mercredi 15 mai 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-23PA00849 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CERVONI;Avocat1 |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A a demandé au Tribunal administratif de Paris de prononcer la décharge en droits et en pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2007 à 2014 ainsi que les majorations et intérêts de retard correspondants.
Par un jugement n° 2019869/1-1 du 29 décembre 2022, le Tribunal administratif de Paris a rejeté cette demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 février et 22 septembre 2023, M. A, représenté par Me Gilles Cervoni, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du 29 décembre 2022 du Tribunal administratif de Paris ;
2°) de prononcer la décharge des impositions litigieuses ;
3°) d'enjoindre au service de produire l'ensemble des documents qui lui ont permis de déterminer les montants des avoirs et revenus au titre des comptes bancaires HSBC détenus par les profils Stonewall Marketing Inc. et Euroinvest Interled S.R.L. et dont la propriété est prétendument attribuée à M. A ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens et la somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il était résident fiscal suisse au sens du droit suisse ;
- il n'avait pas en France son foyer, une activité professionnelle non accessoire ou le centre de ses intérêts économiques ;
- par une instruction DB 14 B-2211 n° 7 applicable jusqu'en 2012, l'administration fiscale reconnait la qualité de résident aux personnes dont la base d'imposition fédérale, cantonale et communale est supérieure à cinq fois la valeur locative de leur habitation ou à une fois et demie le prix de la pension qu'elles payent, sous réserve que la base d'imposition cantonale et communale ne s'écarte pas notablement de celle qui est déterminante pour l'impôt fédéral ;
- il avait en Suisse son foyer d'habitation permanent et son lieu de séjour principal ;
- l'année 2007 est prescrite ;
- les obligations déclaratives prévues à l'article L. 169, alinéa 4 du livre des procédures fiscales ne s'appliquent qu'à des résidents fiscaux français, ce qui n'était pas son cas, et ne concernent que les redressements qui pourraient être afférents à des avoirs non déclarés détenus par un résident fiscal français à l'étranger et non l'ensemble de ses autres revenus de source française ;
- les article L. 188 B et L. 188 C du livre des procédures fiscales doivent également être écartés dès lors qu'il n'était pas résident français et que l'administration fiscale a eu connaissance ou aurait pu avoir connaissance des irrégularités éventuellement commises par un contribuable dans le délai de prescription de droit commun ;
- il n'avait pas la propriété des comptes bancaires HSBC détenus par les profils Stonewall Marketing Inc. et Euroinvest Interled S.R.L ;
- l'ensemble des revenus générés par ce compte sont tous négatifs au titre de chaque année litigieuse ;
- les montants des avoirs et revenus déterminés par le service au titre des comptes bancaires HSBC relatifs au profil Stonewall Marketing Inc. sont erronés et ont été estimés sur la base d'informations subjectives contrairement au devoir de preuve loyale dont doit faire preuve l'administration fiscale et contrairement à l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- il incombe à l'administration de produire les pièces lui ayant permis de déterminer les bases taxées ;
- l'imposition a été établie sur la base de documents obtenus illégalement et déclarés illicite ;
- l'usage du droit de communication n'a pu rendre licite l'obtention des documents en cause ;
- les données informatiques ne lui sont pas opposables en raison d'une manipulation effectuée par l'administration ;
- l'administration fiscale n'a pas respecté le principe de loyauté dans l'administration de la preuve en utilisant des documents obtenus de manière illicite.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 août 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 26 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 12 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention du 9 septembre 1966 entre la France et la Suisse en vue d'éliminer les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune et de prévenir la fraude et l'évasion fiscales modifiée ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Magnard,
- les conclusions de M. Segretain, rapporteur public,
- et les observations de Me Cervoni, représentant M. A.
