jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-23PA01627 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | FALALA;SCHMIDT, BRUNET & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A, a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2020 par lequel le maire de Paris s'est opposé aux travaux qu'elle a déclarés pour le remplacement de la devanture d'un restaurant sur un terrain situé 25, rue Vignon à Paris, et d'enjoindre au maire de Paris de prendre une décision de non-opposition à déclaration préalable dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.
Par un jugement n° 2100164 du 20 février 2023, le tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du 16 juillet 2020 du maire de de Paris.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 19 avril 2023, la Ville de Paris, représentée par Me Falala, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement n° 2100164 du 20 février 2023 du tribunal administratif de Paris ;
2°) de rejeter la demande présentée par Mme B A devant le tribunal administratif de Paris ;
3°) de mettre à la charge de Mme B A le versement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision litigieuse n'est pas entachée d'erreur d'appréciation ;
- les autres moyens présentés devant les premiers juges ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à Mme B A qui n'a pas présenté d'observations en défense.
Par ordonnance du 2 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 février 2024 à 12 heures.
Vu :
- le code du patrimoine ;
- le code des relations entre le public et les administrations ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Diémert,
- les conclusions de M. Doré, rapporteur public,
- et les observations de Me Gorse substituant Me Falala, avocat de la Ville de Paris.
Considérant ce qui suit :
1. Le 8 mai 2020, Mme B A a déposé une déclaration préalable portant sur le remplacement de l'ensemble de la devanture du restaurant occupant le rez-de-chaussée de l'immeuble cadastré BS n° 94 situé 25, rue Vignon à Paris (VIIIème arrondissement). Le 7 juillet 2020, l'architecte des Bâtiments de France, consulté sur le projet au titre de la protection des abords des monuments historiques a refusé de donner son accord au projet en considérant qu'il était de nature à porter atteinte à la conservation et à la mise en valeur des devantures de l'ancienne confiserie Tanrade et du marchand de miel Vignon situées respectivement aux 18 et 24, rue Vignon et protégées au titre des monuments historiques. Par un arrêté du 16 juillet 2020, le maire de Paris s'est opposé à la déclaration préalable en se fondant sur l'avis défavorable conforme rendu par l'architecte des Bâtiments de France. Le 9 septembre 2020, Mme A a formé un recours contre l'avis de l'architecte des bâtiments de France auprès du préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, qui a été implicitement rejeté. Mme A ayant demandé au tribunal administratif de Paris l'annulation de l'arrêté du 16 juillet 2020, cette juridiction a fait droit à sa demande
2. Aux termes de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé () dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord () de l'architecte des Bâtiments de France. ". Aux termes de l'article L. 621-32 du code du patrimoine : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. ".
3. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme, " Lorsque le projet est situé () dans les abords des monuments historiques, le demandeur peut, en cas d'opposition à une déclaration préalable () fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'opposition ou du refus. () Le délai à l'issue duquel le préfet de région est réputé avoir confirmé la décision de l'autorité compétente en cas de recours du demandeur est de deux mois à compter de la réception de ce recours. () ".
4. Il résulte de ces dispositions que le pétitionnaire doit, avant de former un recours pour excès de pouvoir contre un refus de permis de construire portant sur un immeuble situé dans le champ de visibilité d'un édifice classé ou inscrit et faisant suite à un avis négatif de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région d'une contestation de cet avis. L'avis émis par le préfet, qu'il soit exprès ou tacite, se substitue à celui de l'architecte des Bâtiments de France.
5. La régularité et le bien-fondé de l'avis de l'architecte des bâtiments de France ou, le cas échéant, de la décision du préfet de région ne peuvent être contestés qu'à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision de refus d'autorisation d'urbanisme et présenté par une personne ayant un intérêt pour agir.
