jeudi 5 juin 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-24PA00837 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DUMAS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La Polynésie française a déféré au tribunal administratif de la Polynésie française comme prévenu d'une contravention de grande voirie M. B A et a demandé au tribunal de le condamner à l'amende prévue à cet effet, de mettre à sa charge la somme de 46 102 F CFP correspondant aux frais d'établissement du procès-verbal de contravention de grande voirie, de le condamner à réparer le dommage, soit par l'enlèvement des installations occupant le domaine public et la remise en état des lieux dans le délai d'un mois sous astreinte de 50 000 F CFP par jour de retard, soit, en cas de refus ou de carence, en autorisant la Polynésie française à procéder elle-même à ces travaux et en condamnant le contrevenant au paiement de la somme de 3 890 455 F CFP correspondant au coût de la remise en état du domaine public.
Par un jugement n° 2300229 du 14 novembre 2023, le tribunal administratif de la Polynésie française a condamné M. B A d'une part à payer une amende de 300 000 F CFP à la Polynésie française, d'autre part à verser à cette collectivité la somme de 46 102 F CFP au titre des frais d'établissement du procès-verbal de contravention de grande voirie et lui a enjoint de procéder à l'enlèvement des installations litigieuses et de procéder à la remise en état des lieux, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement, la Polynésie française étant autorisée à y procéder d'office aux frais de l'intéressé, dans la limite de la somme de 3 890 455 F CFP.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 février et 11 décembre 2024, la SCA Poe A et M. B A, représentés par Me Dumas, demandent à la Cour d'infirmer le jugement du tribunal administratif de la Polynésie française du 14 novembre 2023 et de juger qu'il n'y a pas lieu à injonction et à condamnation.
Ils soutiennent que la condamnation prononcée par le jugement attaquée est injustifiée, dès lors que le démantèlement des installations litigieuses a été effectué antérieurement à ce jugement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, la Polynésie française s'en remet à la sagesse de la Cour concernant l'action domaniale et conclut à la confirmation du jugement attaqué sur les autres dispositions.
Elle fait valoir que les premiers juges ont, à bon droit, condamné M. B A à payer l'amende et les frais de procès-verbal liés à la contravention de grande voirie et que ce dernier n'avait pas indiqué, en première instance, avoir enlevé les installations et procédé à la remise en état.
Par une lettre du 6 mai 2025, les parties ont été informées qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, la Cour était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions d'appel présentées par la société Poe A, qui ne justifie pas d'un intérêt pour relever appel du jugement attaqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 2004-192 du 27 février 2004 et notamment son article 22 ;
- la loi du Pays n° 2017-16 du 18 juillet 2017 réglementant les activités professionnelles liées à la production et à la commercialisation des produits perliers et nacriers en Polynésie française ;
- l'arrêté n° 1259 CM du 31 juillet 2017 relatif aux conditions d'exercice des activités du producteur d'huîtres perlières ou du producteur de produits perliers en Polynésie française ;
- la délibération n° 2004-34 APF du 12 février 2004 portant composition et administration du domaine public en Polynésie française ;
- le code pénal ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de l'aménagement de la Polynésie française ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Irène Jasmin-Sverdlin,
- et les conclusions de M. Jean-François Gobeill, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, gérant de la société Poe A, qui exploite une ferme perlière à Apataki, dans la commune de Arutua (Polynésie française) a bénéficié d'une autorisation d'occupation du domaine public par arrêté n° 993 CM du 9 juillet 2020. Le 30 mars 2022, la Polynésie française a notifié à M. A un procès-verbal de contravention de grande voirie n° 1463/MCE/DRM établi le 21 mars 2022 par la direction des ressources marines pour un dépassement de la superficie d'exploitation perlicole autorisée concernant 9 lignes de 400 mètres représentant une superficie supplémentaire totale de 15,34 ha et une occupation sans titre dans le lagon de Apataki. La