vendredi 16 mai 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-24PA01122 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SEP USANG CERAN-JERUSALEMY |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société civile immobilière (SCI) Rikitea a demandé au tribunal administratif de la Polynésie française d'annuler le refus de la Polynésie française de demander à la direction des créances spéciales du trésor (DCST) de prononcer la mainlevée des séquestres dont elle aurait eu l'initiative, que les fonds qui sont sa propriété soient libérés et de lui communiquer le solde des sommes dues par " M. B A et ses comparses " au titre des condamnations dont ils ont fait l'objet, et de condamner la Polynésie française à lui verser la somme de 500 000 000 F CFP en réparation du préjudice causé par la privation de sa propriété privée pendant treize ans.
Par un jugement n° 2300165 du 16 janvier 2024, le tribunal administratif de la Polynésie française a rejeté sa demande comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 8 mars 2024, la SCI Rikitea, représentée par Me Usang, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de la Polynésie française ;
2°) d'annuler le refus de la Polynésie française de demander au DCST de prononcer la mainlevée des séquestres et que les fonds propriété de la SCI soient libérés ;
3°) d'annuler le refus de la Polynésie française de demander au DCST de communiquer à la SCI Rikitea le solde des sommes dues par " M. B A et ses comparses " au titre des condamnations prononcées par la Cour des comptes ;
4°) de condamner la Polynésie française à lui verser une somme de 500 000 000 F CFP en réparation de son préjudice ;
5°) de mettre à la charge de la Polynésie française une somme de 6 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son appel est recevable ;
- c'est à tort que le tribunal administratif s'est déclaré incompétent alors qu'il est compétent pour connaître de la responsabilité de l'administration, et il a méconnu ce faisant les articles 6, paragraphe 1 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Polynésie française ne pouvait rejeter sa demande en application de l'article 76 de la délibération n°95-205 AT du 23 novembre 1995 ;
- elle a commis une faute en confiant le recouvrement de sa créance à la DCST ;
- les fonds séquestrés étant la propriété de la SCI Rikitea, elle ne peut être déclarée débitrice des sommes dues par M. B A à la suite des condamnations dont il a fait l'objet par la Cour des comptes ;
- elle a perdu la jouissance de sa propriété privée pendant quatorze ans à cause de la Polynésie française qui n'a pas pris la peine de procéder correctement au recouvrement de sa créance.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2024, la Polynésie française, représentée par la SELARL Groupavocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCI Rikitea une somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est incompétente pour connaître des demandes de la
SCI Rikitea ;
- ses demandes sont irrecevables faute de demande préalable auprès de la DCST ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 2004-192 du 27 février 2004 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Saint-Macary,
- et les conclusions de Mme Lipsos, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Rikitea a été constituée le 4 mai 1992 par trois associés, dont M. B A. Celui-ci a été déclaré comptable de fait et constitué débiteur de la collectivité de la
Polynésie française, seul ou conjointement, par quatorze jugements du 3 novembre 2009 de la chambre territoriale des comptes de Polynésie française, confirmés sur ce point par la
Cour des comptes le 22 septembre 2016, au titre d'actes de gestion de fait commis entre 1996 et 2004, alors qu'il présidait cette collectivité. La direction des créances spéciales du trésor (DCST), chargée du recouvrement des sommes dues par l'intéressé, a demandé au juge des référés du tribunal de grande instance de Paris la mise sous séquestre judiciaire des parts détenues par M. A dans la SCI Rikitea, ainsi que du produit de la vente de l'immeuble " Ranelagh " vendu par la SCI le 15 mars 2010, aux fins de garantie et sûreté des recouvrements des créances mises à la charge de M. A. Par une ordonnance du 8 avril 2010, confirmée par un arrêt de la cour d'appel de Paris du 23 juin 2010, le juge des référés a désigné un administrateur judiciaire en qualité de séquestre des parts sociales de M. B A et de l'intégralité du prix de vente de l'immeuble, en rappelant que le séquestre ne pourra se dessaisir des fonds sociaux et du prix de vente que sur autorisation de justice. M. B A, associé de la SCI Rikitea, a assigné en septembre 2015 la DCST, la Polynésie française, la SCI et l'administrateur judiciaire, ainsi que les deux autres associés de la SCI, en mainlevée partielle de la mesure de séquestre et paiement d'une certaine somme au titre de son compte courant d'associé. Sa demande a été rejetée, en dernier lieu par la Cour de cassation le
7 septembre 2022. Par une demande du 20 février 2023, rejetée le 13 avril 2023, la SCI Rikitea a demandé à la Polynésie française d'ordonner à la DCST de cesser tout acte de recouvrement en son nom et de prononcer la mainlevée des séquestres dont elle a eu l'initiative, de l'indemniser à hauteur de 500 000 000 F CFP en réparation du préjudice lié à la privation de sa propriété privée pendant treize ans, et de lui communiquer le solde des sommes dues par
" M. B A et ses comparses " au titre de leurs condamnations. Elle relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de la Polynésie française a rejeté sa demande d'annulation du rejet de ses demandes.
2. Les conclusions de la SCI Rikitea tendant à l'annulation du refus de la Polynésie française de demander à la DCST de prononcer la mainlevée du séquestre et de lui communiquer le solde des sommes dues par " M. B A et ses comparses ", et à sa condamnation à l'indemniser de son préjudice lié à la perte de jouissance de son bien, visent à mettre en cause la régularité de la mesure de séquestre prononcée par le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris et à ce qu'il soit mis fin à cette mesure. Elles se rattachent ainsi à la procédure de recouvrement mise en œuvre par la DCST et également à une procédure judiciaire. En conséquence, ce litige relève de la compétence de la juridiction judiciaire, sans que la SCI Rikitea ne puisse utilement invoquer les articles 6, paragraphe 1 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
3. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Rikitea n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de la Polynésie française a rejeté sa demande comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la Polynésie française, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCI Rikitea demande sur ce fondement. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Rikitea la somme de 1 500 euros que la Polynésie française demande au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Rikitea est rejetée.
Article 2 : La SCI Rikitea versera la somme de 1 500 euros à la Polynésie française en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la SCI Rikitea et à la Polynésie française.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Doumergue, présidente de chambre,
Mme Bruston, présidente-assesseure,
Mme Saint-Macary, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2025.
La rapporteure,
M. SAINT-MACARY
La présidente,
M. DOUMERGUE
La greffière,
E. FERNANDO
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Polynésie française en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026