Une note en délibéré, enregistrée le 7 mai 2024, a été présentée pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Les services fiscaux ont déposé plainte le 30 novembre 2010 pour fraude fiscale à l'encontre de M. A auprès du procureur de la République du tribunal de grande instance de Lyon, sur le fondement des cas visés à l'article 1741 du code général des impôts et aux 3ème alinéa et suivants de l'article L. 228 du livre des procédures fiscales, compte tenu de l'existence de présomptions caractérisées de fraude fiscale pour la souscription de déclarations minorées en 2006, dans la mesure où M. A était présumé détenir des avoirs financiers en Suisse auprès de la banque HSBC Private Bank par l'intermédiaire de deux sociétés sises aux Iles Vierges Britanniques sous les dénominations Stonewall marketing Inc. et Européenne d'Investissement SA. Dans le cadre de cette procédure judiciaire, l'administration a, le 29 juillet 2014 et le 12 juillet 2016, fait usage de son droit de communication auprès du juge d'instruction du tribunal de grande instance de Lyon. Les services fiscaux ont en conséquence pris copie de la procédure judiciaire précitée, et, au vu des documents ainsi obtenus, ont estimé que le requérant était détenteur d'avoirs non déclarés sur des comptes bancaires en Suisse à la banque cantonale de Fribourg et à la banque HSBC et par l'intermédiaire de deux sociétés sises aux Iles Vierges britanniques dont il était un ayant-droit économique, et avait sa résidence fiscale en France au cours des années 2007 à 2014. M. A a été mis en demeure de déposer une déclaration le 26 janvier 2017 pour chacune des années concernées. Il a alors informé le 1er mars 2017 l'administration fiscale qu'il était résident fiscal de la Suisse pour ces années et a refusé de déposer ses déclarations. Le service vérificateur a mis en œuvre la procédure de taxation d'office et a adressé à l'intéressé une proposition de rectification le 18 décembre 2017. M. A a présenté ses observations. Les rectifications ayant été maintenues, les impositions correspondantes ont été mises en recouvrement le 28 novembre 2018. Par la présente requête, M. A relève appel du jugement par lequel le Tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande en décharge de l'ensemble des impositions supplémentaires auxquelles il a été ainsi assujetti au titre des années 2007 à 2014 ainsi que les majorations et intérêts de retard correspondants.
Sur la résidence fiscale de M. A :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. () ". Aux termes de l'article 4 B du même code : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : / a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal. b. Celles qui exercent en France une activité salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ; c. Celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques ". La notion de domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A est fonction du champ d'application territorial du code général des impôts. Pour l'application des dispositions du paragraphe a du 1 de l'article 4 B, le foyer s'entend du lieu où le contribuable habite normalement et a le centre de ses intérêts familiaux, sans qu'il soit tenu compte des séjours effectués temporairement ailleurs en raison des nécessités de la profession ou de circonstances exceptionnelles. Le lieu du séjour principal du contribuable ne peut déterminer son domicile fiscal que dans l'hypothèse où il ne dispose pas de foyer.
3. Il résulte de l'instruction que M. A était propriétaire, en indivision avec son épouse, d'une maison de onze pièces située au G où réside son épouse ainsi que leurs deux filles et qui jouxte l'entreprise C, dont M. A est directeur général délégué depuis le 20 avril 2007. Dans le cadre de son droit de communication, l'administration a constaté que M. A était inscrit sur les listes électorales à Villeurbanne de l'année 2007 jusqu'au 18 juillet 2016 à l'adresse de son domicile rue E, et qu'il ne figurait qu'à compter du 16 avril 2012 sur la liste électorale des français établis hors de France, qu'il avait souscrit une assurance habitation pour cette maison à son nom de l'année 1999 au 31 mars 2016, que son assurance véhicule lui a été adressée à cette adresse le 9 septembre 2010 pour une période allant jusqu'au 31 mars 2011, qu'il était toujours affilié à la sécurité sociale française jusqu'à 12 janvier 2012 et que des achats de médicaments à son bénéfice ont été effectués chaque mois de mai 2008 à juillet 2010 dans une pharmacie à Villeurbanne, qu'il n'a signalé son changement de domicile pour la Suisse à sa caisse de retraite que le 5 mai 2014, qu'il recevait toujours à son adresse à Villeurbanne les taxes foncières d'habitation du domicile rue E établies à son seul nom en 2013, 2014 et 2015 et qu'il utilisait pour l'essentiel l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry pour ses déplacements à l'étranger. Il ressort également des procès-verbaux issus de la perquisition du 12 mars 2012 que M. A était présent 273 F, avec son épouse et deux de ses filles, qu'il y disposait d'une chambre et d'un important dressing. Il résulte de l'instruction que M. A a acheté à son épouse un véhicule Mini Break le 19 avril 2011 et qu'il n'est pas établi que ce véhicule était en fait