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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-23PA03748

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-23PA03748

mardi 16 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-23PA03748
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantNUNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Melun d'annuler l'arrêté du 4 mai 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.

Par un jugement n° 2205613 du 20 juillet 2023, le tribunal administratif de Melun a rejeté la demande de M. A.

Par une requête, enregistrée le 17 août 2023, M. A, représenté par Me Nunes, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2205613 du 20 juillet 2023 du tribunal administratif de Melun ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2022 de la préfète du Val-de-Marne lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, Me Nunes, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, à son profit sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

En ce qui concerne le jugement attaqué :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une omission à statuer sur le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il est entaché d'une méconnaissance de l'autorité de la chose jugée et de l'article L. 11 du code de justice administrative ;

En ce qui concerne l'arrêté attaqué :

- il est insuffisamment motivé, notamment en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination ;

- il n'a pas été précédé d'un " examen réel et complet des données propres à l'affaire " ;

- il n'a pas été précédé de la consultation de la commission du titre de séjour ;

- il méconnaît l'article 13 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, signé à New York le 19 décembre 1966 ;

- il est entaché d'une " erreur manifeste d'appréciation, [d'une] exception d'illégalité, [d'une] erreur de droit, [d'une]violation des articles 6.5° et 7.b de l'Accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, [d'une violation de] L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des articles 5 et 6.4° de la Directive communautaire n° 2008/115/CE, [d'une] violation de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 " ;

- il méconnaît " la circulaire du 24 novembre 2009 " ;

- il méconnaît la chose jugée par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Paris du 6 juillet 2021 n° 20PA03639.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2023, la préfète du

Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une décision du 23 octobre 2023 le bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Paris a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dubois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1987, a sollicité, le 13 avril 2022, la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié " sur le fondement des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il relève appel du jugement n° 2205613 du 20 juillet 2023 par lequel le tribunal administratif de Melun a rejeté ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 4 mai 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être reconduit.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

3. Les premiers juges, qui n'étaient pas tenus de répondre à l'ensemble des arguments présentés à l'appui des moyens soulevés par le requérant, ont indiqué de manière suffisamment précise les motifs pour lesquels ils ont écarté ces moyens, en particulier celui tiré d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

4. En deuxième lieu, au point n° 20 de leur jugement, les premiers juges ont répondu au moyen, au demeurant inopérant, tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour. Le moyen d'omission à statuer sur ce moyen manque donc en toute état de cause en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, les moyens tirés de ce que le jugement attaqué serait entaché d'erreur de droit et d'une méconnaissance de l'autorité de la chose jugée ne concernent pas sa régularité mais son bien-fondé et sont dès lors inopérants eu égard à l'office du juge d'appel.

Sur la légalité de l'arrêté du 4 mai 2022 :

6. En premier lieu, ainsi que l'ont relevé les premiers juges au point 3 du jugement attaqué, l'arrêté préfectoral du 4 mai 2022 vise les textes qui ont présidé à son édiction, notamment l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et énonce les considérations de fait ayant conduit la préfète du Val-de-Marne à refuser à M. A la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du b de l'article 7 de cet accord. Contrairement à ce que soutient l'intéressé, il ressort des pièces du dossier que la préfète a examiné les différents fondements de la demande du requérant, notamment celui tiré de son pouvoir de régularisation. Par ailleurs, l'obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre. Enfin, l'arrêté, en tant qu'il fixe le pays de destination, vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité de l'intéressé et mentionne que ce dernier n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 précité dans le pays à destination duquel il peut être reconduit. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté du 4 mai 2022 ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, M. A réitère devant la cour le moyen, déjà énoncé devant les premiers juges, tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris sans que soit consultée la commission du titre de séjour. Toutefois, il y a lieu, en l'absence de tout élément de fait ou de droit nouveau, d'écarter ce moyen par adoption des motifs, suffisamment circonstanciés, retenus à bon droit par les premiers juges au point 20 du jugement attaqué.

