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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA00629

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA00629

mardi 18 juin 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA00629
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B a demandé au Tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2316514/4-2 du 30 octobre 2023, le Tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 9 février 2024, et des pièces enregistrées le 24 avril 2024, Mme B, représentée par Me Pinto, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du 30 octobre 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de police pris le 12 mai 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la régularité du jugement attaqué :

- le jugement attaqué est entaché d'erreur de droit dès lors que les premiers juges ont inversé la charge de la preuve en lui opposant l'absence de communication de l'avis médical rendu par l'Office français de l'intégration et de l'immigration en 2022 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, les premiers juges ayant écarté, sans les analyser, les éléments qu'elle a produits en vue d'établir l'impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

S'agissant des moyens invoqués à l'encontre de l'arrêté pris dans son ensemble :

- cet arrêté est insuffisamment motivé ; le préfet de police s'est contenté d'y reproduire l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qui est lui-même insuffisamment motivé.

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision est entachée de plusieurs vices de procédure ; l'avis du collège des médecins de l'OFII n'a pas été pris de manière collégiale et il n'est pas démontré que le médecin qui a rédigé le rapport médical sur lequel cet avis se fonde n'a pas siégé au sein du collège ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ; le préfet de police s'est estimé à tort en situation de compétence liée vis-à-vis de l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le traitement dont elle a besoin n'est pas disponible au Cameroun ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle justifie d'une forte insertion sociale et professionnelle et sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus d'admission exceptionnelle au séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour les mêmes motifs que ceux invoqués à l'encontre de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

S'agissant de la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet de police n'a pas tenu compte des circonstances propres à son cas pour fixer la durée du délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Paris en date du 3 janvier 2024.

La présente requête n'a pas été communiquée au préfet de police.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante camerounaise née le 13 octobre 1989, est entrée en France le 29 juin 2019 selon ses déclarations. Elle a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " qui a expiré le 8 février 2023 et dont elle a demandé le renouvellement le 24 février 2023. Par un arrêté du 12 mai 2023, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office. Par la présente requête, Mme B relève appel du jugement du 30 octobre 2023 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, () 7° Rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la régularité du jugement :

3. Hormis dans le cas où les juges de première instance ont méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à eux et ont ainsi entaché leur jugement d'irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels les juges de première instance se sont prononcés sur les moyens qui leur étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel.

4. Mme B soutient que les premiers juges ont inversé la charge de la preuve en lui opposant la non production de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur la base duquel le préfet de police lui a délivré le 9 février 2022 une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle soutient aussi que les premiers juges ont entaché leur décision d'une erreur d'appréciation en écartant, sans les analyser, les éléments qu'elle a produits en vue de démontrer l'impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine. En formulant de tels griefs, la requérante conteste, en réalité, l'appréciation à laquelle se sont livrés les premiers juges. Une telle contestation, qui est sans incidence sur la régularité du jugement, est inopérante et, par voie de conséquence, ne peut qu'être écartée.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

S'agissant des moyens invoqués à l'encontre de l'arrêté pris dans son ensemble :

5. Mme B reprend en appel, sans apporter d'éléments nouveaux de nature à remettre en cause l'appréciation du tribunal, le moyen, déjà invoqué en première instance à l'appui des conclusions dirigées contre l'arrêté litigieux, tiré de l'insuffisance de motivation. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges au point 2 de leur jugement.

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

6. En premier lieu, Mme B reprend en appel les moyens qu'elle invoquait en première instance, tirés de ce que la décision contestée est entachée de plusieurs vices de procédure, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'erreur de droit. Par un jugement précisément motivé, le tribunal a écarté l'argumentation développée par Mme B à l'appui de chacun de ces moyens. Il y a lieu, par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges, d'écarter les moyens ainsi renouvelés devant la Cour par la requérante, qui ne présente aucun élément de fait ou de droit nouveau par rapport à l'argumentation qu'elle avait développée devant le tribunal.

7. En deuxième lieu, Mme B reprend en appel le moyen de première instance tiré de ce que l'arrêté litigieux est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En se bornant à reprendre son argumentation de première instance sans apporter de nouveaux éléments de droit ou de fait pertinent, Mme B ne remet pas en cause l'analyse et la motivation retenues par les premiers juges. Par suite, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges au point 8 de leur jugement.

8. En troisième lieu, Mme B réitère en appel le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux a été adopté en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En se bornant à soutenir que son domaine d'activité souffre d'un déficit accru et exponentiel de professionnels, et que le traitement approprié à sa pathologie n'est pas disponible dans son pays d'origine, Mme B ne remet pas en cause l'appréciation retenue par le tribunal, les pièces produites en appel n'étant pas de nature à établir une insertion professionnelle stable et durable sur le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges au point 10 de leur jugement.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été précédemment dit que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme B ne saurait se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

10. En second lieu, il y a lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 de la présente ordonnance, d'écarter le moyen tiré de ce que la décision contestée a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :

11. Il y a lieu d'écarter, par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges à l'encontre desquels n'est formulée aucune critique utile ou pertinente, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, de la violation des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme B, en ce qu'elle tend à l'annulation du jugement du 30 octobre 2023 et de l'arrêté du 12 mai 2023, est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative citées au point 2. Par suite, elle ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 18 juin 2024.

Le président de la 7ème chambre,

B. AUVRAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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