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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-23PA05038

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-23PA05038

vendredi 12 avril 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-23PA05038
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

Par un jugement n° 2318091 du 15 novembre 2023, le tribunal administratif de Paris, après avoir annulé la décision faisant interdiction à M. A de retourner sur le territoire français, a rejeté le surplus de sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2023, M. A, représenté par Me Benitez, demande à la cour :

1°) d'annuler l'article 2 du jugement n° 2318091 du 15 novembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Paris, après avoir annulé la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français, a rejeté le surplus de sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour temporaire " vie privée et familiale " ou " salarié " ou " travailleur temporaire " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle sont entachées d'une erreur de fait en ce qu'elles indiquent de manière erronée qu'il a sollicité son premier titre de séjour à l'âge de dix-neuf ans ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'en ont jugé les juges de première instance.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris du 26 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours () peuvent, par ordonnance : (.) / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () / Les () présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, ressortissant malien né le 24 juin 2001, est entré en France le 12 février 2018, selon ses déclarations. Il a sollicité, le 15 juin 2022, son admission au séjour dans le cadre des dispositions des articles L. 425-9, L. 435-1, L. 423-23 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 mai 2023, le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. M. A relève appel du jugement du 15 novembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Paris, après avoir annulé la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français, a rejeté le surplus de sa demande.

3. En premier lieu, par le jugement attaqué, devenu définitif sur ce point, le tribunal administratif de Paris a annulé l'article 5 de l'arrêté attaqué, interdisant à M. A de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire étaient dépourvues d'objet dès l'introduction de la requête. Elles sont, par suite, manifestement irrecevables.

4. En deuxième lieu, M. A reprend en appel les moyens soulevés en première instance tirés de ce que les décisions contestées auraient été signées par une autorité incompétente, seraient insuffisamment motivées et de ce qu'elles seraient entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle. Cependant, en se bornant à réitérer l'argumentation déjà exposée en première instance, il ne développe au soutien de ces moyens aucun argument de droit ou de fait pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges.

5. En troisième lieu, il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que le préfet de police de Paris y a indiqué, de manière erronée, que le requérant avait sollicité son premier titre de séjour à l'âge de dix-neuf ans alors que le requérant était, au moment de cette demande, âgé de 18 ans, 8 mois et une semaine. Toutefois, l'erreur de trois mois commise sur l'âge auquel M. A a, pour la première fois, présenté une demande de titre de séjour ne peut être regardée, ainsi que cela résulte des écritures produites en défense devant les premiers juges, comme ayant pu affecter l'appréciation à laquelle s'est livré le préfet de police sur l'opportunité d'une admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A justifie qu'il est entré mineur sur le territoire français, qu'il a fait l'objet d'un placement provisoire à l'aide sociale à l'enfance à compter du 14 mai 2018, qu'il a bénéficié de contrats d'aide aux jeunes majeurs, a suivi des cours de français, d'informatique et a effectué des stages de courte durée entre 2019 et 2020 au sein de l'association " La table ouverte " qui a promis de l'embaucher à plusieurs reprises. En outre, il établit s'être inscrit en 2021 dans une école hôtelière pour y poursuivre une formation en vue d'obtenir son certificat d'aptitude professionnelle de cuisinier, avoir été scolarisé à la date de l'arrêté litigieux et faire l'objet de recommandations et de commentaires favorables de la part du personnel éducatif. Toutefois, à la date de l'arrêté attaqué, M. A était présent en France depuis cinq ans et s'y maintenait en dépit d'une précédente mesure d'éloignement prononcée en 2020. Il n'a pas obtenu son certificat d'aptitude professionnelle et ne justifie pas avoir débuté une activité professionnelle. Eu égard à ces éléments, alors qu'il est célibataire, sans charge de famille et n'est pas dénué de famille dans son pays d'origine où résident son père et ses sœurs, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a, d'une part, entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne relevait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels et, d'autre part, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur sa situation personnelle doit également être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus de la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvu de fondement. Dès lors, sa requête doit être rejetée en application du 4° et du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris en ses conclusions à fin d'injonction et tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Paris, le 12 avril 2024.

La présidente de la 8ème chambre,

A. Menasseyre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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