Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2328294/1 du 17 janvier 2024, la présidente de la première section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête, enregistrée le 11 décembre 2023, présentée par Mme B... D... épouse C....
Par cette requête enregistrée sous le n° 2401160, Mme C... demande au tribunal :
d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
d’enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte, et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences qu’elle emporte sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet de police de Paris qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Prissette.
Les parties n’étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
Mme B... D... épouse C..., ressortissante algérienne, est entrée sur le territoire français le 23 février 2013 munie d’un passeport revêtu d’un visa de catégorie C. Le 21 janvier 2022, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. En l’absence de réponse à cette demande, une décision implicite de rejet est née. Mme C... demande au tribunal d’annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
Il ressort des pièces du dossier et n’est pas contesté par le préfet de police de Paris, qui n’a pas produit de mémoire en défense, que la requérante, qui est entrée sur le territoire français le 23 février 2013, y réside habituellement depuis cette date, soit depuis neuf ans à la date de la décision attaquée. En outre, l’intéressée justifie s’être mariée le 1er juillet 2015 avec un compatriote titulaire d’un certificat de résidence algérien depuis le 18 juin 2020 et régulièrement renouvelé depuis. Mme C..., qui démontre, par les pièces qu’elle produit, résider avec ce dernier depuis l’année 2017 au plus tard, justifie de la réalité et de la stabilité de leur communauté de vie depuis au moins cinq ans à la date de la décision implicite attaquée. En outre, de l’union de la requérante avec son époux est né en France un enfant le 9 avril 2018, qui était scolarisé à la date de la décision implicite attaquée. Au surplus, Mme C... établit avoir travaillé auprès de divers employeurs en tant qu’aide à domicile en 2016, 2017, de janvier à juillet 2020 et à compter de l’année 2022. Dans ces conditions, eu égard notamment à l’ancienneté de son séjour en France et compte tenu de son mariage avec un ressortissant en situation régulière en France au regard de son droit au séjour et qui avait, à ce titre, vocation à demeurer sur le territoire français à la date de la décision contestée, la requérante doit être regardée comme ayant fixé le centre de ses attaches privées et familiales sur le territoire français. Par conséquent, Mme C... est fondée à soutenir que la décision implicite attaquée porte au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Le moyen soulevé en ce sens doit, par suite, être accueilli.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision implicite refusant d’admettre Mme C... au séjour doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ».
Par application de ces dispositions, il y a lieu, sous réserve d’un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l’intéressée, d’enjoindre au préfet de police de Paris, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme C... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a, en revanche, pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de faire droit à la demande de titre de séjour présentée par Mme C... est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme C... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... D... épouse C... et au préfet de police de Paris.
Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Gougot, présidente,
M. Combier, conseiller,
Mme Prissette, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,
L. PRISSETTE
La présidente,
I. GOUGOT
La greffière,
M. A...
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
N° 2401160
2
La greffière,1
1