6. Le préfet de région d'Île-de-France, préfet de Paris, confirmant implicitement l'avis de l'architecte des Bâtiments de France, a considéré que le projet portait atteinte à la conservation et à la mise en valeur des devantures de l'ancienne confiserie Tanrade et du marchand de miel Vignon situées respectivement aux 18 et 24, rue Vignon et protégées au titre des monuments historiques dès lors que le projet ne constituait pas une amélioration de l'état actuel et pérennisait une situation non satisfaisante et qu'il convenait de s'orienter vers un projet qui restituait une devanture au vocabulaire parisien et était cohérent avec la façade de l'immeuble.
7. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'a jugé le tribunal administratif de Paris et comme l'a relevé l'architecte des bâtiments de France, le projet litigieux ne favorise pas l'insertion de la devanture dans son environnement et conduit à pérenniser une situation non satisfaisante, dès lors, notamment, qu'il n'est pas cohérent avec la façade de l'immeuble, qu'il ne reprend aucune des nombreuses préconisations émises par l'architecte des bâtiments de France, la hauteur sous linteau n'étant pas restituée en se basant sur la porte de l'immeuble, aucune allège pleine n'étant créée sur la vitrine, et les tuiles canal vernissées et le bandeau horizontal étant maintenues.
8. Il ressort également des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'a jugé le tribunal administratif de Paris et comme l'a également relevé l'architecte des bâtiments de France, les modifications apportées par le projet à l'état existant sont de nature à porter atteinte à la conservation et à la mise en valeur des devantures de l'ancienne confiserie Tanrade et du marchand de miel Vignon dès lors que la devanture en résultant présente un caractère contemporain très différent des autres devantures de la Rue Vignon, lesquelles, en dépit de leur hétérogénéité, possèdent un aspect plus traditionnel avec lequel cette devanture ne présente aucune cohérence.
9. La Ville de Paris est donc fondée à soutenir que c'est à tort que les premiers juges ont accueilli le moyen tiré de ce que la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation. Il y a lieu pour la Cour, saisie par l'effet dévolutif de l'appel, de se prononcer sur l'autre moyen articulé, devant les premiers juges, à l'encontre de cette décision.
10. Mme A invoque la méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et les administrations dès lors que, selon elle, l'arrêté du maire de Paris du 16 juillet 2020 est entaché d'insuffisance de motivation et que la décision du préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris confirmant implicitement l'avis de l'architecte des bâtiments de France est également illégale faute d'être motivée.
11. D'une part, eu égard à la décision de l'architecte des bâtiments de France, le maire de Paris avait compétence liée pour s'opposer à la déclaration de travaux. Le moyen doit donc être écarté en tant qu'il puisse être regardé comme articulé à l'encontre de l'arrêté du 16 juillet 2020 du maire de Paris.
12. D'autre part, et alors qu'elle n'allègue même pas avoir demandé la communication des motifs de la décision implicite du préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris rejetant son recours hiérarchique, laquelle s'est substituée à l'avis de l'architecte des bâtiments de France, dans les conditions prévues par l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et les administrations, aux termes duquel : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation./ Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. ", la requérante ne peut sérieusement soutenir que cette décision serait illégale du seul fait de son caractère implicite, lequel exclut par nature qu'une motivation explicite l'accompagne. Le moyen doit donc être écarté en tant qu'il est articulé à l'encontre de la décision implicite du préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la Ville de Paris est fondée à soutenir que le jugement attaqué doit être annulé et que la demande présentée par Mme A devant le tribunal administratif de Paris doit être rejetée.
14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros à verser à la Ville de Paris sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : Le jugement n° 2100164 du 20 février 2023 du tribunal administratif de Paris est annulé.
Article 2 : La demande présentée par Mme B A devant le tribunal administratif de Paris est rejetée.
Article 3 : Mme B A versera à la Ville de Paris une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à la Ville de Paris, à Mme B A et au ministre de la culture.
Copie en sera adressée au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Lapouzade, président de chambre,
- M. Diémert, président-assesseur,
- Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 avril 2024.
Le rapporteur,
S. DIÉMERTLe président,
J. LAPOUZADE
La greffière,
Y. HERBER
La République mande et ordonne au ministre de la culture en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026