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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA00079

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA00079

mardi 27 février 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA00079
TypeOrdonnance
Recoursplein contentieux
PublicationC
Avocat requérantFOUACE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 18 juillet, 18 août et11 octobre 2023, la régie autonome des transports parisiens (RATP), a demandé, dans la perspective des travaux de création, dans le cadre du projet de modernisation de la ligne 13, d'une sortie supplémentaire et de locaux techniques à la station Pernety et de l'adaptation des stations existantes au nouveau matériel roulant qui se dérouleront sur la rue Niepce, la rue Raymond Losserand et en souterrain sur le site RATP, au juge des référés du tribunal administratif de Paris de désigner, sur le fondement de l'article R. 532-1-1 du code de justice administrative, un expert qui visitera les immeubles concernés avant le début des travaux de démolition, et s'il y a lieu au cours des travaux, afin de constater, le cas échéant, si ces ouvrages ont été affectés de dommages.

Par une ordonnance n° 2316889/11-5 du 22 décembre 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a ordonné une expertise qu'il a confié à Mme A B, avec pour mission de se faire communiquer tous documents contractuels et pièces qu'elle estimera utiles à l'accomplissement de sa mission, convoquer les parties et entendre tout sachant, se rendre sur les lieux sur le site rue Niepce, la rue Raymond Losserand et en souterrain, sur le site RATP, à Paris (14°), identifier les avoisinants qui pourraient être impactés et proposer la délimitation des états des lieux à réaliser chez les avoisinants, proposer la classification de chaque bâtiment / ouvrage retenu en s'appuyant sur la labellisation communément pratiquée de la circulaire du 23 juillet 1986 relative aux vibrations mécaniques émises dans l'environnement par les ICPE (construction résistante, sensible, très sensible), procéder à l'examen des parties communes, des façades, des appartements, des caves, des parkings ainsi que des parties privatives des immeubles identifiés en zone sensible si les propriétaires y autorisent l'expert, et des abords, identifier les locaux, établissements, commerces et activités sensibles d'un point de vue acoustique et vibratoire, et proposer la délimitation des états des lieux à réaliser chez ces avoisinants, procéder à des mesures acoustiques et vibratoires extérieures et intérieures en état initial avant les travaux de démolition et en état final à la réception des travaux de la RATP, constater avant le début des travaux de démolition, l'état des ouvrages cités précédemment, dresser tous états descriptifs et qualitatifs nécessaires de la totalité des immeubles voisins visités, afin de déterminer et dire si, à son avis, ces immeubles présentent ou non des dégradations et désordres inhérents à leur structure, leur mode de construction, ainsi qu'à leur mode de fondation ou leur état de vétusté ou, encore, consécutifs à la nature du sous-sol sur lequel ils reposent ou consécutifs aux travaux qui auraient pu être entrepris au moment de l'expertise pour le compte du demandeur, dresser un pré rapport, dire, s'il convient ou non, de procéder à la réalisation et à la mise en place de telles mesures de sauvegarde ou de travaux particuliers de nature à éviter toute aggravation de l'état qu'ils présentent actuellement et permettre, dans les meilleures conditions techniques possibles, la réalisation des travaux à être entrepris pour le compte du demandeur, constater avant le début des travaux de génie civil l'état des ouvrages cités précédemment et remettre un rapport intermédiaire dans un délai de 2 mois à compter de la terminaison des constats effectués, constater, s'il y a lieu au cours des travaux effectués sous la maîtrise d'ouvrage de la RATP sur demande des intéressés au cas où il serait allégué de nouveaux désordres ou l'aggravation des anciens, et en tout état de cause aux termes desdits travaux, si ces ouvrages ont été affectés de dommages et, dans l'affirmative, déterminer leur étendue et leurs causes, donner un avis sur le chiffrage du préjudice matériel éventuellement subi du fait de ces dommages aux immeubles / ouvrages, et remettre un rapport définitif dans un délai de 6 mois à compter de l'achèvement des travaux de la RATP, organiser les réunions d'expertise nécessaires au bon déroulement de la procédure, à la demande de la RATP. En cas d'urgence ou de péril en la demeure reconnus par l'expert, ce dernier dira, s'il convient ou non, de procéder à la réalisation et à la mise en place de telles mesures de sauvegarde ou de travaux particuliers de nature à éviter toute aggravation de l'état qu'ils présentent actuellement et permettre, dans les meilleures conditions techniques possibles, la réalisation des travaux de la RATP. Il est prévu, en outre, que l'expert pourra autoriser toute partie en faisant la demande à faire exécuter, à ses frais avancés, pour le compte de qui il appartiendra, les travaux qu'il estime indispensables, sous la direction du maître d'œuvre de la Ratp, par des entreprises qualifiées, dans ce dernier cas, l'expert déposera un pré-rapport ou une note aux parties valant pré-rapport, donnant son avis sur la nature, l'importance et le coût de ces travaux. Cette ordonnance a prévu que l'expertise se ferait en présence de la RATP, du syndicat des copropriétaires du 14, rue Niepce, du syndicat des copropriétaires du 15-17-19, rue Niepce, du syndicat des copropriétaires du 16, rue Niepce, de la société Carrefour city, de la société l'Art de vivre, de Smashburger, de l'hôtel Niepce Paris restaurant La Verrière Paris, de la Pernetoise épicerie fine, de la serrurerie Chevalier, de la société Appolon traiteur grec, du Siaap, de la société Naos hôtel Paris 14, de la société Naos hôtel Niepce, de Paris habitat, de la compagnie générale immobilière France (CogiFrance).

