mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-23PA03073 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SARL CAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune du Blanc-Mesnil a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont elle estime avoir été victime le 6 mars 2020 et d'enjoindre à la commune de reconnaître l'imputabilité au service des troubles anxio-dépressifs en résultant.
Par un jugement n° 2112590 du 12 mai 2023, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande et mis à sa charge le versement à la commune du Blanc-Mesnil de la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et deux mémoires enregistrés le 11 juillet 2023, le 18 décembre 2023 et le 17 janvier 2024, Mme A, représentée par Me Riccardi, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Montreuil du 12 mai 2023 ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet par lequel le maire de la commune du Blanc-Mesnil a rejeté la demande d'imputabilité de ses troubles au service ;
3°) d'enjoindre à la commune du Blanc-Mesnil de reconnaître l'imputabilité de ses troubles anxio-dépressifs au service ;
4°) de mettre à la charge de la commune du Blanc-Mesnil la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les premiers juges ont insuffisamment motivé le jugement attaqué et l'ont entaché d'une omission à statuer en ce qu'ils n'ont pas indiqué les motifs qui les ont conduits à écarter l'argumentation de première instance relative à la reconnaissance d'une maladie professionnelle imputable au service ;
- les troubles anxiodépressifs dont elle a souffert doivent être reconnus comme étant imputables au service dès lors qu'ils sont notamment les conséquences de l'entretien avec son supérieur hiérarchique du 6 mars 2020 ;
- l'imputabilité au service de ses troubles a été reconnue par la commune du Blanc-Mesnil implicitement mais nécessairement, ainsi que cela ressort de son arrêté du 12 juin 2023.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, la commune du Blanc-Mesnil, représentée par Me Cazin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions tendant à l'imputabilité au service d'une maladie professionnelle sont nouvelles en appel et, par suite, irrecevables ;
- la requête d'appel est insuffisamment motivée dès lors qu'elle se borne à la reproduction littérale de ses mémoires de première instance ;
- les autres moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dubois ;
- et les conclusions de M. Perroy, rapporteur public.
- et les observations de Me Riccardi, pour Mme A, et celles de Me Benmerad, pour la commune du Blanc-Mesnil.
Une note en délibéré, présentée pour la commune du Blanc-Mesnil, a été enregistrée le 27 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ingénieur territorial principal, occupait le poste de directrice des espaces publics au sein de la commune du Blanc-Mesnil depuis le 16 septembre 2015. L'intéressée a adressé une déclaration d'accident de service en raison d'un syndrome anxiodépressif qui serait survenu à la suite d'un entretien qui s'est déroulé le 6 mars 2020 avec le directeur général adjoint en charge des ressources humaines de la commune. Le 15 mars 2021, la commission de réforme a émis un avis favorable à la demande présentée par Mme A tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident du 6 mars 2020. La commune ne s'étant pas prononcée sur l'imputabilité au service de l'accident dont se prévalait Mme A, le conseil de celle-ci lui a demandé, par courrier du 21 avril 2021, notifié le 27 mai suivant, de " reconnaître imputable au service les troubles dont elle a été victime en conséquence de son accident du 6 mars 2020 ". A défaut de réponse de la commune, une décision implicite de rejet est née le 27 juillet 2021. Mme A relève appel du jugement du 12 mai 2023 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision.
Sur la régularité du jugement :
2. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".
3. Il ressort du point 4 du jugement contesté que le tribunal a suffisamment répondu au moyen tiré de ce que l'accident intervenu lors de l'entretien le 6 mars 2020 et les troubles anxio-dépressifs qui en sont résultés doivent être regardés comme imputables au service, en retenant notamment que la requérante n'établissait pas que les propos tenus par son supérieur ou le comportement qu'il a adopté avaient excédé l'exercice normal de son pouvoir hiérarchique. Par ailleurs, à supposer que, ainsi qu'elle le soutient dans sa requête d'appel, Mme A aurait également demandé au tribunal de juger de l'imputabilité au service de sa maladie anxiodépressive, une telle argumentation était inopérante dès lors que la demande adressée par le conseil de Mme A à la commune du Blanc-Mesnil ne portait que sur le refus d'imputabilité au service d'un accident de service et non d'une maladie professionnelle. Par conséquent, le tribunal n'était pas tenu de se prononcer expressément sur ce moyen, à le supposer invoqué. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation du jugement et de l'omission à statuer dont il serait entaché ne peuvent qu'être écartés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " I.-Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service () ". Aux termes de l'article 37-1 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi
n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " Le congé prévu au premier alinéa du I de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée est accordé au fonctionnaire, sur sa demande, dans les conditions prévues par le présent titre ". Aux termes de l'article 37-2 de ce décret : " Pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire, ou son ayant-droit, adresse par tout moyen à l'autorité territoriale une déclaration d'accident de service, d'accident de trajet ou de maladie professionnelle accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits () ". Aux termes de l'article
37-9 de ce décret : " Au terme de l'instruction, l'autorité territoriale se prononce sur l'imputabilité au service et, le cas échéant, place le fonctionnaire en congé pour invalidité temporaire imputable au service pour la durée de l'arrêt de travail. / Lorsque l'administration ne constate pas l'imputabilité au service, elle retire sa décision de placement à titre provisoire en congé pour invalidité temporaire imputable au service et procède aux mesures nécessaires au reversement des sommes indûment versées () ".
5. Constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d'évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.
6. Mme A soutient que lors de l'entretien du 6 mars 2020 avec le directeur général adjoint chargé des ressources humaines de la commune du Blanc-Mesnil, elle a " reçu des brimades et fait l'objet de reproches injustifiés " lui causant par la suite des troubles anxieux et que cet entretien doit donc être regardé comme un accident de service. Toutefois, et quand bien même l'avis de la commission de réforme interdépartementale de la petite couronne du 15 mars 2021 et le rapport de l'expertise psychiatrique réalisée le 15 juin 2020 ont conclu à l'imputabilité de l'accident au service, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'au cours de cet entretien le supérieur de Mme A aurait tenu des propos ou adopté un comportement qui auraient excédé l'exercice normal de son pouvoir hiérarchique. A cet égard, mis à part le formulaire de déclaration de la victime du 9 mars 2020 dans lequel elle indique que son supérieur aurait tenu " des propos inadaptés et d'une certaine violence ", Mme A ne verse au dossier aucune autre pièce précisant le contenu de l'entretien et de nature à justifier du caractère violent ou inadapté du comportement ou des propos de son supérieur, alors que la commune fait valoir pour sa part que celui-ci n'a fait qu'évoquer les difficultés rencontrées par la fonctionnaire dans le cadre de ses missions. Par ailleurs, la circonstance que Mme A aurait ressenti " un vif état de stress, d'angoisse et de tension face à cette situation peu commune " n'est pas, par elle-même, de nature à établir qu'elle aurait été victime d'un accident de service.
7. En deuxième lieu, à supposer même qu'à l'appui de ses conclusions, Mme A entende obtenir la reconnaissance de l'imputabilité au service non plus d'un accident du travail mais d'une maladie professionnelle relative à des troubles anxieux, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée n'a formulé auprès de la commune du Blanc-Mesnil aucune demande tendant à la reconnaissance d'une maladie professionnelle sur le fondement de l'article 37-3 du décret du 30 juillet 1987, puisque dans les certificats médicaux Cerfa qu'elle a fournis dans le cadre de la procédure de demande de reconnaissance d'imputabilité, seules sont cochées les cases relatives à un accident du travail et non celles prévues en cas de maladie professionnelle. De la même manière, le rapport psychiatrique du 15 juin 2020 se détermine au regard de la seule notion d'accident du travail. Enfin, le courrier du 21 avril 2021 adressé par le conseil de la requérante à la commune du Blanc-Mesnil ne demande à celle-ci que " de reconnaître imputable au service les troubles dont elle est victime en conséquence de son accident du 6 mars 2020 ". Dans ces conditions, la requérante, qui ne s'est placée que sur le terrain de l'accident de service, ne peut utilement se prévaloir d'un climat professionnel globalement difficile ou de divers évènements de faits liés à sa carrière, étrangers à l'entretien du 6 mars 2020.
8. En troisième lieu, Mme A se prévaut de l'arrêté n° 2023.906 signé par le maire de la commune le 12 juin 2023 et notifié le 23 juin 2023 " portant fin de congé pour invalidité temporaire imputable au service " pour soutenir que la commune aurait ainsi implicitement mais nécessairement reconnu l'imputabilité de l'accident au service. Toutefois, cet arrêté ne saurait avoir cette portée ni créer des droits au profit de Mme A dès lors que, postérieur à la décision en litige, il ne vise aucune décision de placement en congé pour invalidité temporaire imputable au service et que Mme A a soutenu tout au long de la procédure contentieuse devant le tribunal administratif puis devant la Cour qu'elle n'avait pas bénéficié d'un tel congé.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les deux fins de non-recevoir opposées en défense, que Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Blanc-Mesnil, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
11. D'autre part, il y a lieu de mettre à la charge de Mme A, partie perdante dans la présente instance, une somme de 500 euros sur le fondement des dispositions précitées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Mme A versera à la commune du Blanc-Mesnil une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B A et à la commune du Blanc-Mesnil.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Marjanovic, président de la formation de jugement en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative ;
- Mme Boizot, première conseillère ;
- M. Dubois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le rapporteur,
J. DUBOIS
Le président,
V. MARJANOVIC
La greffière,
E. VERGNOL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026