Polynésie française a déféré M. A comme prévenu d'une contravention de grande voirie pour avoir occupé illégalement le domaine public maritime en excédant la surface d'occupation autorisée, et cette collectivité a également demandé au tribunal administratif de la Polynésie française de condamner M. A à l'amende prévue à cet effet, au versement de la somme de 46 102 F CFP correspondant aux frais d'établissement du procès-verbal de contravention de grande voirie, et à la réparation du dommage, soit par l'enlèvement des installations occupant le domaine public et la remise en état des lieux dans le délai d'un mois sous astreinte de 50 000 F CFP par jour de retard, soit, en cas de carence, par la condamnation du contrevenant au paiement de la somme de 3 890 455 F CFP correspondant au coût de la remise en état du domaine public, après que la Polynésie française aura été autorisée à y procéder elle-même. Par jugement n° 2300229 du 14 novembre 2023 le tribunal administratif de la Polynésie française a condamné M. A, d'une part, à payer une amende de 300 000 F CFP à la Polynésie française, et, d'autre part, lui a enjoint de procéder à l'enlèvement des installations occupant irrégulièrement le domaine public dans le lagon d'Apataki et de procéder à la remise en état des lieux dans le délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement ou, à défaut, à verser à la Polynésie française la somme 3 890 455 F CFP au titre des frais nécessaires à la remise en état du domaine public ainsi que la somme de 46 102 F CFP correspondant aux frais d'établissement du procès-verbal de contravention de grande voirie. La SCA Poe A et M. A relèvent appel de ce jugement.
Sur la recevabilité des conclusions présentées par la société Poe A :
2. Le jugement en litige, qui prononce une injonction et des condamnations à l'encontre de M. A et non à l'encontre de la société Poe A dont il est le gérant, ne fait pas grief à cette société. Par conséquent cette dernière ne justifie pas d'un intérêt propre à en relever appel. Ses conclusions à fins d'annulation du jugement attaqué sont, partant, irrecevables et doivent être rejetées.
Sur l'action publique :
3. Aux termes de l'article 2 de la délibération n° 2004-34 de l'assemblée de la Polynésie française du 12 février 2004 portant composition et administration du domaine public en Polynésie française : " Le domaine public naturel comprend : () le domaine public maritime qui se compose notamment des rivages de la mer, des lais et relais de mer, des étangs salés communiquant librement ou par infiltration ou par immersion avec la mer, du sol et du sous-sol des eaux intérieures dont les havres et rades non aménagés et les lagons jusqu'à la laisse de basse mer sur le récif côté large, du sol et du sous-sol des golfes, baies et détroits de peu d'étendue, et du sol et du sous-sol des eaux territoriales ; () ". Aux termes de l'article 6 de la même délibération : " Nul ne peut sans autorisation préalable délivrée par l'autorité compétente, effectuer aucun remblaiement, travaux, extraction, installation et aménagement quelconque sur le domaine public, occuper une dépendance dudit domaine ou l'utiliser dans les limites excédant le droit d'usage qui appartient à tous. / Les autorisations d'occupation d'une dépendance du domaine public peuvent être accompagnées d'un cahier des charges, approuvé par l'autorité compétente, fixant les conditions et prescriptions techniques de l'occupation. ". En vertu de l'article 62 de la loi organique du 12 avril 1996, dont les dispositions ont été reprises et précisées à cet égard par l'article 22 de la loi organique du 27 février 2004, l'assemblée de la Polynésie française peut édicter des contraventions de grande voirie pour réprimer les atteintes au domaine public qui lui est affecté, le produit des condamnations étant alors versé à son budget. L'article 27 de la délibération du 12 février 2004 précitée dispose que : " Les infractions à la réglementation en matière de domaine public () constituent des contraventions de grande voirie et donnent lieu à poursuite devant le tribunal administratif () Les contrevenants pourront être punis des peines d'amende ou des peines privatives ou restrictives de droit, telles que définies dans le code pénal pour les contraventions de la cinquième classe. En cas de récidive, le montant maximum de l'amende pourra être doublé. / En outre, l'auteur d'une contravention de grande voirie pourra être tenu de réparer le dommage causé, au besoin sous astreinte. ".
