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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-23PA04491

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-23PA04491

mercredi 13 mars 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-23PA04491
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantALAGAPIN-GRAILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme D B, épouse A, a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 7 juin 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Par un jugement n° 2314111 du 6 octobre 2023, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête sommaire, un mémoire complémentaire et des pièces complémentaires enregistrés respectivement le 27 octobre ainsi que les 10 et 29 novembre 2023, Mme B, représentée par Me Alagapin-Graillot, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2314111 du 6 octobre 2023 du tribunal administratif de Paris ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2023 du préfet de police ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne, née le 28 décembre 1978, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle relève appel du jugement du 6 octobre 2023 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 juin 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents des formations de jugement des cours " peuvent, () par ordonnance : rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Les premiers juges, qui n'étaient pas tenus de répondre à la totalité des arguments présentés à l'appui de ses moyens par la requérante, ont indiqué de manière suffisamment précise les motifs pour lesquels ils ont écarté l'ensemble des moyens présentés par Mme B, en particulier celui tiré de ce que l'arrêté méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En second lieu, le moyen soulevé par Mme B tiré de ce que le jugement serait entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation tient au bien-fondé du jugement et non à sa régularité. Il suit de là que Mme B n'est pas fondée à soutenir que le jugement serait irrégulier.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

5. En premier lieu, l'arrêté du 7 juin 2023 vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 611-1 dont il fait application, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne notamment que l'intéressée ne remplit pas les conditions prévues par l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne justifie pas de la détention du visa de long séjour prévu à l'article L. 412-1 du même code. Par ailleurs, le préfet a indiqué que la requérante ne pouvait davantage se prévaloir de l'article L. 423-2 de ce code dès lors qu'elle ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire ni d'une vie commune et effective de six mois en France avec son époux français. De plus, l'arrêté mentionne que l'intéressée ne peut bénéficier des dispositions de l'article L. 423-23 à défaut pour elle de démontrer l'ancienneté de leur communauté de vie. Enfin, l'arrêté précise qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale en raison de la présence dans son pays d'origine de son enfant et de sa fratrie. La décision en litige comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Mme B se prévaut d'une longue communauté de vie de plus de trois ans avec son époux, M. C A, de son insertion professionnelle et soutient ainsi qu'elle aurait fixé le centre de ses intérêts en France. Toutefois, si l'intéressée établit s'être mariée avec M. A, de nationalité française, le 8 janvier 2022, les pièces qu'elle produit pour démontrer qu'elle vivrait au 150 boulevard Ney à Paris avec son époux, à savoir notamment ses avis d'imposition pour les années 2019, 2020, 2021 et 2022 indiquant son statut de célibataire, les quittances de loyer pour les mois de juillet 2021, septembre 2021, janvier et février 2022, avril puis juin à août 2022, décembre 2022, janvier 2023 et mai 2023 se bornant à s'adresser à " M. et Mme A ", l'attestation de son inscription sur le bail à compter du 8 janvier 2022, un courrier de Pôle emploi dont elle est l'unique destinataire en mars 2023 et neufs attestations sur l'honneur non circonstanciées sont insuffisamment probantes pour établir leur communauté de vie. Par ailleurs, Mme B ne justifie pas d'une intégration professionnelle forte en ayant exercé un emploi d'agent à domicile quelques jours en avril 2023 puis du 1er mai au 31 août 2023. Enfin, il ressort des pièces du dossier et notamment de sa demande de titre de séjour que l'intéressée n'est pas dépourvue de toute attache dans son pays d'origine, la Côte d'Ivoire, où résident son enfant ainsi que ses frères et sœurs. Dans ces conditions, l'arrêté, qui ne prive pas l'intéressée, si elle s'y croit fondée, de la possibilité de solliciter le bénéfice du regroupement familial, n'est pas entaché d'une erreur manifeste dans l'application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ces moyens devront être écartés.

9. En quatrième et dernier lieu, à supposer que Mme B ait entendu invoquer le moyen tiré de ce que le préfet de police aurait commis une erreur de droit en s'abstenant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une telle erreur de droit. Le moyen devra être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de faire application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative et de la rejeter en toutes ses conclusions.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B épouse A.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 13 mars 2024.

La présidente de la 5ème chambre,

H. VINOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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