Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Melun de le décharger des cotisations supplémentaires à l’impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014, 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes.
Par un jugement n° 1908489 du 14 décembre 2023, le tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 13 février 2024, et des mémoires, enregistrés les 26 et 28 août 2025 et non communiqués, l’association Juridique Protection et Conseil (AJPC), agissant en qualité de tutrice légale de M. B..., majeur protégé, représentée par Me Belloy, demande à la cour :
1°) d’annuler le jugement du 14 décembre 2023 du tribunal administratif de Melun ;
2°) de prononcer la réduction des impositions en litige ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le caractère exagéré des impositions mises à sa charge est démontré ;
- la situation personnelle du contribuable ne lui permet pas de payer les sommes mises à sa charge.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le contribuable supporte la charge de la preuve et ne démontre pas le caractère exagéré des impositions mise à sa charge ;
- le moyen tiré de ce que sa situation personnelle ne lui permet pas de payer les sommes mises à sa charge ne peut pas utilement être invoqué devant le juge de l’impôt.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le décret n°47-798 du 5 mai 1947 portant réglementation de la police des jeux dans les cercles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Gallaud,
- les conclusions de Mme Jurin, rapporteure publique,
- et les observations de Me Séhier, avocate de l’association Juridique Protection et Conseil.
Considérant ce qui suit :
M. B... a fait l’objet d’un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle puis d’un contrôle sur pièces portant sur les années 2014, 2015 et 2016, à l’issue desquels l’administration fiscale a procédé au rehaussement de ses revenus dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, selon la procédure de taxation d’office, sur le fondement du 1° de l’article 66 du livre des procédures fiscales s’agissant des rehaussements ayant fait suite à l’examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle et sur le fondement du 3° de l’article 68 du livre des procédures fiscales s’agissant des rehaussements ayant fait suite au contrôle sur pièces. L’association Juridique Protection et Conseil (AJPC), agissant en qualité de tutrice légale de M. B..., devenu majeur protégé, relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Melun a rejeté la demande de ce dernier tendant à être déchargé des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de contributions sociales ainsi que des pénalités correspondantes auxquelles il a été assujetti au titre de ces années.
Sur le bien-fondé des impositions :
L’article L. 193 du livre des procédures fiscales dispose que : « Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ». Aux termes de l’article R. 193-1 du même code : « Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ».
En application des dispositions qui viennent d’être citées, il appartient à l’association requérante de démontrer le caractère exagéré de l’imposition mise à la charge de M. B....
Aux termes du premier alinéa de l’article 34 du code général des impôts : « Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par des personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale ». Aux termes de l’article 1-2 du décret du 5 mai 1947, en vigueur au cours des années d’imposition en litige : « S'agissant des jeux qui nécessitent le recours à un joueur qui tient la banque, dénommé banquier, les nom, prénoms, date et lieu de naissance et domicile de ce dernier sont inscrits, pour chaque table adjugée, sur un registre conservé pendant dix ans par le cercle de jeux. / Sans préjudice des dispositions de l'article L. 561-2 du code monétaire et financier, les gains ou les pertes du banquier sont également portés sur le registre mentionné au premier alinéa ».
Il résulte de l’instruction que M. B... a participé de façon habituelle à des jeux organisés par un cercle de jeux au cours des années d’imposition en litige en assurant le rôle de banquier, ce qu’il avait fait auparavant, également de façon habituelle, dans d’autres cercles de jeux, à la demande de leurs dirigeants. Dans le cadre de son droit de communication, l’administration fiscale a obtenu les informations relatives aux gains et pertes de M. B..., qui ont été consignées conformément aux dispositions précitées du décret du 5 mai 1947. Au vu de ces informations, le service a procédé à des rehaussements de ses revenus dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux compte tenu du caractère habituel de l’activité ainsi exercée par M. B..., qu’il a regardée comme ayant un caractère commercial, ce que n’a contesté ni l’intéressé devant les premiers juges, ni l’association requérante en cause d’appel.
L’association AJPC se prévaut des éléments recueillis au cours de l’enquête judiciaire menée par le service central des courses et jeux puis au cours de l’information judiciaire qui a été ouverte, dans le cadre de laquelle M. B... a été mis en examen. Si ces éléments permettent de mettre en évidence que les services chargés de cette enquête ont émis l’hypothèse que les personnes dont il a été constaté qu’ils jouaient habituellement le rôle de banquier au sein du cercle de jeux, dont faisait partie M. B..., ne percevaient qu’une faible part des gains mentionnés dans le registre, qui revenaient en réalité aux dirigeants officiels ou occultes du cercle, ce que les intéressés ont soutenu devant le juge d’instruction, cette seule circonstance ne permet pas à elle seule de démontrer le caractère exagéré des sommes que l’administration fiscale a retenues pour déterminer le montant du revenu imposable de M. B... dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux. S’il résulte de l’ordonnance de non-lieu partiel et de renvoi devant le tribunal correctionnel qu’elle a rendue le 11 janvier 2024 que la vice-présidente chargée de l’instruction a estimé qu’il était établi que M. B... a reversé à un tiers une partie des sommes qu’il a appréhendées en exerçant la fonction de banquier, l’association requérante n’apporte, en toute hypothèse, aucun autre élément de nature à établir le montant exact des sommes qui sont effectivement restées à la disposition de l’intéressé, point sur lequel elle n’apporte aucun justificatif. A cet égard, l’association requérante ne saurait utilement se prévaloir de ce qu’il appartenait à l’administration de se faire communiquer d’autres éléments issus de l’enquête pénale, étant rappelé que la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions incombe en l’espèce au contribuable.
Enfin, si l’association requérante soutient que la situation personnelle de M. B... ne lui permet pas de payer les sommes mises en recouvrement par l’administration fiscale, un tel moyen, qui relève de la juridiction gracieuse, ne peut utilement être invoqué au soutien d’une contestation du bien-fondé des impositions en litige.
Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que l’association AJPC n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Melun rejeté la demande de M. B....
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par l’association AJPC au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l’association Juridique Protection et Conseil est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à l’association Juridique Protection et Conseil et à la ministre de l’action et des comptes publics.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Chevalier-Aubert, présidente de chambre,
- M. Gallaud, président assesseur,
- M. Desvigne-Repusseau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2025.
Le rapporteur,
T. Gallaud
La présidente,
V. Chevalier-Aubert
La greffière,
L. Chana
La République mande et ordonne à la ministre de l’action et des comptes publics en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.