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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-23PA04731

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-23PA04731

mardi 27 mai 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-23PA04731
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPARAGYIOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montreuil de condamner la commune de Neuilly-Plaisance à lui verser la somme de 60 000 euros en réparation des préjudices subis du fait du harcèlement moral dont il aurait fait l'objet.

Par un jugement n° 2111879 du 19 septembre 2023, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 novembre 2023 et le 4 octobre 2024, M. A, représenté par Me Befre, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de faire droit à sa demande de condamnation ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Neuilly-Plaisance la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué, qui ne prend pas en compte l'ensemble des éléments avancés au soutien de sa demande, est entaché d'une omission à statuer ;

- il justifie avoir été victime de harcèlement moral ;

- il a subi un préjudice moral et financier.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 juillet et 24 octobre 2024, la commune de Neuilly-Plaisance, représentée par Me Woog, conclut au rejet de la requête de M. A et à ce que soit mise à sa charge une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lellig ;

- les conclusions de Mme de Phily, rapporteure publique ;

- les observations de Me Horeau pour la commune de Neuilly-Plaisance ;

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, agent de maîtrise principal depuis janvier 2011 au sein de la commune de Neuilly-Plaisance, relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à la condamnation de cette commune au versement d'une somme de 60 000 euros au titre du préjudice subi du fait du harcèlement moral dont il aurait fait l'objet.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Il ressort du jugement de première instance que les premiers juges, qui n'étaient pas tenus de répondre à l'ensemble des arguments présentés par M. A à l'appui de ses moyens, ont notamment indiqué de manière suffisamment précise aux points 4 à 10 de leur jugement les raisons pour lesquelles ils ont considéré que la situation de harcèlement moral alléguée n'était pas établie. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à soutenir que le jugement attaqué serait insuffisamment motivé à cet égard ou que les premiers juges auraient omis de statuer sur une partie de son argumentation.

Sur le bien-fondé du jugement :

3. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dont les dispositions sont désormais codifiées à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".

4. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. M. A se prévaut d'une situation de harcèlement moral subie à compter de juin 2019, en raison notamment du comportement de son supérieur hiérarchique direct, d'une rétrogradation et d'une sanction dont il aurait fait l'objet de manière injustifiée, d'un changement de poste imposé et de ses conditions de travail dégradées en qualité de responsable de garage.

6. Il résulte en premier lieu de l'instruction, s'agissant des relations de M. A avec son supérieur hiérarchique direct de l'époque, que le requérant ne justifie que d'un seul envoi tardif de planning au moment de l'organisation de la fête des écoles de l'année 2019, lié à une mise à jour de dernière minute. S'agissant de la mise à l'écart de M. A dans la manutention des festivités du mois d'août 2019, les pièces du dossier ne permettent pas de considérer, comme le fait valoir la commune, que cette décision serait motivée par l'accident de travail dont a été victime l'intéressé, survenu postérieurement, au mois de septembre 2019. Pour autant, M. A ne conteste pas les difficultés relationnelles qu'il rencontrait alors avec d'autres agents, ayant pu justifier une évolution ponctuelle de ses missions, ni même n'allègue que cette nouvelle répartition des tâches n'aurait pas été décidée dans l'intérêt du fonctionnement du service. Par ailleurs, aucune des pièces versées au dossier ne permet d'établir que le paiement des heures supplémentaires aurait été refusé à M. A au mois de juin 2020 pour un autre motif que leur absence de justification par ses soins, ni que les dates de congés qui lui ont été imposées en août 2020 par la responsable des bâtiments des services techniques et espaces verts ne seraient pas justifiées par des nécessités de service, ainsi que cela a été indiqué à l'intéressé. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas d'éléments permettant de faire présumer l'existence d'agissements constitutifs de harcèlement moral de la part de son supérieur hiérarchique direct.