destiné à une de leurs filles. Si M. A fait valoir que les indices susmentionnés ne peuvent suffire à établir sa résidence en France au titre des années d'imposition, dès lors qu'il est divorcé religieusement et séparé de corps de son épouse depuis 2007, cette dernière résidant toujours 273 F, qu'il a quitté la France pour la Suisse à compter de novembre 2006 date à partir de laquelle il a pris à bail deux appartements successifs à Lausanne puis à Fribourg, qu'il a souscrit à l'ensemble des formalités administratives pour devenir résident fiscal de la Suisse et y paye régulièrement ses impôts depuis 2007, et qu'il a eu, au cours de la période en cause, une compagne de 2006 à 2011 résidant à Genève, il résulte des témoignages concordants recueillis au cours de l'enquête pénale, notamment auprès des salariés de l'entreprise C et des correspondants de la société au sein des banques et des compagnies d'assurances, corroborés par les éléments de fait rappelés ci-dessus, que M. A est resté le principal décideur de cette société dans les locaux de laquelle il assurait une présence régulière, et qu'il était, contrairement à l'apparence qu'il a voulu donner à l'égard de l'administration fiscale, demeuré effectivement en France auprès de sa famille. Les partenaires de la société le joignaient à un numéro téléphonique dont les investigations ont établi qu'il bornait régulièrement sur le territoire français. Les procès-verbaux relatant les interrogatoires de membres de certains de ses enfants dénotent d'ailleurs une totale incohérence entre l'affirmation générale et imprécise selon laquelle leur père était domicilié en Suisse et les explications parcellaires fournies pour expliquer la présence effective de ce dernier en France, telle qu'elle a notamment pu être établie au cours de la période notamment par des écoutes téléphoniques. Les documents produits pour justifier la résidence fiscale de l'intéressé en Suisse au cours de la période litigieuse, constat d'huissier établissant l'existence d'une prestation de déménagement, contrats téléphoniques, baux d'habitation, relevés de consommation d'électricité, documents administratifs et fiscaux établis par les autorités helvétiques, document d'adhésion à un club de bridge, s'ils confirment l'intention de M. A de se présenter comme résident fiscal en Suisse, ne permettent pas d'établir la présence effective, régulière et continue de l'intéressé dans ce pays. Les attestations produites d'institutions religieuses et d'une personne qu'il présente comme sa compagne sont très générales et peu circonstanciées et ne peuvent, dans ce contexte, être regardées comme suffisantes pour établir le caractère permanent de l'installation de M. A en Suisse. Il en est de même des attestations de salariés rédigées pour les besoins de l'instance et des tickets de caisse produits, qui n'ont pas de caractère nominatif, et ne peuvent donc justifier que les dépenses, réglées en espèces, ont été effectuées par M. A lui-même. Les pièces du dossier ne peuvent dans ces conditions établir plus qu'une présence ponctuelle en Suisse. La réalité du transfert de la résidence fiscale de M. A vers la Suisse ne résultant en tout état de cause pas de l'instruction, l'argument selon lequel il appartiendrait à l'administration d'établir, année par année, les éléments permettant de regarder M. A comme ayant son foyer en France plutôt qu'en Suisse ne peut qu'être écarté. Il suit de là que M. A, alors même qu'il aurait, au cours des années en cause effectué des déplacements professionnels en Roumanie, doit être regardé comme ayant conservé son foyer en France pendant chacune des années 2007 à 2014.
En ce qui concerne l'application de la convention fiscale franco-suisse :
4. Aux termes de l'article 4 de la convention conclue le 9 septembre 1966 entre la France et la Suisse en vue d'éliminer les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune et de prévenir la fraude et l'évasion fiscales : " 1. Au sens de la présente Convention, l'expression " résident d'un Etat contractant " désigne toute personne qui, en vertu de la législation dudit Etat, est assujettie à l'impôt dans cet Etat en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction ou de tout autre critère de nature analogue. 2. Lorsque, selon la disposition du paragraphe 1, une personne physique est considérée comme résident de chacun des Etats contractants, le cas est résolu d'après les règles suivantes : a) Cette personne est considérée comme résident de l'Etat contractant où elle dispose d'un foyer d'habitation permanent, cette expression désignant le centre des intérêts vitaux, c'est-à-dire le lieu avec lequel les relations personnelles sont les plus étroites ; b) Si l'Etat contractant où cette personne a le centre de ses intérêts vitaux ne peut pas être déterminé, ou si elle ne dispose d'un foyer d'habitation permanent dans aucun des Etats contractants, elle est considérée comme résident de l'Etat contractant où elle séjourne de façon habituelle ; () 6. N'est pas considérée comme résident d'un Etat contractant au sens du présent article : () b) Une personne physique qui n'est imposable dans cet Etat que sur une base forfaitaire déterminée d'après la valeur locative de la ou des résidences qu'elle possède sur le territoire de cet Etat ".
