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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA00672

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA00672

mercredi 29 mai 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA00672
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantNUNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 14 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.

Par un jugement n° 2311604 du 11 janvier 2024, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 12 février 2024, M. A, représenté par Me Nunes demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2311604 du 11 janvier 2024 rendu par le tribunal administratif de Montreuil ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou à défaut " vie privée et familiale ", dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Nunes renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme.

Il soutient que :

- le jugement est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 741-2 du code de justice administrative ;

- il est entaché de plusieurs omissions à statuer ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnaît l'article 13 du pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- le préfet n'a pas usé à tort de son pouvoir de régularisation ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des articles 5 et 6 de la directive n°2008/115/CE et des articles 21 et 24 du règlement 1987/2006, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 16 de la convention de New-York, de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 5 de la directive n°2008/115/CE ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 avril 2024 près le tribunal judiciaire de Paris.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- la convention de New York relative aux droits de l'enfant ;

- le règlement n° 1987/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant indien, né le 27 mars 1986 a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 14 juin 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. M. A interjette appel du jugement du 11 janvier 2024 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance : () 7° Rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

En ce qui concerne la régularité du jugement :

3. En unique lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Il ressort des pièces du dossier que les premiers juges, qui ne sont pas tenus de répondre à tous les arguments avancés par les parties, ont répondu, avec une motivation suffisante et qui n'est pas stéréotypée, à l'ensemble des moyens soulevés par le requérant. En outre, pour critiquer la motivation de ce jugement, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 741-2 du code de justice administrative, qui énumèrent les mentions obligatoires devant figurer dans le jugement. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation du jugement attaqué et de l'omission à statuer doivent être écartés.

En ce qui concerne le bien-fondé du jugement :

4. En premier lieu, M. A soutient que l'arrêté est insuffisamment motivé. Toutefois, cet arrêté indique notamment, après avoir visé les textes applicables, que l'intéressé s'est maintenu en situation irrégulière en France et qu'il existe par conséquent un risque qu'il se soustraie à l'arrêté litigieux, que sa situation personnelle et professionnelle ne permet pas, au regard des motifs exceptionnels et humanitaires qu'il avance, son admission au séjour et qu'eu égard à cette situation, en l'absence de circonstances humanitaires, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans est prononcée. Par conséquent, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé, le signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen qui est la conséquence de la mesure d'interdiction de retour prononcée n'ayant pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. Le moyen soulevé doit dès lors être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. A.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 13 du pacte international relatif aux droits civils et politiques : " Un étranger qui se trouve légalement sur le territoire d'un État partie au présent pacte ne peut en être expulsé qu'en exécution d'une décision prise conformément à la loi et, à moins que des raisons impérieuses de sécurité nationale ne s'y opposent, il doit avoir la possibilité de faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion et de faire examiner son cas par l'autorité compétente, ou par une ou plusieurs personnes spécialement désignées par ladite autorité, en se faisant représenter à cette fin ".

7. M. A, qui n'a pas fait l'objet d'une mesure d'expulsion, ne saurait utilement se prévaloir des stipulations de l'article 13 du pacte international relatif aux droits civils et politiques, lesquelles sont relatives aux garanties dont disposent les étrangers faisant l'objet d'une expulsion. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant. Au demeurant, M. A ayant été, à l'occasion de sa demande de titre de séjour, mis en mesure de présenter toutes observations utiles dans la perspective d'une éventuelle obligation de quitter le territoire français susceptible d'être prise dans le même arrêté que le refus de titre de séjour, il ne peut soutenir qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations. En outre, il ne démontre pas qu'il disposerait d'informations pertinentes, tenant à sa situation personnelle, qu'il aurait été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure attaquée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à cette décision.

8. En quatrième lieu, si M. A soutient que le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir de régularisation au titre de son insertion professionnelle, il ressort des termes mêmes de l'arrêté que le préfet a considéré que la situation professionnelle du requérant ne permettait pas, au regard des motifs exceptionnels et humanitaires que celui-ci avance, de faire droit à sa demande d'admission au séjour. Dans ces conditions, le moyen selon lequel le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation, doit être écarté.

9. En cinquième lieu, les premiers juges ont considéré que si M. A soutient résider en France depuis plus de dix ans avec son épouse et leurs deux enfants, et bénéficier d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de cuisinier depuis le 3 janvier 2020, il ne résulte pas de ces éléments, compte tenu de l'absence d'insertion particulière de la cellule familiale en France et de l'absence d'obstacle à sa reconstitution dans le pays d'origine de ses membres ou à la poursuite de la scolarité de ses enfants dans ce pays, que le refus de séjour litigieux porte à la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée à ses buts. En reprenant purement et simplement son argumentation de première instance sans apporter de nouveaux éléments de droit ou de fait, le requérant ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par les premiers juges au point 5 de leur jugement. Par conséquent, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

10. En sixième lieu, en décidant le signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, par voie de conséquence de l'interdiction de retour sur le territoire qu'il a prononcée, au vu des circonstances de l'espèce, le préfet a tenu compte des conditions et exigences de proportionnalité auxquelles les articles 21 et 24 du règlement n° 1987/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 subordonnent l'édiction d'une telle mesure. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En septième lieu, M. A ne saurait utilement se prévaloir de la circulaire du ministre de l'intérieur n° NOR IMIK0900092C du 24 novembre 2009 qui a été abrogée par la circulaire n° NOR INTK1229185C du 28 novembre 2012.

12. En huitième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 à l'encontre de l'arrêté litigieux, dès lors qu'à la date de cet arrêté, cette directive avait été transposée en droit interne. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

13. En neuvième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard notamment de ce qui a été dit au point 9 de la présente ordonnance, que l'arrêté, qui n'a ni pour objet ni pour effet de provoquer la séparation de la cellule familiale, porte une atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants de nature à méconnaître les stipulations de l'article 3 et l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et les dispositions de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A, en ce qu'elle tend à l'annulation du jugement du 11 janvier 2024 et de l'arrêté du 14 juin 2023 est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Elle doit donc être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 29 mai 2024.

Le président de la 9ème chambre,

S. CARRERE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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