4. Il ressort des pièces versées au dossier que deux agents assermentés de la direction des ressources marines, chargés du contrôle du respect de la réglementation applicable aux activités en matière de perliculture, de pêche et d'aquaculture, signataires du procès-verbal de contravention de grande voirie n° 2022-03 du 21 mars 2022, ont constaté, le 25 novembre 2021, que
M. A exploitait irrégulièrement dans le lagon d'Apataki, 9 lignes d'élevage de 400 mètres représentant une superficie supplémentaire totale de 15,34 ha par rapport à la superficie autorisée. Cette atteinte caractérisée à l'intégrité du domaine public maritime de la Polynésie française constitue l'infraction prévue à l'article 6 de la délibération précitée du 12 février 2004 et est réprimée sur le fondement de l'article 27 de cette même délibération.
5. En vertu de l'article 9 du code de procédure pénale, l'action publique tendant à la répression des contraventions se prescrit par une année révolue à compter du jour où l'infraction a été commise. La prescription d'infractions continues ne court qu'à partir du jour où elles ont pris fin.
6. Il résulte de l'instruction que l'occupation par le requérant du domaine public maritime en installant 9 lignes d'élevage en plus des 10 lignes autorisées, augmentant de 15,34 ha la superficie de 100 ha autorisée pour son exploitation perlicole, constitue une infraction continue qui peut donner lieu à des poursuites à tout moment, tant qu'elle n'a pas pris fin. Ainsi, le président du gouvernement de la Polynésie française était fondé à faire constater, par un procès-verbal en date du 21 mars 2022, une contravention de grande voirie à raison de l'occupation sans droit ni titre du domaine public maritime. En outre, le requérant, qui soutient qu'il avait procédé au démantèlement des installations litigieuses antérieurement au jugement attaqué, n'en justifie pas, dès lors qu'il se borne à produire le rapport établi par un agent de police municipale constatant ce démantèlement en date du 19 janvier 2024, soit postérieurement au jugement attaqué. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la Polynésie française ne pouvait légalement lui infliger l'amende litigieuse.
Sur l'action domaniale :
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment, comme cela a été exposé au point 6, du rapport établi par un agent de police municipale constatant le démantèlement des installations litigieuses le 19 janvier 2024, que les travaux de remise en état de la dépendance du domaine public maritime auraient été entièrement exécutés par M. A. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation du jugement attaqué en tant qu'il a condamné le requérant à remettre en état les lieux occupés ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'établissement du procès-verbal :
8. M. A ne soulevant aucun moyen de nature à établir que le tribunal l'aurait à tort condamné à verser à la Polynésie française une somme de 46 102 F CFP correspondant aux frais d'établissement du procès-verbal de contravention de grande voirie, il n'est pas fondé à demander l'annulation du jugement attaqué en tant qu'il a prononcé une telle condamnation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de la Polynésie française l'a condamné à payer à la Polynésie française une amende de 300 000 F CFP ainsi qu'une somme de 46 102 F CFP correspondant aux frais d'établissement du procès-verbal de contravention de grande voirie, et lui a enjoint de procéder à l'enlèvement des installations occupant irrégulièrement le domaine public dans le lagon d'Apataki et de procéder à la remise en état des lieux. Par suite, ses conclusions à fins d'annulation de ce jugement doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête présentée par M. A et par la société Poe A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société Poe A, à M. B A et à la Polynésie française.
Délibéré après l'audience du 15 mai 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Ivan Luben, président de chambre,
- Mme Irène Jasmin-Sverdlin, première conseillère,
- Mme Hélène Brémeau-Manesme, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 juin 2025.
La rapporteure,
I. JASMIN-SVERDLINLe président,
I. LUBEN
La greffière,
Y. HERBER
La République mande et ordonne au Haut-commissaire de la République en Polynésie française en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
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Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026