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2024, présentée par Me Baudiffier, les sociétés Naos hôtel Paris 14 et Naos hôtel Niepce demandent à la Cour de réformer partiellement l'ordonnance n° 2316889/11-5 du 22 décembre 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Paris en ce que l'expertise ordonnée n'a pas pour objet la mesure des nuisances sonores pendant les travaux en cause et sollicitent, en conséquence, une extension à cette fin de ladite expertise. Les sociétés requérantes soutiennent que les avoisinants sont légitimes, compte tenu des effets qu'elles peuvent avoir sur leurs activités, à demander la prise en compte de ces nuisances.

Par un mémoire, enregistré le 18 février 2024, présenté pour les sociétés l'Art de vivre, Hidouche distribution et ROAR 14 par Me Fouace, il est demandé à la Cour d'étendre la mission de l'expert aux fins de chiffrer les préjudices commerciaux des exposantes et d'évaluer l'accessibilité de leurs commerces à leurs clients, notamment handicapés et de mettre à la charge de la RATP la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire, enregistré le 23 février 2024, présenté pour la Compagnie générale immobilière France (COGIFRANCE) par Me Abecassis, il est demandé à la Cour de réformer l'ordonnance attaquée en ce qu'elle a ordonné une expertise incomplète et de compléter celle-ci aux fins notamment d'apprécier les nuisances pouvant résulter des travaux.

Vu la décision par laquelle la présidente de la Cour a désigné M. Bouleau, président honoraire, pour statuer sur les appels formés devant la Cour contre les ordonnances des juges des référés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative, et notamment son article R. 222-1.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages puis, le cas échéant, aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée d'exécution des travaux./L'ordonnance désignant l'expert peut prévoir, par dérogation à l'article R. 751-3, qu'elle sera notifiée par le demandeur aux personnes dont les immeubles sont susceptibles d'être affectés par des dommages./L'expert dépose un premier rapport accompagné d'un état de ses vacations, frais et débours, dès l'issue de la phase de constat. Le président de la juridiction ou, au Conseil d'Etat, le président de la section du contentieux fixe alors par ordonnance le montant des honoraires et des frais et débours dû à l'expert, dans les conditions prévues par l'article R. 621-11./La mission de l'expert peut se poursuivre, si l'ordonnance mentionnée au deuxième alinéa l'a prévu, pour rechercher les causes et l'étendue des dommages qui surviendraient pendant la durée d'exécution des travaux, à l'initiative du demandeur saisi, le cas échéant, par l'une des parties mentionnées au deuxième alinéa. Le montant des honoraires et des frais et débours est fixé après le dépôt du ou des rapports relatifs aux dommages dans les conditions prévues par l'article R. 621-11, sans préjudice de l'application des dispositions de l'article R. 621-12. ".

2. Les dispositions précitées ont pour objet de permettre à qui pourrait être exposé à une recherche de responsabilité du fait de désordres imputés à la réalisation de travaux publics de faire constater d'une part l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par ces travaux et d'autre part l'impact de l'exécution de ces travaux sur lesdits immeubles. Il s'ensuit qu'il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de ces dispositions, d'étendre la mission qu'il peut confier à un expert au-delà du champ défini par la demande, laquelle ne saurait au demeurant avoir d'autre objet que le constat de l'état des immeubles avoisinants et celui des désordres pouvant résulter sur ces immeubles des travaux projetés.

3. Il suit de là qu'il ne peut être reproché à l'ordonnance attaquée de ne pas avoir pris en compte les souhaits exprimés par les mis en cause d'une extension de la mission de l'expert au constat de nuisances, notamment sonores, qui ne peuvent avoir pour effet d'affecter les immeubles.

4. Par ailleurs, il résulte expressément du dernier alinéa de l'article R. 532-1-1 du code de justice administrative précité que c'est uniquement devant le premier juge et à l'initiative du demandeur, éventuellement saisi par une partie intéressée, qu'il peut être procédé à une extension de la mission initialement confiée à l'expert désigné.

5. Il résulte de ce qui précède que tant la requête des sociétés Naos hôtel Paris 14 et Naos hôtel Niepce que les conclusions susvisées présentée par les sociétés l'Art de vivre, Hidouche distribution, ROAR 14 et Compagnie générale immobilière France ne peuvent qu'être rejetées.

ORDONNE :

Article 1r : La requête des sociétés Naos hôtel Paris 14 et société Naos hôtel Niepce et les conclusions des sociétés l'Art de vivre, Hidouche distribution, ROAR 14 et Compagnie générale immobilière France sont s rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Naos Hôtel Paris 14, à la société Naos Hôtel Niepce, à la régie autonome des transports parisiens, au syndicat des copropriétaires du 14 rue Niepce, au syndicat des copropriétaires du 13 rue Niepce, au syndicat des copropriétaires du 15-17-19 rue Niepce, au syndicat des copropriétaires du 56-58 rue Raymond Losserand, à la société Carrefour city, à la société l'Art de vivre, à Smashburger, à la Pernetoise épicerie fine, à la serrurerie Chevalier, à la société Appolon traiteur grec, à la société ROAR 14, à la Compagnie générale immobilière France (COGIFRANCE) et au Siaap.

Copie en sera adressée à Mme A B, experte.

Fait à Paris, le 27 février 2024

Le président honoraire

M. BOULEAU

La République mande et ordonne au préfet de région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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