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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA00206

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA00206

jeudi 22 février 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA00206
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantAZOULAY-CADOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A D épouse B a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 25 mai 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Par un jugement n° 2314902 du 11 décembre 2023, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 11 janvier 2024, Mme D épouse B, représentée par Me Azoulay-Cadoch, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2314902 du 11 décembre 2023 rendu par le tribunal administratif de Paris ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir dans les mêmes conditions d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut de base légale dès lors que le préfet n'a pas visé les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D épouse B, ressortissante marocaine, née le 25 juin 1986 et entrée en France le 1er juillet 2018 sous couvert d'un visa de court séjour, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 25 mai 2023, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Mme D épouse B interjette appel du jugement du 11 décembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance : () 7° Rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 24 janvier 2023, le préfet de police a donné délégation à Mme C, cheffe de la section admission exceptionnelle, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions contenues dans cet arrêté. Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas été absent ou empêché, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté litigieux manque donc en fait et doit ainsi être écarté.

4. En deuxième lieu, les juges de première instance ont relevé que la décision attaquée mentionnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 611-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indiquait avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé. En se bornant à reprendre son argumentation de première instance sans apporter de nouveaux éléments pertinents, Mme D épouse B ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par les premiers juges. Par suite, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit au point 3 du jugement.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la " feuille de salle ", renseignée par Mme D épouse B auprès des services de la préfecture de police, qu'elle a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Ainsi, la requérante ne saurait utilement soutenir que le préfet de police aurait dû viser les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain, dès lors que, ainsi qu'il a été dit précédemment, elle a demandé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et non d'un titre en qualité de salarié, et que le préfet de police n'avait pas à examiner d'office si elle pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.

6. En quatrième lieu, les juges de première instance ont relevé que si la requérante se prévaut de la durée de sa présence en France, de son mariage le 10 janvier 2020 avec un ressortissant marocain disposant d'un titre de séjour pluriannuel valable du 26 juin 2019 au 25 juin 2023, ainsi que de la démarche de procréation médicalement assistée (PMA) dans laquelle son époux et elle sont engagés depuis 2020, il ressort des pièces du dossier qu'elle s'est maintenue en situation irrégulière sans solliciter de titre de séjour durant quatre ans et que la dernière intervention médicale relative à la PMA remonte au mois de janvier 2023. Par ailleurs, les premiers juges ont considéré qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dans l'incapacité de reconstituer la cellule familiale au Maroc, pays dont son mari et elles possèdent la nationalité, où résident ses parents et son frère, et où sont disponibles des programmes de PMA pour les couples souffrant d'infertilité. En outre, elle n'établit pas avoir noué des relations fortes avec la société française et n'apporte aucun document de nature à justifier de son insertion sociale ou professionnelle, alors qu'il est constant qu'elle est sans emploi. En reprenant son argumentation de première instance sans apporter de nouveaux éléments de droit ou de fait pertinents, la requérante ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par les premiers juges au point 5 de leur jugement. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, la requérante ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, susceptibles de fonder une admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 de la présente ordonnance, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D épouse B, en ce qu'elle tend à l'annulation du jugement du 11 décembre 2023 et de l'arrêté du 25 mai 2023 est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Elle doit donc être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D épouse B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D épouse B.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 22 février 2024

Le président de la 9ème chambre,

S. CARRERE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. 0

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