5. Il résulte de ce qui a été au point 3. que M. A doit être regardé comme ayant conservé au cours des années d'imposition, la France comme le lieu avec lequel ses relations personnelles sont les plus étroites. La circonstance qu'il ait été assujetti à l'impôt par les autorités fiscales helvétiques, et que sa qualité de résident suisse ne puisse être écartée sur le fondement du b du 6 de l'article 4 précité de la convention, telle qu'elle est interprétée par l'instruction DB 14 B-2211 n° 7 applicable jusqu'en 2012, est par suite dépourvue de toute portée. Par suite c'est à bon droit que l'administration fiscale a retenu que M. A était résident fiscal de France au titre des années en litige et devait y être assujetti à l'impôt à raison de l'ensemble de ses revenus, les stipulations de la convention fiscale bilatérale franco-suisse n'y faisant pas obstacle.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
6. Aux termes de l'article L. 10-0 AA du livre des procédures fiscales : " Dans le cadre des procédures prévues au présent titre, à l'exception de celles mentionnées aux articles L. 16 B et L. 38, ne peuvent être écartés au seul motif de leur origine les documents, pièces ou informations que l'administration utilise et qui sont régulièrement portés à sa connaissance () en application des droits de communication qui lui sont dévolus par d'autres textes ". Par une décision n° 2013-679 DC du 4 décembre 2013, le Conseil constitutionnel a jugé que ces dispositions ne sauraient, sans porter atteinte aux exigences découlant de l'article 16 de la Déclaration de 1789, permettre aux services fiscaux et douaniers de se prévaloir de pièces ou documents obtenus par une autorité administrative ou judiciaire dans des conditions déclarées ultérieurement illégales par le juge.
7. M. A fait valoir que les documents qui lui sont opposés, et qui ont été obtenus par l'administration par l'usage de son droit de communication, ont une origine illicite. Il résulte toutefois de l'instruction que le procureur de la République de Nice a fait procéder, le 20 janvier 2009, à une perquisition au domicile de M. D, ancien informaticien de la filiale suisse de l'établissement britannique HSBC Private Bank, soupçonné d'avoir dérobé des données de la " base client " de cet établissement. Il ne résulte pas de l'instruction que ces modalités d'obtention des pièces transmises par l'autorité judiciaire à l'administration fiscale ayant exercé son droit de communication aient été déclarées illégales par le juge compétent. Au contraire, la chambre commerciale de la Cour de Cassation a, dans sa décision du 31 janvier 2012 n° 11-13.097, refusé de constater l'illicéité de la perquisition à laquelle a procédé le procureur de la République de Nice le 20 janvier 2009. La chambre criminelle de la Cour de cassation a également, dans sa décision du 27 novembre 2013, confirmé la validité de la perquisition et de la transmission des documents obtenus à l'administration fiscale. Les informations ainsi obtenues, et qui sont opposées au contribuable dans le présent litige, ne peuvent donc être regardées comme ayant été obtenues par une autorité administrative ou judiciaire dans des conditions déclarées ultérieurement illégales par le juge, alors même qu'elles sont entrées de manière illicite en possession de M. D. La circonstance que les décisions judiciaires citées ci-dessus n'aient pas fait application des dispositions de l'article L. 10-00 AA du livre des procédures fiscales est à cet égard dépourvue de portée. L'administration était par suite, et sans manquer à son devoir de loyauté, en droit de les opposer au contribuable. La circonstance que les autorités pénales suisses auraient constaté que les données du fichier HSBC qui leur avaient été transmises par les autorités françaises n'auraient pas été exactement les mêmes que celles que ces dernières autorités auraient saisies ne saurait à elle-seule permettre de regarder les données qui sont opposées au contribuable comme dépourvues de caractère probant.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
En ce qui concerne le délai de reprise :
8. Aux termes de l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Même si les délais de reprise sont écoulés, les omissions ou insuffisances d'imposition révélées par une instance devant les tribunaux ou par une réclamation contentieuse peuvent être réparées par l'administration des impôts jusqu'à la fin de l'année suivant celle de la décision qui a clos l'instance et, au plus tard, jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ".
9. Pour l'application de l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales aux omissions ou insuffisances d'imposition révélées par une instance devant les tribunaux répressifs, seul l'engagement de poursuites, qui inclut la phase de l'instruction conduite par le juge d'instruction, doit être regardé comme ouvrant l'instance. L'ouverture d'une enquête préliminaire, en revanche, n'a pas un tel effet. Lorsque des insuffisances ou omissions d'impositions sont révélées à l'administration fiscale postérieurement à l'ouverture d'une instance, au sens de ces dispositions, le délai spécial de reprise qu'elles prévoient est applicable, alors même que les insuffisances ou omissions d'impositions sont mises en évidence par des pièces de la procédure établies au stade d'une enquête préliminaire.
10. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification notifiée à M. A le 18 décembre 2017, que le service a pu établir, en recoupant les éléments d'informations contenus dans les pièces de la procédure judiciaire obtenues dans le cadre de l'exercice de son droit de communication en 2014 et 2016, que M. A, malgré l'apparence qu'il avait entendu créer, était resté résident fiscal français depuis l'année 2007. Dans ces conditions, les insuffisances ou omissions d'imposition résultant de l'absence de déclaration par M. A des avoirs et revenus d'avoirs qu'il possédait en Suisse et dont le service n'a eu une connaissance certaine qu'après l'exercice de son droit de communication auprès des autorités judiciaires, doivent être regardées comme ayant été révélées par une instance au sens des dispositions précitées de l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales, alors même que l'administration aurait pu avoir connaissance d'irrégularités éventuellement commises par le contribuable dans le délai de reprise de droit commun. Le moyen tiré de ce que ces dispositions ne peuvent lui être opposées dès lors qu'il n'est pas résident fiscal français ne peut qu'être écarté en conséquence de ce qui a été dit aux points 2. à 5. du présent arrêt. Le délai de reprise de dix ans étant applicable en vertu des dispositions précitées de l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales, les moyens tirés de ce que l'administration ne saurait se prévaloir des dispositions de l'article L. 188 B ou du 4ème alinéa de l'article L. 169 du même livre sont sans influence sur l'issue du litige.
En ce qui concerne les impositions issues des avoirs détenus à l'étranger :
11. Le requérant, taxé d'office sur le fondement de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, supporte, en application des dispositions de l'article L. 193 du même livre, la charge de la preuve de l'exagération des impositions qu'il conteste. Il ne saurait par suite se contenter de faire valoir que les impositions ont été établies " sur la base d'informations subjectives contrairement au devoir de preuve loyale dont doit faire preuve l'administration fiscale et contrairement à l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ".
12. Il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal du 9 février 2011, que l'enquête judiciaire, au vu de plusieurs éléments d'identification concordants, tels que
l'état-civil, la pièce d'identité et l'adresse de M. A, qui figuraient sur les fiches de synthèse établies sur la base des fichiers HSBC, lesquels font le lien entre M. A et les profils clients ouverts sous les dénominations Stonewall marketing Inc. et Européenne d'Investissement SA, que M. A est le bénéficiaire des droits inscrits sur les comptes bancaires ouverts en Suisse au nom de ces sociétés. Il est constant que les données de la pièce d'identité visée par la synthèse individuelle sont conformes à celles du passeport du requérant. Par suite, au regard de l'ensemble de ces éléments, M. A, qui a d'ailleurs pu obtenir de la banque des documents relatifs au profil Stonewall marketing Inc., et qui soutient avoir utilisé des fonds en provenance de ces comptes pour le financement du projet dont il était responsable en Roumanie, doit être regardé comme ayant eu la disposition des comptes ouverts sous les dénominations indiquées ci-dessus.
13. L'administration, à partir des soldes figurant sur les comptes au 31 décembre 2005, a calculé les revenus imposables en litige selon la méthode prévue à l'article 151 du code général des impôts, en multipliant le montant de ces avoirs par la moyenne annuelle des taux de rendement brut à l'émission des obligations des sociétés privées. Il appartient à M. A, qui soutient que l'ensemble des revenus générés par le profil Stonewall Marketing Inc. sont tous négatifs au titre de chaque année en cause, d'apporter la preuve de cette affirmation. Il ne l'apporte pas en se bornant à produire des documents émanant de la Banque HSBC, dès lors d'une part que ces documents, qui ne constituent pas des relevés bancaires, et qui ne sont pas accompagnés de relevés bancaires permettant de recouper les informations qu'ils contiennent, indiquent eux-mêmes que l'intégralité et la précision des informations fournies ne sont pas garanties, et que leurs mentions ne permettent pas de s'assurer que l'intégralité des revenus susceptibles d'être encaissés sur l'ensemble des comptes bancaires ouverts sur ce profil a été prise en compte, et d'autre part que les plus-values et moins-values réalisées ne peuvent être valablement calculées et vérifiées, en absence des prix de cession unitaire, des prix d'acquisition unitaire, du nombre de titres, et de documents permettant de constater à quelle date et à quel prix les titres en cause sont entrés dans le patrimoine de M. A.
14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner la production par le ministre de documents complémentaires, que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le Tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que le requérant demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée à la direction nationale des vérifications de situations fiscales.
Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Topin, présidente,
- M. Magnard, premier conseiller,
- Mme Jayer, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.
Le rapporteur,
F. MAGNARDLa présidente,
E. TOPIN
La greffière,
C. ABDI-OUAMRANE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
7
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026