8. En troisième lieu, dès lors que M. A ne résidait pas en situation régulière en France, il ne peut en tout état de cause pas se prévaloir des stipulations de l'article 13 du pacte international relatif aux droits civils et politiques. En outre, ainsi que l'ont relevé les premiers juges, si de telles stipulations régissent l'expulsion des étrangers, elles ne s'appliquent pas aux décisions portant obligation de quitter le territoire français. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté comme inopérant.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leur famille du 27 décembre 1968 : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".

10. Ainsi que l'ont relevé les premiers juges, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 26 novembre 2016 sous couvert d'un visa touristique valable du 21 novembre au 21 décembre 2016. Ne disposant ni du visa de long séjour prévu par les stipulations précitées de l'article 9 de l'accord franco-algérien, ni d'un contrat de travail visé par les services de l'emploi, il n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la préfète du Val-de-Marne a estimé, pour ces motifs, qu'il ne remplissait pas les conditions prévues à l'article 7 b) dudit accord.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () / 5. au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () "

12. M. A soutient qu'il réside depuis 2016 de manière habituelle en France, où ses parents et son frère résident en situation régulière depuis de nombreuses années, tout comme sa sœur de nationalité française. Toutefois, et ainsi que l'ont relevé à juste titre les premiers juges, M. A, célibataire et sans charge de famille, n'établit pas résider en France de manière continue depuis l'année 2016 et a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans en Algérie, en étant séparé de sa famille arrivée plusieurs années auparavant sur le sol français. S'il affirme que sa présence serait nécessaire à ses parents compte tenu des problèmes de santé dont ils souffrent, il n'établit en tout état de cause pas que sa présence à leurs côtés présenterait un caractère indispensable, alors que ceux-ci peuvent bénéficier en France du soutien de leur autre fils et de leur fille. En outre, M. A n'établit pas être dépourvu de toute attache personnelle ou familiale dans son pays d'origine. Par ailleurs, en se bornant à produire six fiches de paie attestant d'une activité professionnelle en qualité de déménageur de quelques mois seulement entre octobre 2021 et mars 2022, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulièrement ancienne, stable et aboutie sur le sol français. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard du but d'intérêt général poursuivi.

13. En sixième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui porte sur la délivrance des cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

14. D'une part, il résulte de ce qui précède que M. A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, à supposer que le requérant ait entendu soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation, il résulte de ce qui a été au point 10 que, compte tenu de sa faible intégration professionnelle sur le territoire français, laquelle n'est attestée que par la production de six fiches de paie couvrant la période d'octobre 2021 à mars 2022, et alors que M. A est célibataire et sans charge de famille, les éléments qu'il produit au soutien de sa demande ne sont pas de nature à établir que la préfète du Val-de-Marne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation en refusant de lui délivrer un certificat de résidence.

15. En septième lieu, M. A ne saurait utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 24 novembre 2009 dépourvue de caractère réglementaire et au demeurant abrogée à la date de la décision attaquée.

16. En huitième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance par l'arrêté attaqué des dispositions des articles 5 et 6.4° de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 tout comme l'affirmation selon laquelle ces dispositions n'auraient été que " très partiellement transposé[es] " en droit français n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé ni même la portée.

17. En neuvième lieu, si M. A se prévaut de l'arrêt n° 20PA03639 rendu par la cour administrative d'appel de Paris le 6 juillet 2021, cette décision, contrairement à ce qu'il soutient, ne se fonde pas sur les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mais a seulement annulé pour irrégularité le jugement n°2015898/2 du 2 novembre 2020 par lequel le magistrat désigné par le président du Tribunal administratif de Paris avait rejeté les conclusions de M. A tendant à l'annulation d'un précédent arrêté du 28 septembre 2020 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et a renvoyé l'affaire au tribunal administratif de Paris. M. A n'est ainsi pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait intervenu en méconnaissance de l'autorité de chose jugée attachée aux motifs de cet arrêt.

18. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué aurait été pris sans que la préfète du Val-de-Marne ne procède à un examen particulier de la situation de M. A.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Marjanovic, président de chambre, en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative,

- Mme Boizot, première conseillère,

- M. Dubois, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 juillet 2024.

Le rapporteur,

J. DUBOISLe président,

V. MARJANOVIC

La greffière,

E. VERGNOL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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