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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA00954

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA00954

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA00954
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantTCHIAKPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A a demandé au Tribunal administratif de Montreuil d'annuler, d'une part, l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire national pour une durée d'un an, d'autre part, l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel ce préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2315598 du 15 janvier 2024, le magistrat désigné par le président du Tribunal administratif de Montreuil, après avoir renvoyé à une formation collégiale les conclusions de la demande de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral du 28 décembre 2023 en tant qu'elle porte refus de séjour et celles aux fins d'injonction de délivrance d'un titre de séjour, a rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une ordonnance n° 24VE00427 du 16 février 2024, le président de la Cour administrative d'appel de Versailles a transmis à la Cour de céans la requête, désormais enregistrée sous le n° 24PA00954, présentée par M. A, représenté par Me Tchiakpé, qui demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du 15 janvier 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 70 euros par jour de retard ;

4°) de lui restituer son passeport ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est père d'enfants français à l'éducation et à l'entretien desquels il pourvoit ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste

d'appréciation au motif que, dans un précédent jugement rendu le 31 mai 2021, le tribunal avait annulé la décision portant interdiction de retour, malgré les condamnations dont il avait fait l'objet, et que le préfet n'établit pas que, depuis lors, il y aurait eu réitération de faits contraires à l'ordre public ;

- la décision portant interdiction de retour est entachée d'erreur d'appréciation au motif que, par un précédent jugement du 31 mai 2021, le tribunal avait annulé l'interdiction de retour sur le territoire français tout en relevant les mêmes faits pénalement répréhensibles que ceux qui lui sont reprochés pour fonder l'arrêté litigieux du 28 décembre 2023 ;

- la décision d'assignation à résidence méconnaît les stipulations de l'article 8 de la

convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que cette mesure l'empêche d'exercer une activité professionnelle et de rendre visite à ses enfants, qui font l'objet d'un suivi médical régulier.

La présente requête n'a pas été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 1er avril 1985 à Tunis, entré en France le 13 mai 2008 selon ses déclarations, a sollicité son admission au séjour. Par la présente requête, M. A relève appel du jugement du 15 janvier 2024 par lequel le magistrat désigné par le président du Tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de renvoi, portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, () 7° Rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la légalité de l'arrêté préfectoral du 28 décembre 2023 :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable aux faits de l'espèce : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 5° L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

4. M. A soutient qu'il ne pouvait pas légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français au motif qu'il entre dans les prévisions des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 citées au point précédent.

5. Toutefois, pour les motifs retenus à bon droit par le premier juge au point 11 de son jugement, les éléments versés aux débats par M. A ne suffisent pas à établir qu'il contribuerait effectivement à l'éducation et à l'entretien de ses deux enfants français, nés les 29 août 2013 et 30 décembre 2015, étant au demeurant précisé que, dans l'arrêté litigieux du 28 décembre 2023, le préfet mentionne que, dans sa séance du 30 novembre 2023, la commission du titre de séjour avait relevé le manque d'éléments permettant de démontrer une contribution effective de l'intéressé à l'éducation et à l'entretien de ses enfants et qu'il est constant que M. A ne réside pas avec ces derniers, non plus qu'avec leur mère, un consentement mutuel à divorce ayant été consigné par convention du 9 juillet 2018.

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger ne se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet " ; aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / (); 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

7. M. A soutient que la décision litigieuse lui refusant un délai de départ volontaire ne peut pas être fondée sur la menace qu'il représente pour l'ordre public au motif que, dans un précédent jugement n° 2013075 du 31 mai 2021, le Tribunal administratif de Montreuil, qui avait pourtant relevé qu'il constituait une telle menace au vu des mêmes faits que ceux qui sont invoqués par le préfet pour lui refuser un délai de départ volontaire, avait cependant prononcé l'annulation de la décision, contenue dans l'arrêté préfectoral du 12 novembre 2020, lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. L'intéressé en déduit qu'à défaut de réitération de faits pénalement répréhensibles depuis lors, la décision refusant un délai de départ volontaire est entachée d'erreur d'appréciation.

8. Outre que, dans son précédent jugement, le tribunal avait annulé non pas une décision de refus de départ volontaire, qui fait l'objet d'un contrôle restreint, mais une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, qui fait l'objet d'un contrôle normal, il ressort des pièces du dossier que, par ce jugement du 31 mai 2021, le tribunal n'avait pas prononcé l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français édictée le 12 novembre 2020 à l'encontre de M. A, qui ne l'a pas exécutée, de sorte que ce dernier ne se trouve, en tout état de cause, pas dans la même situation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code précité. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 28 décembre 2023 lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () " ; aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

10. De la même façon, M. A se prévaut du jugement n° 2013075 du 31 mai 2021 par lequel le Tribunal administratif de Montreuil avait prononcé l'annulation de l'interdiction de retour en France édictée le 12 novembre 2020 pour soutenir que le préfet ne pouvait pas légalement édicter de nouveau une telle interdiction par la décision attaquée du 28 décembre 2023, dès lors que n'est ni établie, ni même alléguée, la commission d'autres faits postérieurs contraires à l'ordre public.

11. Il ressort cependant des pièces du dossier que, par son arrêté du 12 novembre 2020, le préfet avait accordé à M. A un délai de départ volontaire, ce qu'il lui a refusé aux termes de l'arrêté faisant l'objet de la présente instance. En outre, alors que l'arrêté du 12 novembre 2020 prononçait une interdiction de retour d'une durée de deux ans, celle en cause dans la présente instance est limitée à un an, alors que l'intéressé s'est depuis lors soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de chose jugée, à le supposer invoqué, ne peut qu'être écarté, de même que celui tiré de l'erreur d'appréciation. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la légalité de l'arrêté préfectoral du 29 décembre 2023 portant assignation à résidence :

12. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

13. En premier lieu, M. A soutient que la décision l'assignant à résidence porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au motif qu'elle l'empêche de rendre visite à ses deux enfants, qui ne résident pas dans le même département que lui, en l'espèce la Seine-Saint-Denis, mais dans le Val d'Oise ou les Yvelines selon les écritures du requérant.

14. Outre que, ainsi qu'il a déjà été dit, la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune illégalité notamment pour ne point méconnaître les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code précité, non seulement la mesure d'assignation à résidence litigieuse n'a été prise que pour 45 jours, mais encore l'arrêté querellé prévoit, en son article 3, que " M. A ne peut se déplacer en dehors du territoire du département de la Seine-Saint-Denis sans avoir obtenu préalablement l'autorisation écrite du préfet de la Seine-Saint-Denis ". Or, l'intéressé n'établit, ni même n'allègue, qu'il aurait en vain sollicité la délivrance d'un sauf-conduit pour accompagner ses enfants qui font l'objet d'un suivi médical régulier.

15. En second lieu, M. A soutient que cette mesure d'assignation à résidence est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que, bien qu'il ait été titulaire de plusieurs récépissés l'autorisant à travailler, elle l'empêcherait d'exercer son activité professionnelle. Or, comme l'a relevé à juste titre le premier juge, à supposer que l'intéressé poursuive une activité professionnelle, son exercice se ferait en dehors de tout cadre légal dès lors que l'arrêté litigieux du 28 décembre 2023 refuse la délivrance d'un titre de séjour à M. A et, par conséquent, abroge le précédent récépissé, ainsi d'ailleurs que le mentionne l'article 2 de l'arrêté en cause.

16. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A, en ce qu'elle tend à l'annulation du jugement attaqué et à celle de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis à l'origine du litige, est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions citées au point 2. Par suite, elle ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 25 juillet 2024.

Le président de la 7ème chambre,

B. AUVRAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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