7. En deuxième lieu, s'agissant tout d'abord de la prétendue rétrogradation invoquée par M. A à la suite de son accident de service intervenu en septembre 2019, la seule mention, certes erronée et ayant donné lieu à la présentation d'excuses, au cours d'une conversation, de sa qualité d'adjoint d'un autre agent, alors qu'il occupait le poste de responsable adjoint de la régie, n'est pas de nature à établir l'intervention d'une telle mesure de rétrogradation, ni même une volonté délibérée de l'humilier. S'agissant ensuite du changement de poste de M. A en septembre 2020, en qualité de responsable de garage, l'administration fait valoir que ce changement de poste répondait aux nécessités de son état de santé. Il ressort en effet des pièces médicales versées au dossier que suite à l'accident du travail dont M. A a été victime le 7 septembre 2019, son état de santé justifiait un reclassement professionnel dans un poste de travail excluant le port de charge à deux mains et les mouvements et positions bras levés. Par ailleurs, en se bornant à faire valoir sa formation initiale d'électricien, M. A, auparavant responsable adjoint de la régie municipale, n'apporte aucun élément permettant de justifier que ce poste de responsable de garage ne correspondrait pas aux emplois sur lesquels peuvent être affectés les fonctionnaires titulaires du grade d'agent de maîtrise principal, alors même qu'il ne disposerait pas d'une expérience professionnelle confirmée dans ce domaine de spécialité en particulier. Il ne résulte au demeurant pas de l'instruction que le poste de responsable de garage, distinct de celui de mécanicien, aurait nécessité une formation particulière de M. A, alors notamment que des modifications ont été apportées à la fiche de poste, conformément à ses demandes. En outre, d'une part, le retrait de l'autorisation de remisage à domicile d'un véhicule de service dont bénéficiait M. A en raison des astreintes techniques qu'il pouvait être amené à assurer résulte de ce que son état de santé ne lui permettait plus d'assumer de telles astreintes. D'autre part, la circonstance que cette demande de remise du véhicule lui ait été adressée dans le courant d'un arrêt de travail pour maladie est sans incidence sur son bien-fondé. De même, un changement d'affectation étant, en principe, sans incidence sur le montant du traitement indiciaire de l'agent, M. A n'est pas fondé à se prévaloir d'un quelconque droit à revalorisation de son traitement. Enfin, M. A se prévaut, au soutien de ses allégations de harcèlement de la part de la commune, de l'annulation juridictionnelle de la sanction de suspension de trois jours dont il a fait l'objet, au motif notamment de son caractère disproportionné. Toutefois, alors d'ailleurs que la matérialité des faits constitutifs d'un refus d'obéissance hiérarchique ont été regardés comme établis par le tribunal, le prononcé de cette sanction ne peut, dans le contexte exposé, être regardé comme un élément permettant de faire présumer l'existence d'agissements constitutifs de harcèlement moral.

8. En troisième lieu, s'agissant des conditions de travail de M. A en qualité de responsable de garage, il n'est pas établi par le requérant que des tâches ne relevant pas de ses missions lui auraient été confiées, des demandes injustifiées de rendre compte lui auraient été adressées, ni qu'il aurait été délibérément convoqué inutilement à une astreinte de déneigement aux premières heures de la journée, ainsi que l'ont relevé les premiers juges au point 8 de leur jugement. Par ailleurs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la commune a refusé de lui délivrer un certificat d'utilisation de son véhicule de fonction alors qu'il n'en a jamais bénéficié, ni qu'elle aurait volontairement refusé de prendre en charge une facture de soins alors qu'il ne conteste pas ne pas avoir fourni les justificatifs nécessaires. A supposer même que la commune de Neuilly-Plaisance n'ait effectivement pas répondu à la demande de fiche de poste actualisée du requérant, il n'est pas établi que la commune n'aurait pas répondu, de façon systématique ou régulière, aux demandes d'informations ou de documents adressées par M. A. Enfin, si le requérant soutient que la commune aurait volontairement tardé à le convoquer à une visite médicale de reprise, en vue de la préparation de sa reprise de fonctions le 1er octobre 2021, il résulte au contraire de l'instruction que M. A a bénéficié de la prolongation de son arrêt de travail, son état de santé devant dès lors être regardé comme faisant obstacle à la reprise de son activité professionnelle, et qu'il a par la suite effectivement bénéficié de plusieurs visites avec le médecin du travail les 7 mars 2022, 21 mars 2022 et 4 avril 2022. Alors que ces derniers éléments sont au demeurant postérieurs à la demande indemnitaire de M. A du 10 mai 2021, ce dernier ne verse aucune pièce de nature à démontrer que la commune de Neuilly-Plaisance aurait adopté une attitude méprisante et vexatoire à son égard.

9. En quatrième et dernier lieu, M. A fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, l'acharnement dont ferait preuve à son égard la commune de Neuilly-Plaisance, particulièrement depuis l'engagement d'une phase contentieuse, se traduisant notamment, selon ses dires, par une mise à l'écart et l'attribution d'un bureau insalubre ainsi que la poursuite contrainte de missions incompatibles avec son état de santé. Toutefois, d'une part, M. A ne saurait utilement se prévaloir de circonstances postérieures au 10 mai 2021, date de sa demande indemnitaire préalable. D'autre part, et en tout état de cause, les pièces du dossier ne permettent pas de considérer que l'état de santé de M. A serait, ainsi qu'il a déjà été dit, incompatible avec les fonctions de responsable du garage, ni n'étayent ses allégations selon lesquelles ses conditions de travail seraient de nature à nuire à sa santé. Enfin, la détérioration évidente des relations entre M. A et la commune de Neuilly-Plaisance ne saurait être considérée comme imputable au comportement abusif de cette dernière à l'égard de son agent.

10. Il résulte de ce qui précède que les différents éléments invoqués par le requérant, pris dans leur ensemble ou séparément, ne peuvent être regardés comme des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'agissements constitutifs de harcèlement moral à son encontre et d'ouvrir droit à indemnisation. M. A n'est dès lors pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa requête.

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Neuilly-Plaisance, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A une somme de 1 000 euros le fondement de ces mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Neuilly-Plaisance une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et à la commune de Neuilly-Plaisance.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Milon, présidente de la formation de jugement en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative,

- M. Dubois, premier conseiller,

- Mme Lellig, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2025.

La rapporteure,

W. LELLIG

La présidente,

A. MILON

La greffière,

E. VERGNOL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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