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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-23PA01197

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-23PA01197

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-23PA01197
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantKWEMO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B D et Mme C E ont demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler les arrêtés du 8 décembre 2022 par lesquels le préfet de police leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Par deux jugements no 2227136 et n° 2227138 du 20 février 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Paris a rejeté leur demande.

Procédure devant la Cour :

I. Par une requête, enregistrée le 22 mars 2023 sous le n° 23PA01197, M. D, représenté par Me Kwemo, demande à la Cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler le jugement n° 2227136 du 20 février 2023 rendu par la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Paris ;

3°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jour à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- c'est à tort que le tribunal administratif a jugé que les demandes d'asile de ses enfants devaient être regardées comme des demandes de réexamen ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations des articles 2 et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par une décision en date du 4 octobre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. D.

II. Par une requête, enregistrée le 22 mars 2023 sous le n° 23PA01198, Mme E, représentée par Me Kwemo, demande à la Cour, par les moyens déjà soulevés sous la précédente requête :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler le jugement n° 2227138 du 20 février 2023 rendu par la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Paris ;

3°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jour à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une décision en date du 7 août 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de Mme E.

Vu les autres pièces des dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant kazakh, et Mme E, ressortissante ouzbèque, nés respectivement le 18 juin 1988 et le 24 mars 1988, ont sollicité le réexamen de leur demande de protection internationale auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) sur le fondement des dispositions de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Leurs demandes ont été déclarées irrecevables par des décisions de l'OFPRA du 28 octobre 2022. Par deux arrêtés du 8 décembre 2022 le préfet de police leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Les époux D relèvent appel des jugements du 20 février 2023 par lesquels la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Paris a rejeté leur demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance : () 7° Rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement (). ".

Sur la jonction :

3. Les requêtes n° 23PA01197 et n° 23PA01198, présentées par M. D et Mme E présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par une même ordonnance.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

4. Aux termes de l'article 18 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " L'aide juridictionnelle peut être demandée avant ou pendant l'instance ". Aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédure non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

5. Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris ayant constaté la caducité des demandes d'aide juridictionnelle de Mme E en date du 7 août 2023 et de M. D en date du 4 octobre 2023, leurs conclusions tendant à ce que la Cour leur accorde provisoirement le bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.

Sur les conclusions des requêtes :

6. En premier lieu, si les époux D soutiennent que c'est à tort que le magistrat désigné par le président du tribunal administratif a jugé que les demandes d'asile présentées par les requérants au nom de leurs trois enfants mineurs devaient être regardées, non pas comme des premières demandes, mais comme des demandes de réexamen, au demeurant à caractère dilatoire de leur situation, ce moyen relève du bien-fondé du jugement et non de la régularité du jugement.

7. En deuxième lieu, en première instance, les époux D ont fait valoir que l'arrêté attaqué avait été pris par une autorité incompétente. Pour autant l'arrêté litigieux a été signé par M. A qui disposait d'une délégation de signature, en vertu d'un arrêté du 1er octobre 2022 régulièrement publié, pour les décisions relatives à la police des étrangers. En se bornant à alléguer que le signataire de la décision ne prouve pas qu'il était habilité par le préfet, les requérants ne remettent pas en cause l'appréciation portée à bon droit par la première juge. Par suite, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par la première juge au point 5 de son jugement.

8. En troisième lieu, la première juge a relevé que l'arrêté attaqué comporte l'exposé des éléments de faits propres à la situation des époux D, notamment au regard de leurs demandes d'asile, et les considérations de droit qui en constituent le fondement. Elle en a déduit que l'arrêté litigieux est ainsi suffisamment motivé, conformément aux dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En reprenant purement et simplement leur argumentation de première instance sans apporter d'éléments pertinents, les époux D ne remettent pas en cause l'appréciation portée à bon droit par la première juge. Par ailleurs, il ne ressort pas de la motivation de cette décision que le préfet aurait mal examiné la situation du requérant. Par conséquent, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés par adoption des motifs retenus au point 6 du jugement.

9. En quatrième lieu, si les époux D soutiennent qu'ils encourent des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans leurs pays d'origine, ils n'apportent aucun élément probant au soutien de leurs allégations. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En cinquième lieu, les époux D réitèrent en appel le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La magistrate désignée a relevé que leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'OFPRA par des décisions du 31 juillet 2019 et du 23 novembre 2020, qui sont définitives, et que leurs demandes de réexamen ont été considérées irrecevables par l'OFPRA le 28 octobre 2022, au motif que les faits nouveaux allégués ne modifiaient pas son appréciation antérieure. Elle en a déduit qu'à la date de l'arrêté contesté, les requérants ne bénéficiaient plus du droit de se maintenir sur le territoire français. La première juge a également relevé que les demandes d'asile, présentées par M. et Mme D au nom de leurs trois enfants mineurs, doivent être regardées comme des demandes de réexamen, bien que l'OFPRA les aient enregistrées comme des premières demandes, en procédure normale. Ces demandes ayant été rejetées par l'OFPRA le 28 octobre 2022, les époux D ne sont pas fondés à soutenir qu'ils bénéficient d'un droit à se maintenir sur le territoire jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ait statué sur les demandes d'asile de leurs enfants. La magistrate désignée a considéré que rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue au Kazakhstan, où les enfants pourront poursuivre leur scolarité. Compte-tenu de la durée et des conditions de séjour des époux D en France, la décision attaquée n'a pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En reprenant leur argumentation de première instance sans changement, les requérants ne remettent pas en cause l'appréciation portée à bon droit par la première juge au point 10 de son jugement. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention déjà mentionnée doit être écarté.

11. En dernier lieu, les époux D reprennent en appel le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. La première juge a relevé que les requérants n'étaient pas fondés à soutenir que leurs enfants bénéficient du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la CNDA ait statué sur les recours contre les décisions par lesquelles l'OFPRA a rejeté leurs demandes d'asile. En outre, elle a considéré que les intéressés ne font état d'aucun risque de persécution, autonome des risques encourus par leur famille, que leurs enfants seraient susceptibles de courir en cas de retour au Kazakhstan. En reprenant leurs argumentations de première instance, les époux D ne remettent pas en cause l'appréciation portée à bon droit par la première juge. Par suite, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs au point 11 de son jugement.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel de M. D et Mme E sont manifestement dépourvues de fondement au sens des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Elles doivent donc être rejetées dans l'ensemble de ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de se prononcer sur l'admission provisoire de M. D et de Mme E à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les requêtes de M. et Mme D sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et Mme C E, épouse D.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 9 novembre 2023

Le président-assesseur de la 9ème chambre,

J-E. SOYEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 23PA01197, 23PA011980

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