, le moyen tiré de ce que la décision de signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen serait illégale par voie d'exception ne peut être qu'écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B ne peut qu'être regardée comme manifestement dépourvue de fondement. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation du jugement et de l'arrêté contestés doivent, en application de l'article R. 222-1 précité du code de justice administrative, être rejetées. Et par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 11 mai 2023.

Le président de la 2ème chambre

de la Cour administrative d'appel de Paris,

Isabelle BROTONS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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