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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA00638

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA00638

vendredi 13 juin 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA00638
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantOPLUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

I°) Par une requête enregistrée sous le n° 2116054, Mme B E a demandé au tribunal administratif de Paris de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014.

II°) Par une requête enregistrée sous le n° 2116116, elle a demandé au tribunal administratif de Paris de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014.

Par un jugement n° 2116054, 2116116 du 11 décembre 2023, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 février, 14 mai et 26 septembre 2024, Mme E, représentée par Me Pardo, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014 pour un montant total, en droits et pénalités, de 6 668 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors qu'en vertu de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales, l'administration fiscale ne pouvait pas procéder à une nouvelle vérification de comptabilité portant en partie sur des écritures de l'année 2011 à la suite de celle menée pour la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2012 ;

- la somme de 35 000 euros encaissée le 7 mai 2024 correspond non à des honoraires mais au remboursement de deux prêts accordés les 24 août et 13 septembre 2011 pour des montants respectifs de 25 000 et 10 000 euros qui n'avaient pas été remboursés ; la somme de 35 000 euros a ainsi été comptablement affectée au remboursement des prêts.

Par des mémoires en défense enregistrés les 16 avril et 27 août 2024, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête de Mme E.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête d'appel n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dubois ;

- et les conclusions de Mme de Phily, rapporteure publique ;

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, qui exerce la profession d'avocat, a fait l'objet du 17 janvier au 21 juillet 2017 d'une vérification de comptabilité portant sur les périodes du 1er janvier au 31 décembre 2014 et du 1er janvier au 31 décembre 2015. À l'issue de ce contrôle, l'administration fiscale lui a, par proposition de rectification du 16 octobre 2017 établie selon la procédure contradictoire de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, notifié notamment des rappels en matière de taxe sur la valeur ajoutée collectée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014 pour un montant de 5 873 euros. Après rejet par le service des observations présentées par la contribuable, la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, saisie par Mme E, a rendu un avis favorable au maintien de la rectification. Le rappel de taxe sur la valeur ajoutée a fait l'objet d'un avis de mise en recouvrement du 15 octobre 2020. Par décision du 27 mai 2021, l'administration fiscale a rejeté la réclamation formée par Mme E le 1er décembre 2020. Celle-ci relève appel du jugement n° 2116054-2116116 du 11 décembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté ses demandes de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales : " Lorsque la vérification de comptabilité ou l'examen de comptabilité, pour une période déterminée, au regard d'un impôt ou d'une taxe ou d'un groupe d'impôts ou de taxes, est achevé, l'administration ne peut procéder à une vérification de comptabilité ou à un examen de comptabilité de ces mêmes écritures au regard des mêmes impôts ou taxes et pour la même période () ".

3. Pour procéder aux rectifications en litige, la vérificatrice a relevé que Mme E avait perçu le 7 mai 2014 un virement de 107 628,18 euros TTC mais qu'elle n'avait déclaré en comptabilité au titre de ses honoraires qu'une somme de 60 527,59 euros et une taxe sur la valeur ajoutée collectée de 11 863,41 euros. Estimant que la somme perçue le 7 mai l'avait été à titre d'honoraires versés par un client, la vérificatrice a réintégré dans les recettes de Mme E la somme de 35 237 euros TTC correspondant à la différence entre la somme perçue et la somme TTC déclarée en comptabilité et a appliqué au montant hors-taxe de cette somme la taxe sur la valeur ajoutée au taux de 20 %, soit un montant de taxe sur la valeur ajoutée collectée non déclarée de 5 873 euros.

4. Mme E soutient toutefois que la somme de 35 237 euros non déclarée à titre d'honoraires constituerait le remboursement de deux prêts accordés à la société civile immobilière (SCI) Sainte-Anne, dont un tiers M. A C serait le bénéficiaire économique, les 24 août et 13 septembre 2011 pour des montants respectifs de 25 000 et 10 000 euros. Elle fait valoir que ces deux prêts n'ayant pas été remis en cause lors de la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet au cours de l'année 2013 pour la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2012 et lors de la procédure d'examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle engagée en février 2013 pour les années 2010 et 2011, les dispositions précitées de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales font obstacle à la remise en cause du remboursement de ces prêts en mai 2014. Toutefois, et ainsi que l'ont jugé les premiers juges, les rectifications en litige résultent de la soumission à la taxe sur la valeur ajoutée d'un virement perçu en 2014, au cours d'une période n'ayant fait l'objet que d'une seule procédure de vérification de comptabilité. La circonstance que Mme E ait fait l'objet, pour des périodes antérieures, de procédures de vérification de sa comptabilité ou de ses revenus est ainsi sans incidence sur les rectifications en litige.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

5. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité () ". Aux termes de l'article L. 59 du même livre : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis () de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts () "

6. D'une part, il résulte de l'instruction que, saisie par Mme E, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires s'est réunie et a rendu un avis favorable aux rectifications opérées par l'administration le 22 novembre 2018. En application des dispositions citées au point précédent, la charge de la preuve incombe donc à l'administration.

7. D'autre part, pour établir que la somme de 35 237 euros qu'elle reproche à Mme E de ne pas avoir déclarée est constitutive d'honoraires professionnels, l'administration fiscale verse aux débats un courrier du 17 mars 2017 de Maître D, avocat, adressé à Mme E attestant que la somme de 150 000 dollars, soit 107 628,18 euros, versée en mai 2014 " couvre des frais et honoraires [] dus en référence au dossier de M. A C que votre cabinet a représenté et pour le compte duquel des services ont été rendus ". Pour tenter de contrebattre cet élément de preuve, la requérante soutient que cette somme de 35 237 euros est constitutive non pas d'honoraires mais d'un remboursement de deux prêts, l'un de 25 000 euros l'autre de 10 000 euros, consentis en 2011 à la SCI Sainte-Anne dont M. C serait le " bénéficiaire économique ". Elle se prévaut de ses relevés bancaires de l'année 2011 et fait valoir que ces deux prêts n'avaient pas été remboursés avant le versement en litige de mai 2014. Pour conforter ses affirmations, elle produit un document manuscrit daté du 12 septembre 2011 signé par M. C, reconnaissant qu'un prêt de 25 000 euros lui a été consenti en août 2011 et sollicitant, en raison d'une situation financière difficile, un nouveau prêt de 10 000 euros, ainsi qu'un second document manuscrit, toujours signé par M. C mais non daté, valant reconnaissance des deux dettes en cause. Elle fait enfin valoir qu'elle a inscrit cette somme de 35 000 euros dans ses écritures comptables au crédit du compte 108 " compte de l'exploitant " avec le libellé " rembt prêt SCI C 2011 ". Toutefois, en ce qui concerne la réalité des prêts accordés à la SCI Sainte-Anne, qui n'ont au demeurant pas fait l'objet de la déclaration de prêt prévue à l'article 49 B de l'annexe III au code général des impôts, le relevé bancaire produit par la requérante, couvrant la période du 20 au 31 août 2011, n'est susceptible d'attester au mieux que d'un virement à cette société de 25 000 euros. Par ailleurs, contrairement à ce qu'elle soutient, la seule circonstance que Mme E ait fait l'objet, au cours de l'année 2013, d'une vérification de comptabilité puis d'un d'examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle portant sur les années 2010 à 2012 n'atteste pas de ce que les deux prêts qui auraient été consentis en 2011 n'auraient pas été remboursés en 2011 ou en 2012, alors que M. C s'est, dans l'attestation manuscrite produite par la requérante, engagé " de manière irrévocable " à rembourser ces sommes avant le 15 octobre 2011. En outre, la somme de 35 237 euros qu'il est reproché à Mme E de ne pas avoir déclarée à titre d'honoraires est supérieure aux deux prêts qui auraient été accordés à la SCI Saint-Anne. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme rapportant la preuve que la somme de 35 237 euros est constitutive d'honoraires et devait être assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée, sans que Mme E puisse utilement à cet égard se prévaloir du principe de liberté d'affectation comptable, lequel a seulement pour objet de permettre à un professionnel de choisir d'inscrire ou non un bien à son actif professionnel.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B E et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressé à la direction générale des finances publiques (direction spécialisée du contrôle fiscal d'Ile-de-France).

Délibéré après l'audience du 22 mai 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Barthez, président de chambre,

- Mme Milon, présidente assesseure,

- M. Dubois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la cour le 13 juin 2025.

Le rapporteur,

J. DUBOIS

Le président,

A. BARTHEZ

La greffière,

E. VERGNOL

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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