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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-23PA05365

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-23PA05365

vendredi 3 mai 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-23PA05365
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantBIKINDOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A C A B a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Par un jugement n° 2213978 du 23 novembre 2023, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 décembre 2023 et le 10 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Bikindou, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement no 2213978 du 23 novembre 2023 du tribunal administratif de Montreuil ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement est irrégulier en ce que les premiers juges n'ont pas examiné d'office la légalité de la décision fixant le pays de destination.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

- l'arrêté est insuffisamment motivé.

Sur la légalité de la décision refusant le renouvellement d'un titre de séjour :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- elle méconnait les dispositions des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être préalablement entendu.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant haïtien né le 24 mai 1973, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il relève appel du jugement du 23 novembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 8 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents des formations de jugement des cours " peuvent, () par ordonnance : rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

Sur la régularité du jugement :

3. M. A B n'est pas fondé à soutenir que le jugement serait irrégulier en ce que les premiers juges ne se sont pas prononcés sur la légalité de la décision fixant le pays de destination, dès lors qu'ils n'avaient pas été saisis de moyens en ce sens.

Sur la légalité de l'arrêté :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

4. L'arrêté contesté vise les articles L. 423-7, L. 611-1 3°, L. 611-3 5°, L. 612-1, L. 614-1, L. 614-16, L. 614-17, L. 711-2 3°, L. 721-3 à L. 721-9, L. 722-3, L. 722-7 et

L. 722-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne notamment que l'intéressé ne remplit pas les conditions prévues par l'article

L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la déclaration de filiation sur le fondement de laquelle il entend se prévaloir de la nationalité française de son enfant pour obtenir un droit au séjour ne peut être favorablement accueillie en raison de son caractère frauduleux. Le préfet a également indiqué que le requérant ne pouvait justifier ni de l'intensité, ni de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, ni de conditions d'existence pérennes, ni même d'une insertion forte dans la société française. Il précise en outre que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans et où vivent toujours sa femme et sa fille, ni n'établit être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour celui-ci. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait insuffisamment motivé ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant le titre de séjour :

5. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. Pour établir le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité de l'enfant intervenue le 12 novembre 2015, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la reconnaissance tardive de l'enfant, né le 27 juillet 2015, par le requérant et le faible délai qui s'était écoulé entre celle-ci et le précédent refus de séjour en date du 27 mars 2023 dont celui-ci avait fait l'objet. Après audition de M. A B et la mère de l'enfant par les services préfectoraux, les intéressés ont reconnu qu'il n'a jamais existé de communauté de vie entre eux, qu'ils n'ont pas eu de contact durant la grossesse et que le requérant n'a jamais entretenu de relation familiale effective avec l'enfant. Par ailleurs, le préfet a également estimé que M. A B ne contribuait pas à l'entretien et à l'éducation de l'enfant eu égard à l'absence de caractère probant des pièces produites consistant en des récépissés de virements et chèques bancaires adressés à la mère de l'enfant entre 2015 à 2017, 2021 et 2022, d'une facture d'achat d'une trottinette et de trois billets pour des allers-retours à Lorient dont l'un est postérieur à la décision attaquée et un autre ne précise pas l'année du voyage. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ". Le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaitrait les dispositions des articles précités ne peut qu'être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 à 6 du présent arrêt.

8. En second lieu, M. A B se borne à reprendre dans sa requête d'appel, sans les assortir d'éléments nouveaux, le moyen qu'il avait invoqué en première instance, tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cependant, il ne développe au soutien de ce moyens aucun argument de fait ou de droit pertinent et ne produit aucun document de nature à remettre en cause la motivation retenue par le tribunal administratif de Montreuil. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à juste titre par les premiers juges.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

9. En premier lieu, il ne ressort ni des motifs de la décision litigieuse ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A B.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

11. M. A B n'apporte aucun élément qui tendrait à établir que sa vie ou sa liberté sera menacée et qu'il sera exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en retournant dans son pays d'origine dans lequel il ne conteste pas que son épouse et leur enfant résident. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, M. A B ne fait état d'aucun élément pertinent qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration et qui aurait été susceptible d'influer sur le prononcé ou les modalités de la mesure prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de faire application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative et de la rejeter en toutes ses conclusions.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C A B.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris le 3 mai 2024,

La présidente de la 5ème chambre,

H. VINOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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